‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 9 sur 239 · DE VALENTINIEN I^' ET VALENS A GRATIEN ET A THÉODOSE I · texte numérisé non relu

DE VALENTINIEN I^' ET VALENS A GRATIEN ET A THÉODOSE I

• Pour éviter la confusion des sujets, vous aimerez mieux voir séparément ce qui se passait aux empires d'Orient et d'Occident, sans toutefois perdre de vue leur connexité et ce qu'il y avait de commun dans les événements , les mœurs et les lois des deux grandes divisions du monde romain.

L'Occident, dévolu à Valentinien, comprenait ITllyrie, l'Italie, les Gaules, la Grande Bretagne, l'Espagne et l'Afrique; l'Orient, laissé à Valens, embrassait l'Asie, l'Egypte, la Thracc et la Grèce.

La résidence particulière de Valentinien était à Milan ; celle de Valens à Constanlinople-, mais les deux empereurs se transportaient là où leur présence était nécessaire.

* Amm., lib XXVI ; PoiLosTonc, p. 114. Throdose I"" ne fut un moment maître de tout l'empiro que pour le parla}î«r entre ses deux tils.

! Valbmiwien, Yaums, emp. Félix, Damas, papes. Ao de J.-C 364-376«

Dans l'Occident, Va^entinien eut à combaUre les Allamans , qui se jetèrent sur la Gaule, et il fortifia de nouveau la ligne du Rliin. On voit paraître les Bourguignons, issus des Vandales qui habitaient les bords de l'Elbe. Leur roi était connu sous le nom générique d'Hendinos, et leur g^rand-prêlre sous celui de Sinistus^. Ennemis des Allamans, les Bourguignons s'allièrent avec Valentinien, et s'engagèrent à lui fournir une armée de quatre-vingt mille hommes.

Les Saxons et les Franks reparurent sur les côtes de la Gaule et de la Grande Bretagne-, les Pietés et les Scots désolèrent cette dernière province. Théodose, général de Valentinien , les refoula au fond de laCalédonie.

Les peuples de la Gétulie, de la Numidie et de la Mauritanie ravagèrent l'Afrique : Théodose fut envoyé pour les repousser et punir l'avidité de Romanus, commandant miUtaire de cette province : il réussit dans la première parlie de sa mission.

Valens et Valentinien poursuivirent avec toute la rigueur des lois romaines leurs sujets accusés de magie. Les victimes furent nombreuses à Rome et à Antioche. Maxime, si fameux sous Julien, et d'autres philosophes succombèrent-, Jamblique s'empoisonna-, Libanius échappa avec peine à l'accusation 2.

Valens était tyran par faiblesse, Valentinien par colère. Deux ourses, l'hirtoire en dit le nom, Inoffensive el Paille! le dorée, avaient leurs loges auprès de la chambre à coucher de Valentinien-, il les nourrissait de chair humaine. Inoffensive, bien méritante, fut rendue à ses forêts 3.

L'empereur d'Occident gâtait de grandes qualités par un tempérament cruel : il ordonnait le feu pour les moindres fautes. Milan eut des victimes qui prirent de leur injuste condamnation le nom ^'Innocents. Tout débiteur insolvable était mis à moi't. Le prévenu récusait-il un juge, c'était à ce juge qu'on le renvoyait*.

' Apiifl bosgene''a1inominerp)capppllatnr!l('ndinos...Sacprclos omnium maximus VOcaliiiSinislus. (Amui. IMarckll., lib. xxviii, cap.v, p 539. 1671.)

2 Piimiis ex nobilibus philosopliis iiilcilfcius est Maximus, ol post iMiim oriiindiis ex Phrygia Hiiariiis, qui amhiguumq.'oddaiMOraculumc'arius fui.sst'liuleri>n'l;*lus. Secuudum hune Siuiouidcs, et paincius L}dus et Andronicus e Caiia. ( ZaSiM., Histor., lib. IV, p. 05 Basilese.)

