‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 85 sur 239 · DR I3S0 A · texte numérisé non relu

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La minorité de Charles VI fut en proie aux déprédations et aux rivalités des trois oncles paternels et tuteurs de ce prince, les ducs d'Anjou, de Berry et de Bourgogne : le duc de Bourbon, homme estimable, ne put presque rien pour contre-balancer les maux d'une administration sans talent et sans justice.

Soulèvement de Rouen et de Paris; Juifs, fermiers et receveurs, pillés et massacrés; états où l'on entend parler du peuple et de la

nation-, guerre civile en Bretagne-, désordres occasionnés par le schisme : tel est le prologue de la tragédie dont le premier acte s'ouvre à la folie de Charles VI. Le vertueux avocat général Jean Desmarets fut traîné à Téchafaud comme complice des séditions auxquelles il avait au contraire opposé l'autorité de sa vertu.

« Maistre Jehan, lui disait-on en le menant au supplice, criez « mercy au roi afin qu'il vous pardonne. » Desmarets répondit : « J'ai servi au roi Philippe son grand aïeul, au roi Jean, et au roi « Charles son père, bien et loyaument, ne oncques ces trois rois ne a me sçurent que demander, et aussi ne feroit cestuy s'il avoit con- « noissance d'homme : à Dieu seul veux crier mercy. » Paroles magnanimes s'il en fut jamais.

Les exécutions nocturnes, commencées sous ce règne, continuèrent ^ on ne dérobe pas l'iniquité en la cachant.

Les corps étaient jetés dans la Seine avec cet écriteau : « Laissez passer \a justice du roi, » Avertissement à la Loire en 1793, pour laisser passer la justice du peuple. Les assassinats juridiques datent du gouvernement des Valois : on marchait vers la monarchie absolue.

Jean, fils du duc de Bourgogne, fut marié à Marguerite de Hai- Haut, et Charles VI, âge de dix-sept ans, épousa Isabeau, fille d'Étienne, duc de Bavière, âgée de quatorze ans. Il y a des noms qui sont à eux seuls l'arrêt des destinées (13^5) : « Il est d'usage en « France, dit Froissart, que quelque dame , comme fille de haut sei- € gneur que ce soit, qu'il convient qu'elle soit regardée et advisée « toute nue par les dames pour savoir si elle est propre et formée c pour porter enfant. » Du moins les flancs de cette femme qui devait être si souvent regardée foute nue devaient porter Charles VIL

Grand projet de descente en Angleterre (1386)-, quinze cents vaisseaux rassemblés au port de rÉcIuse-, cinquante mille chevaux destinés à être embarqués; des munitions de guerre et de bouche parmi lesquelles on remarque des barils de jaunes d'œufs cuits et piles comme de la farine. Une ville de bois de trois mille pas de diamètre, munie de tours et de retranchements, était composée de pièces de rapport qui se démontaient et remontaient à volonté-, elle pouvait contenir une armée : nous n'avons pas aujourd'hui, dans notre état perfertio-^ "' d'industrie, l'idée d'un ouvrage aussi gigantesque de menuiserie et de charpentcrie ; il est évident, par les boiseries qui nous restent du moyen âge, que l'art du menuisier était poussé beau-

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coup plus loin que de nos jours. Les vaisseaux de la flotte étaient ornés de sculpture et de peinture^ les mâts, couverts d'or et d'argent ; magnificence qui rappelle la flotte de Cléopàtre/La haute aristocratie était descendue du plus haut point de sa puissance au plus haut degré de sa richesse^ elle avait abouti au luxe, comme tout pouvoir, et par conséquent sa force déclinait : les petits hommes qui faisaient ces grands préparatifs furent écrasés dessous. Les intrigues et les passions du duc de Berry, les vols de toutes les espèces d'agents, le retour de la mauvaise saison, empêchèrent la France de reporter en Angleterre les maux que celle-ci lui avait faits, et ce fut en vain que les propriétaires furent taxés à la valeur du quart de leur revenu pour une inutile parade (1386).

Ces princes de la première maison de Valois étaient des esprits fastueux , bornés et ingouvernables : ils avaient rempli leur maison de cette foule de valets décorés , sangsues du peuple et plaies des cours. Celte noble tourbe jouissait d'immunités abusives ; il n'y avait pas de surnuméraire de garde-robe qui , en attendant l'exercice de ses fonctions , ne fût exempt des charges publiques.

