MORT DU ROI
Philippe , étant sur son lit de mort , fit appeler ses fils , le duc de Normandie et le duc d'Orléans. Dans ce moment où toutes les illusions s'évanouissent, où il ne reste que le souvenir du bien ou du mal qu'on a fait, le roi protesta de son bon droit dans la guerre qu'il avait été obligé de soutenir, et de ses titres légitimes à la couronne. « Mon lils, dit-il au duc de Normandie, qui fut son successeur, « défendez donc courageusement la France après ma mort. Il aiTive « quelquefois, comme j'en ai fait l'expérience, que ceux qui combat oc tcnt pour une chose juste éprouvent des revers-, mais ils doivent a mettre leur espoir en Dieu, qui ne permet pas que le régne de l'ini- « quité soit durable. Aimez-vous , mes fils-, maintenez la justice et a soulagez les peuples. »
Un roi qui craint que ses revers ne le fassent regarder comme coupable, qui se croit obligé de prouver à son successeur la justice de ses droits malgré le peu de succès de ses armes , eût également confessé l'injustice de ces mômes droits et les châtiments mérités d'une ariibition criminelle. Et cette confession , à qui était-elle faite, à qui rappelait-elle les voies impénétrables de la Providence? à ce roi Jean, que l'adversité marquait déjà de son sceau, adversité qui néanmoins ne devait pas perdre la France -, car Dieu ne permet pas que le règne de l'iniquité soit durable.
Le premier des Valois alla , le 22 août 1 350 , porter sa cause aux pieds de celui qui donne et retire les royaumes à sa volonté , laquelle n'est autre que le pouvoir éternel et l'infaillible justice.