' Mieamaurcam el Innoccntiiim : cnllu ita curabat enixo, ut earum cavea> prope cubic-ulum suum locaict.... Iiinôceniiam denicpie, post iniillas quas <'jus laiiialu cadaverum viderat sepulturas, ut bene nierilam in silvasabire dimisil. (Amm. Mar-

CBLL., Ilb. XÏIX, cap. III.)

* Amm. Marcill., lib, xxvii, cap. vu; lib xxix, cap. iii; lib. xxx, cap. vfii.

Vous êtes frappés de cet arbitraire de supplices qui souille les annales de Rome-, le genre de peines à appliquer semble abandonné au caprice des magistrats et des particuliers : la loi criminelle, chez les Romains, était fort inférieure à la loi civile. Nous ne faisons pas assez d'attention aux améliorations évidemment apportées dans les lois par la mansuétude du Christ. Accoutumés que nous sommes à lire des faits atroces, quand nous voyons des hommes déchirés avec des ongles de fer, exposés nus et frottés de miel à la piqûre des mouches, torturés comme les prisonniers de guerre des Iroquois par l'ordre d'un juge ou la vengeance d'un simple créancier, nous ne nous demandons pas comment cela arrivait chez les nations civilisées de Tancien monde, et comment cela n'arrive plus chez les nations civilisées du monde moderne. Le progrès si lent de la société ne suffit pas pour rendre compte de ces changements-, il faut reconnaître une cause plus prompte, plus efficace, plus générale : cette cause est Tesprit du christianisme.

Le sang des empereurs païens se retrouve dans les cruautés de Valcntinien -, le caractère des empereurs chrétiens dans les lois qui ordonnent des médecins pour les pauvres, et qui défendent l'exposition des enfants* : honneur à la bénignité évangélique à qui l'on doit l'abolition d'une coutume qu'autorisaient les législations les plus fameuses de l'anliquilé !

Parmi les lois de Valons et de Valentinien, je dois vous signaler encore l'institution des écoles, modèles de nos universités : l'éducation publique expira avec la liberté publique^ les collèges modernes eurent leur origine lointaine dans les siècles de décadence et d'esclavage de l'empire romain.

Valentinien donna aux villes des défenseurs officieux 2, sorte de magistrats élus par le peuple^-, d'où il arriva que les Églises, devenues des espèces de municipcs, eurent à leur tour dos défenseurs qui se transformèrent eu champions dans le moyen âge. La liberté politique s'étaient changée en privilèges de bourgeoisie : on voit partout les empereurs adresser des lettres et des rescrils aux communes des diverses provinces de TEurope, de l'Afrique et de l'Asie.

En suivant la série des institutions, le Code à la main, on remarque , avec une admiration reconnaissante, que le travail des prin-

» Cod. Throd.., t. I!î, Hb. viii, p. 34.

* Ibid., t. IX, lib. I, p. 107.

* Cod. Juai., l. uV, lib. i et II, p. 166.

ces chrétiens tend surtout à l'adoucissement des inflictions criminelles et à la réforme des mœurs : les enfants des suppliciés retrouvent les biens paternels-, des réglcmenls améliorent le sort des pauvres et des esclaves, mul iplienl les cas de liberté-, les vices abominables chantés par les poêles, et protégés des magistrats, sonl punis. En un mot, c'est dans le recueil des luis romaines qu'il faut chercher la véritable histoire du christianisme, bien plus que dans les fastes de l'empire.

Talcntinien accorda le libre exercice du culle à ses sujets, et ne prit aucun parti dans les querelles religieuses ^ : il se crut d'autant plus autorisé à celte tolérance, qu'il s'était montré chrétien indépendant sous Julien. Cependant il défendit aux païens les sacrilices, et les assemblées aux manichéens et aux donatistes. Il mit aussi des bornes à l'accroissement des richesses de TÉgiise et à la multiplication des ordres monastiques : il fut défendu au clergé d'admettre à la cléricature les propriétaires hommes du peuple et les décurions des villes, à moins que ceux-ci n'abandonnassent leurs biens ou à la municipalité dont ils étaient membres, ou à quelques-uns de leurs parents 2. Il fut également défendu au même clergé d'accep ter des legs testamentaires. Déjà le pouvoir et la fortune avaient amené la corruption ; Damas disputa le siège de Rome à Ursin -, on en vint aux mains ^^ cent trenle-sept morts furent trouvés le matin dans la basihque de Sicinius, aujourd'hui Sainte Marie Majeure.