Le l^r janvier de cette année 1386 vit la tin du roi de Navarre, homme qui aimait le crime de la même ardeur qu'il aimait la débauche : s'il eût connu un moyen d'en ranimer le goût dans son cœur, il s'en serait servi comme il se servait du linceul imprégné d'esprit de vin où il se faisait coudre pour rappeler ses forces épuisées avec les femmes, et dans lequel il fut brûlé.

Il faut placer à l'année 1386 le duel judiciaire de Jean de Carrouges et de Jacques Legris. La dame de Carrouges prétendait avoir été violée dans le donjon de son château par Jacques Legris, gentilhomme du comte d'Alençon. « Jacquet , Jacquet , dit-elle à Legris, vous n'a- « vez pas bien fait de m'avoir vergondée ; mais le blasme n'en de- « mcurera pas sur moi , si Dieu donne que monseigneur mon mari « retourne. » Il était alors en Ecosse. Legris fut tué. Carrouges passa en Afrique pour combattre les Maures, et ne revint plus.

En 1387 eut lieu l'aventure d'Olivier de Clisson et du duc de Bretagne, aventure racontée partout, et dernièrement encore par un historien qui ne me laisse plus rien à dire ( M. de Barante ). Bavalan sauva à son maître un crime et des remords. Clisson paya une amende de cent mille livres, et livra quatre places au duc : ainsi les nobles avaient encore des places fortifiées à eux. Les seigneurs de Laval et de Cha-

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teaubriand furent cautions de l'amende. En 1 387, Charles VI, devenu majeur, prit les rênes du gouvernement.

En 1389 on célébra un service solennel à vSaint-Denis pour le repos de l'àme de du Guesclin. L'évêque d'Auxerre fit l'éloge du bon connétable : la première oraison funèbre fut prononcée pour du Guesclin , la dernière pour le grand Condé ^ car, après Bossuet , il ne faut compter personne : nouveau geuBs d'éloquence inspirée par la gloire de nos armes , et noblement épuisée entre les cercueils de deux grands capitaines.

L'Europe trembla au nom de cette puissance ottomane qui bientôt, maîtresse de Constantinople , allait opprimer l'ancienne patrie de la civilisation, et qui expire aujourd'hui en rendant la liberté à la Grèce.

Bajazet annonçait qu'il passerait en Occident et ferait manger l'avoine à son cheval sur l'autel de Saint-Pierre , à Rome 5 réaction des croisades , comme les croisades elles-mêmes étaient la réaction du premier débordement des nations islamistes sur les pays chrétiens. La guerre d'extermination n'a cessé entre les peuples du Christ et de Mahomet que quand le principe religieux s'est affaibli chez ces deux peuples.

Marchèrent au secours de Sigismond , roi de Hongrie , dix mille Français , parmi lesquels on comptait mille chevaliers et mille écuyers des plus grandes familles de France, commandés par les plus grands seigneurs, ayant à leur tête Jean de Nevers , prince qui fut le second duc de Bourgogne : pour faire tant de mal à la France, il allait conquérir dans les prisons de Bajazet le surnom de Jean sans Peur. La bataille de Nicopolis perdue contribua , comme je l'ai déjà remarqué, avec les batailles de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt, à la dislocation de l'armée aristocratique et à l'établissement de l'armée nationale. Quand le duc de Bourgogne sortit des cachots de Bajazet, Bajazet entra dans la cage de Tamerlan. Les grandes invasions étaient maintenant en Asie.

Le duc de Touraine, devenu depuis duc d'Orléans, épousa Va- Icnline de Milan, fille de Galéas Visconli. Pierre de Craon , favori du duc de Touraine , fut disgracié pour avoir révélé à Valenline de Milan une infidélité de son mari. Craon était l'ennemi du connétable de Clisson , ei parent du duc de Bretagne.

Isabeau commençait à manifester son penchant au luxe et à la gaitthlorie : la cour d'amour fut instituée sur le modèle des cours de jus»

tice. Parmi les officiers de cette cour, on trouve avec les princes du sang elles plus anciens gentilshommes de la France des docteurs en théologie? des grands vicaires, des chapelains, des curés et des chanoines. C'est à cette époque que les romanciers ont placé les aventures du petit Jehan de Saintré. Les plus terribles vérités n'interrompirent point ces fictions-, on voit marcher, tantôt séparés, tantôt confondus , dans ce siècle , les forfaits et les amours , les fêtes et les massacres, l'histoire et le roman, tous les désordres d'un monde réel et d'un monde fictif : l'imagination entrait dans les crimes , les crimes dans l'imagination. Les fureurs du schisme et l'invasion des Anglais compliquèrent les querelles des Bourguignons et des Armagnacs.

En 1 392 , le duc de Touraine obtint le duché d'Orléans , en échange de celui de Touraine.

Craon assassine le connétable de Clisson , le jour de la fête du Saint-Sacrement 1392 : Clisson ne mourut pas de ses blessures. Charles VI voulut tirer vengeance de Craon réfugié auprès du duc de Bretagne. L'armée eut ordre de se mettre en marche. Dans la forêt du Mans, une espèce de fantôme enveloppé d'un linceul, la tête et les pieds nus , se précipite d'entre deux arbres sur la bride du cheval de Charles VI, disant ; a^Roi, ne chevauche plus avant; retourne, car tu es trahi. » Le spectre rentre dans la forêt sans être poursuivi. Charles frémissant, et les traits altérés, continue sa route. Un page qui portait la lance du roi la laissa tomber sur le casque d'un autre page : à ce bruit le roi sort de sa stupéfaction , tire son épée , fond sur les pages en s'écriant : «Avant ! avant sur les traîtres! » Le duc d'Orléans accourt^ Charles se jette sur lui : «Fuyez, beau neveu a d'Orléans , » lui crie le duc de Bourgogne , « monseigneur veut « vous occire: haro! le grand meschef, monseigneur est tout des- « voyé ! Dieu ! qu'on le prenne ! » Le roi ne tua ni ne blessa personne, quoi qu'en ait dit Monstrelet. Il fut ramené au Mans sur une charrette à bœufs. Les oncles du roi , le duc de Berry et le duc de Bourgogne, prirent en main le gouvernement. Larivière, Lemercier, Montaigu et le Bègue de Vilaines , ministres de Charles , curent ordre de se retirer-, le connétable de Clisson fuit en Bretagne après que le duc de Berry l'eut menacé de lui crever le seul œil qui lui restât. Benoît, le pape 'de Bome , prétendit que Dieu avait ôlé le jugement au roi parce qu'il avait soutenu l'antipape d'Avignon; Clément , le pape 4*Avignun , soutenait que le roi avait perdu l'esprit parce qu'il n'a-

vait pas détruit l'nntionpe de Rome. Le peuple français plaignit le jeune monarque et pria pour lui, tandis que les grands se réjouissaient de pouvoir conduire à leur gré les affaires de l'État. Georges III, dans une monarchie coiisiitutionnellc, a été privé plusieurs années d'intelligence, et c'csl l'époque la plus glorieuse de la monarchie anglaise, Charles VI, dans une monarchie absolue, resta à peu près le même nombre d'années dans un état d'insanité , et c'est l'époque la plus désastreuse de la monarchie française-, dans la monarchie constitutionnelle , la raison nationale prend la place de la raison du roi -, dans la monarchie absolue , la folie de la cour succède à la folie royale.

Le parlement, toutes les chambres assemblées (1392), confirma redit de Charles V, qui fixe à quatorze ans la majorité des rois. La tutelle des enfants de France fut mise entre les mains de la reine et de Louis de Bavière , frère de la reine ^ des lettres de régence furent accordées quelque temps après au duc d'Orléans , frère du roi. Il y avait un conseil de tutelle de douze personnes^ il n'y avait point de conseil de régence assigné. Charles VI fit son testament , et il vécut , après avoir lui-même disposé de tout , comme s'il était mort.