Vaientinicn avait eu de sa première femme, Sévéra, un lils nommé Gralien, qu'il éleva à Amiens, le 24 août 367, au rang d'auguste^ sans le créer d'abord césar, selon l'usage. On a cherché la raison de cette innovation : elle est évidente. Il y avait maintenant deux empires-, Gratien, âgé de huit ans, n'était plus un césar ou un général nommé pour défendre une partie de l'État , c'était un héritier qui devait succéder à la souveraineté de son père.

Vaientinicn répudia Sévéra et épousa Justine, Sicilienne d'origine-, elle aurait, selon Zosimc, été mariée d'abord au tyran Magnence. Justine était arienne, mais elle ne déclara son hérésie qu'a-

• Kav., ann. 371 ; Stmm., lib. x, «p»«<. 54.

» Cod. Iheod.y t. I, lib. Lix, p. 405.

' Damasius olUrsinus, supra liumaïuim modiira ad rapiendam episcopatns sedcm irdenles, scissis sludiis asperrime conniclabanlur, adusque morlis vïilnerumqiie discrimina adjumenlis utriiisque procossis.... Uno die ccntum liipinla seplem reperta cadavera perempLorum. ( Aum. Marcell.« lib. xxvii, cap. m, p. 481.Pari- •us, 1677.)

ÉTUDHS HISTORIQUES. 263

près la mort de Valentinien. Elle donna à l'empereur un tils , qui fut Valentinien II, et trois filles, Jusla, Grata et Galla-, celle ci devint la seconde femme de Théodose le Grand.

Les Qiiades et les Sarmates , justement irrités de la trahison des Romains qui, après avoir attiré leur roi Gabinus à une entrevue, l'avaient massacré, ravageaient l'ÏIIyrie^ Valentinien accourt avec les forces de la Gaule -, il meurt subitcm cnt à Bergetion^ d'un accès de colère , dans une audience qu'il donnait aux députés des Quades suppliants.

Mallobaud ou Mcllobaudes, chef d'une tribu de Franks, avait obtenu un commandement sous Valentinien , et s'était distingué par ses gestes militaires : à la mort de l'empereur il entreprit avec Équitius, comte d'illyrie, de faire prévaloir les droits de Valentinien, fils de Justine , sur ceux de Gratien , fils de Sévéra*. Valentinien II fut en effet proclamé empereur-, mais son frère Gratien, déjà auguste, au lieu de s'en offenser, reconnut l'élection. Valentinien eut dans son partage ritalie, l'IIlyrie et l'Afrique-, Gratien garda les Gaules, l'Espagne et l'Angleterre, peut-être même n'y eut-il pas de véritable partage. Ce qu'il y a de certain, c'est que Gratien gouverna seul l'Occident jusqu'à sa mort, Valentinien n'étant encore qu'un enfant sous la tutelle de sa mère.

Valons n'approuvait pas ces arrangements paisibles entre ses jeunes neveux^ mais les mouvements des Goths arrêtèrent son intervention dans des affaires d'une moindre importance.

Mis en possession de l'empire d'Orient par Valentinien I®»", Valens avait eu, dès les premiers jours de son règne, des épreuves à subir. Pro(fope, commandant de l'armée de Mésopotamie, prit la pourpre dans Constantinople même, par l'autorité de deux cohortes gauloises. Voulant légilimer son usurpation, il épousa Faustine, veuve de l'empereur Constance-, elle avait une fille âgée de cinq ans, dans laquelle les légions voyaient le dernier rejeton de la race de Constantin. La révolte de Procope dura peu-, ses soldats l'abandonnèrent à la voix de leurs capitaines, qui gardèrent leur foi. Procope, trahi, fut traîné au camp de l'empereur d'Orient, et décapité.

Valens soutint faiblement contre Sapor les rois d'Arménie et d'Ibérie. On remarque dans cette guerre les aventures de Para , roi

* 17 novembre 375.

* Yaleks, Gratien, emp Damas, pape. An de J.-C 376-378.

d'Arménie, monarque fugitif comme tant d'autres, protégé d'abord des Romains, ensuite égorgé par eux dans un repas.

Les Golhs, restés fidèles à la famille de Constantin, s'étaient déclarés contre Valons en faveur de Procope, mari de la veuve de Constance. Valons remporta quelques avantages sur ces Barbares. Une paix fut le résultat de ces avantages , et six ans après les Huns précipitèrent les Goths sur l'empire.

L'arianisme était la religion de Valens : il persécuta les catholiques qu'il appelait les athanasiens : saint Basile était devenu leur chef après la mort de saint Athanase. A ce grand homme de solitude et de charité est due la fondation du premier de ces monuments élevés aux misères humaines , monuments qui font la gloire éternelle du christianisme. Les moines, presque tous catholiques, s'étaient accrus par l'esprit et le malheur de leur temps. Valens les fil enlever à main armée; on les força de s'enrôler dans les légions , et quand ils résistèrent on les massacra.

Nous arrivons au fameux événement qui hâta la chute de l'ancien monde.

Depuis leurs expéditions maritimes , les Goths , en paix avec les Romains, s'étaient multipliés dans les forêts : ils avaient assujéti autour d'eux les autres peuplades barbares. Hcrmanric , roi des Ostrogoths, et de la noble race des Amali , devint conquérant à l'âge de quatre-vingts ans-, à cent dix ans il allait encore au combat, et restait le seul contemporain de sa gloire*. Il conquit les Hérules et les Venèdes. Sa puissance s'étendait dans les bois et sur les hordes des bois, du Pont-Euxin à la Baltique, derrière les tribus saxonnes, allamanes, frankes, bourguignonnes et lombardes, plus rapprochées des rives du Rhin : le Danube séparait l'empire sauvage des Goths de l'empire civilisé des Romains. Les Visigoths , réunis aux Ostrogoths , leur avaient cédé la prééminence ^ leurs chefs , parmi lesquels se distinguaient Athanaric, Fritigern et Alavivus, avaient quitté le nom de rois pour descendre ou pour monter à celui de juges^.

Telles étaient devenues les nations gothiques aux fontières de l'empire d'Orient, lorsque tout à coup un bruit se répand : on raconte qu'une race inconnue a traversé les Palus-Méotides. La présence des Huns fut annoncée par un tremblement de terre qui secoua presque tout le sol du monde romain , et fit pencher sur la tête d'Hermanric

* JoRif., cap. XXII.

» Yd., ibid.

sa couronne séculaire. Les Huns étaient la dernière grande nation mandée à la destruction de Rome^ les autres nations avaient fait une halte pour les attendre-, ils venaient de loin. A peine avaient ils paru, qu'on entendit parler des Lombards, dernier flot de cet océan.

Un nouveau système historique fait descendre les Huns des peuples ouralo-finnois. Dansée système, fondé sur une meilleure critique, une connaissance plus avancée des peuples et des langues de l'Asie et de l'Europe septentrionale , on suit cependant avec moins de facilité la marche et les progrès des soldats futurs d'Attila.

Dans l'ancien système que Gibbon a adopté , il est plus aisé de se reconnaître. En rejetant de la primitive monarchie des Huns la partie confuse et romanesque ^ laissant de côté ce qu'ont pu faire ou ne pas faire les Huns au nord de la muraille de la Chine, 1210 ans avant l'ère vulgaire-, négligeant leur invasion de la Chine, leur défaite par l'empereur Voulé de la dynastie des Huns, on trouve qu'au temps de la mission du Christ deux divisions des Huns s'avancèrent dans l'Occident , l'une vers l'Oxus, l'autre vers le Volga : celle-ci se fixa au bord oriental de la mer Caspienne , et fut connue sous le nom des Huns blancs ^ ils eurent de fréquents démêlés avec les Perses.