Et c'est de ce roi mort que l'on entend parler ensuite comme père d'enfants qui naissent au hasard , comme ayant été sur le point d'être brûlé dans un bal masqué où cet insensé figurait déguisé en sauvage; comme niant qu'il eût été roi , comme effaçant avec fureur son nom et ses armes-, priant qu'on éloignât de lui tout instrument avec lequel il eût pu blesser quelqu'un, disant qu'il aimait mieux mourir que de faire du mal à personne ; conjurant au nom de Jésus-Christ ceux qui pouvaient être coupables de ses souffrances de ne le plus tourmenter et de hâter sa fin ; s'écriant, à l'aspect de la reine ; « Quelle est cette « femme? Qu'on m'en délivre !y> et recevant dans son lit, trompé, la fille d'un marchand de chevaux, que cette reine lui envoyait pour la remplacer : ombre auguste, malheureuse et plaintive, autour de laquelle s'agitait un monde réel de sang et de fêtes! spectre royal dont on empruntait la main glacée pour signer des ordres de destruction, et qui, innocent des actes revêtus de son nom à la lumière du soleil , revenait la nuit parmi les vivants pour gémir sur les maux de son peuple ! Quel témoin nous reste-t-il de cette infirmité d'un monarque que ne purent guérir un magicien de Guicnne avec son livre Simagorad , et deux moines qui furent les premiers criminels assistés à la mort par des confesseurs? Quel monument durable atteste.

au milieu de nous, les calamités d'un règne qui s'écoula entre Tapparition d'un fantôme et celle d'une bergère ? Une amère dérision de la destinée des empires et de la fortune des hommes : un jeu de cartes.

Sous l'année 1395, on remarque l'ordonnance qui donne des confesseurs aux condamnés \ mais le sacrement de l'eucharistie leur était encore refusé dans le dernier siècle. Plusieurs conciles avaient réprouvé cette rigueur, incompatible, en effet , avec la charité chrétienne et avec le principe moral d'une rehgion qui fait du repentir rinnocence.

Les prisonniers envoyés à l'échafajid s'arrêtaient deux fois en chemin ^ dans la cour des Filles-Dieu , ils baisaient le crucifix , recevaient l'eau bénite, buvaient un peu de vin, et mangeaient trois morceaux de pain : cela s'appelait le dernier morceau du patient. Sauvai remarque que cet usage ressemble au repas que les Juives faisaient aux personnes condamnées à mort , et au vin de myrrhe que les Juifs présentèrent à Jésus-Christ. Ne serait-ce pas plutôt un souvenir du dernier repas des martyrs, le repas libre? Les exécutions avaient presque toujours lieu le dimanche et les jours de fête. Les cordeliers assistèrent d'abord les criminels , et eurent pour successeurs les docteurs en théologie de la maison de Sorbonne : sublime fonction du prêtre, qui commença en 1395 par l'édit d'un roi de France malheureux , et qui devait donner, en 1 793 , un dernier consolateur à un roi de France encore plus infortuné.

L'usage était aussi d'offrir du vin aux juges qui assistaient à la mort du condamné : l'exécuteur des hautes oeuvres faisait les avances du prix de ce vin. Une somme de 12 livres 6 deniers fut allouée au bourreau en 1477, par le prévôt de Paris, pour avoir fourni du pain, des poires et douze pintes de vin à messieurs du parlement et officiers du roi, étant au grenier de la salle , pendant que le duc de Nemours ( Armagnac ) se confessait.

La dernière année du quatorzième siècle vit deux papes renonces, deux rois jugés et déposés par deux assemblées nationales : le roi d'Angleterre Richard II, etVenceslas, empereur d'Allemagne. Venceslas, ivrogne et débauché, se souciait si peu de l'empire , qu'il vendit aux habitants de Nuremberg, après sa déposition, un droit de souveraineté qu'il avait conservé sur eux, pour quelques pipes de vin. Louis d'Anjou manqua son expédition sur Naplcs. Le duc de Bourbon voulut surprendre Bordeaux et Rayonne pendant les troubles qu'amena la déposition de Richard 11-, il ne réussit pas, et la

cour de France , ne pouvant dépouiller Henri de Lancastre, s'arrangea avec lui.

Les querelles des maisons d'Orléans et de Bourgogne éclatent. 11 y a quelque chose de plus grand dans la maison de Bourgogne, quelque chose de plus attachant dans celle d'Orléans -, on se range malgré soi de son parti -, on lui pardonne la faiblesse de ses mœurs en faveur de son goût pour les arts , de sa fidélité au malheur et de son héroïsme. Par sa branche illégitime, on passe de Dunois aux Longueville; par sa branche légitime, on arrive de Valentine de Milan à Louis XII et à François I^»*.