L'autre division des Huns pénétra avec difficulté au Volga, conserva ses mœurs en augmentant sa force par des alliances volontaires, des adjonctions dépeuples conquis, et par l'habitude des combats : cette division subjugua les Alains -, la plus grande partie des vaincus entra dans les rangs des vainqueurs , tandis qu'une colonie indépendante des premiers alla se mêler aux races germaniques et s'associer à leur guerre contre l'empire ^

Les Huns parurent effroyables aux Barbares eux-mêmes : quand ils eurent franchi les Palus-Méotides , ils se trouvèrent en présence des tributaires de la puissance d'Hermanric. Les deux monarchies des Huns et des Goths, l'une composée de sauvages à cheval , l'autre de sauvages à pied , c'est-à-dire les deux races scythe ettartare, se heurtèrent. Les Goths étaient divisés -, Hermanric, abusant du pouvoir, avait fait écarteler la femme d'un chef roxolan qui s'était retiré de lui 2. Les frères de cette femme la vengèrent en poignardant Her-

• Db Guignes, Gibbon, Jornakdës, Ammien Marcellin, etc.

^ Dum eniin quaiiidammulierem Sanielb nomine pro mariU fraudulento discessu» rex furore commotus, equis ferocibus illigatam, incitatisque cursibiis per diversi diveUi praeccpisset: fralres ejus Sarus et Ammius, germanae obitum vindicantes, Ermariarici latusferro petierunt. (JORXfÀMD.» de Reb. goihicis, cap. xxiv, p. 70, 71. Logduni Batavorum. )

manric, vainement cuirassé d'un siècle, et à qui cent dix années avaient encore laissé du sang dans le cœur : il ne resta pas sous le coup. Balamir, roi des Huns, profita de cet événement : il attaqua les Ostrogolhs, qui furent abandonnés des Visigoths^ Hermanric, impatient de la douleur que lui causait sa blessure, et encore plus tourmenté de la ruine de son empire, mit fin à des jours que la mort avait oubliés ^ Withimer, chargé après lui du gouvernement, en vint avec les Huns et les Alains à une bataille dans laquelle il fut tué 2. Sapbrax et Alathseus sauvèrent le jeune roi des Ostrogoths, Witheric, et conduisirent les débris indépendants de leurs compatriotes sur les bords du Niester.

Cependant les Visigoths, séparés des Ostrogoths, s'étaient retirés chez les Gépides leurs alliés -, ils y furent poursuivis par les Huns. Un corps de cavalerie tartare passa le Niester à gué pendant la nuit , au clair de la lune : Athanaric, juge des Visigoths, qui défendait les bords de la rivière, parvint à gagner des hauteurs avec son armécj il s'y voulait fortifier^ mais les Visigoths se précipitent vers le Danube, envoient des ambassadeurs à Valons , et le conjurent de leur accorder la Mœsie inférieure pour asile : ils offraient d'embrasser la religion chrétienne. « Valons, dit Jornandès , dépécha des évêques hérésiar- « ques aux Visigoths, et fit de ces suppliants des sectateurs d'Arius, « au lieu de disciples de Jésus-Christ. Les Visigoths communiquè- « rent le venin aux Gépides leur hôtes, aux Ostrogoths leur frères 5 « ils se répandirent dans laDacie, la Thrace, la Mœsie supérieure, « et tous les Goths se trouvèrent ariens ^. »

L'historien se trompe : tous les Goths sans doute n'étaient pas encore chrétiens en 376, mais ils avaient déjà reçu les semences de la foi. Théophile, au concile de Nicée, est appelé l'évêque des Goths ^j ceux-ci avaient un petit sanctuaire catholique à Constantinophe. Vers Tan 325, Audius , chef d'un schisme , fut banni par Constantin en

* Inter haec Ermanaricus tam vulneris dolorem, quam eliam incursiones Hunnorum non ferens, grandaevus et plenus dierum , cenlesimo decimo anno viiae suae defunctus est. (Jorn., cap. xxiv.)