Le premier attentat vint de la maison de Bourgogne. Jean sans Peur, qui avait succédé à son père Philippe le Hardi , fait assassiner le duc d'Orléans le 23 novembre 1407. Les deux princes s'étaient juré dans le conseil du roi une amitié inviolable^ ils avaient pris les epicesetbu du vin; ils s'étaient embrassés en se quittant-, ils avaient communié ensemble ; le duc de Bourgogne avait promis de dîner chez le duc d'Orléans , qui l'avait invité : il n'alla pourtant point chercher au repas des morts, où il l'envoya le lendemain, son convive de Dieu à la sainte table, et son hôte au festin des hommes.

Le duc de Bourgogne nia d'abord son crime , et s'en vanta ensuite ; dernière ressource de ceux qui sont trop coupables pour n'être pas convaincus , et trop puissants pour être punis. Le peuple détestait le duc d'Orléans , et chansonna sa mort : les forfaits n'inspirent d'horreur que dans les sociétés en repos; dans les révolutions, ils font partie de ces révolutions mêmes, desquelles ils sont le drame et le spectacle.

Le bruit de l'assassinat s'étant répandu dans Paris, la reine, épouvantée , se fit porter en l'hôtel de Saint-Pol -, la femme adultère se mit sous la protection de la royale folie. Bientôt elle est obligée de fuir devant le duc de Bourgogne, et emmène à Tours le roi malade. Valentine de Milan succombe à sa douleur, sans avoir pu obtenir justice. On l'accusa de sortilège : les sortilèges de Valentine étaient ses grâces. Cette Italienne , apportant dans notre rude climat, dans la France barbare, des mœurs polies et le goût des arts, dut paraître une magicienne ^ on l'aurait brûlée pour sa beauté, comme on brûla Jeanne d'Arc pour sa gloire.

Le traité de Chartres donna tout pouvoir au duc de Bourgogne; on trancha la tête au sire de Montaigu , administrateur des finances , ce qui ne remédia à rien : on convoqua une assemblée pour réformor

rÉtat, et l'État ne fut point réformé. Les princes, mécontents, prirent les armes contre le duc de Bourgogne. Le duc d'Orléans, fils du duc assassiné, avait épousé en secondes noces Bonne d'Armagnac, lillc du comte Bernard d'Armagnac , d'où le parti du duc d'Orléans, conduit par le comte Bernard, prit le nom d'Armagnac. On traite inutilement à Bicêtre -, on se prépare de nouveau à la guerre. Les Armagnacs assiègent Paris ^ le duc de Bourgogne arrive avec une armée et en fait lever le siège. A travers tous ces maux, la vieille guerre des Anglais se ranime.

Une sédition éclate dans Paris : les palais du roi et du Dauphia sont forcés -, la faction des boucliers prend le chaperon blanc ^ le duc de Bourgogne perd son pouvoir et se retire : on négocie à Arras.

Le roi d'Angleterre descend en France. La bataille d'Azincourt, perdue , renouvelle tous les malheurs de Crécy et de Poitiers. Paris est livré aux Bourguignons , après avoir été gouverné par les Armagnacs : les prisons sont forcées, les prisonniers massacrés. Les Anglais s'emparent de Rouen, et Henri V prend le titre de roi de France.

Un traité de paix est conclu à Ponceau entre le duc de Bourgogne et le Dauphin (1419). Vaine espérance ! les inimitiés étaient trop vives : Jean sans Peur est assassiné sur le pont de Montereau.

Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, s'allie aux Anglais pour venger son père. Henri V épouse Catherine de France, el Charles VI le reconnaît pour son héritier au préjudice du Dauphin. Deux ans après la signature du traité de Troyes, Henri V meurt à Vincennes, et Charles VI à Paris.

Le duc de Bedford , revenant des funérailles de Henri V, roi d'Angleterre, ordonne celles de Charles VI, roi de France. Cette course entre deux cercueils, entre le cercueil du plus glorieux comme du plus heureux des monarques, et le cercueil du plus obscur comme du plus misérable des souverains, est une leçon aussi sérieuse que philosophique. Qui en prolitera? Personne.

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