2 AuM. Marcell., lib. xxxi, cap. m.

3 Et ut fîdes uberior illis haberetur promittunt, se, si doctores linguae suae donav«rit, fierichristianos Sic quoque Vesegothae a Valenie impers tore ariani potius quam cbristiani effecti. De caetero, tam Ostrogothis quam Gepidis parenlibus suis, per affectionis gratiam evangelizantes, bujus perfidiaî culiuram edocentes, omnem ubique linguae bujus nationem ad culiuram bujus seclae invitavere. Ipsi quoque (ut diclum est) Danubium iransnieanles Daciam, ripensem Mœsiam, Thraciasque permissu principis insedere. (Jorn., cap. xxv.)

^Soca., lib. u, cap. xvu

Scythie-, il pénétra chez les Goths, y prêcha l'Evangile, et établit dans leur pays des vierges, des ascètes et des monastères ^ Les Goths mêmes avaient exercé de grandes cruautés dans la persécution arienne de 372 , et ce fut le célèbre évêquc Ulphllas que ce peuple fugitif députa, en 376, à Constantinople 2.

Fritigern et Alavivus commandaient les Visigoths qui tendaient les mains à Valens : Athanaric, suivi de quelques compagnons, ne voulut point paraître sur les terres de l'empire en qualité de parjure ou de suppliant, et se relira dans les forêts de la Transylvanie.

Valons, bigot sectaire, se croyait un profond politique^ il acquiesça à la demande des Visigoths -, il se félicitait de cantonner sur les frontières de ses États des guerriers qui promettaient de le défendre et de se faire ariens. Il les voulut tous, même ceux qui pouvaient être attaqués d'une maladie mortelle ^ ^ mais il attacha deux conditions à son bienfait : les Visigoths eurent ordre de livrer leurs enfants et leurs armes-, leurs enfants comme otages, et leurs armes comme vaincus. Et Valens prétendait que ces bras désarmés se lèveraient pour protéger sa tête ! Les Visigoths se soumirent.

Le Danube était enflé par des pluies. On assembla une multitude de barques, de radeaux, de troncs d'arbres creusés, et l'on vit, par la permission de Dieu, les Romains occupés nuit et jour à transporter dans l'empire les destructeurs de l'empire. Des commissaires désignés à cet effet essayèrent de compter les Barbares à leur passage d'une rive du Danube à l'autre-, mais ils furent obligés de renoncer au dénombrement '*. Ammien Marcellin, citant deux vers de Virgile, prétend qu'on aurait plutôt compté les sables que le vent du midi soulève sur les rivages de la Libye. Une évaluation moins poétique porta l'émigration des Visigoths à un million d'individus.

Les enfants mâles des familles les plus distinguées furent séparés de leurs pères -, on les distribua dans différentes provinces : les habi-

' SuLP. Sev., lib. XVI, n" 42; Epipn., Hœr., lxx, n°* 9, 14.

2 SozoM., lib. VI, cap. xxxvii.

* El navabalur opéra diligens, ne qui romanam rem eversurus derelinquerelurvei quassatusmorbo leUiali. (Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. iv.)

* Proinde permissu imperaloris transeundi Danubinm copiam colendiqiie adepli Thraciae paries, transfrelabantur in dies et nocles , navibus ralibusque et cavatis arbonim alveis agminalim imposili.... lia turbido inslanlium studio orbis romani pernicies ducebatur. Illud sane neque obscurum est neque incertum , infauslos transvehendi barbaram plebem minisiros numerum ejus comprehendere calculo saepe tenlanles, conquievisse frusiratos. (/d., ib.)

J68 ÉTCDES HISTORIQUES.

tants de ces provinces étaient étonnés des brillantes parures et de la Deauté martiale des jeunes exilés.

Quant aux armes, elles ne furent point livrées-, les Visigoths arrivaient avec des tributs qu'ils avaient jadis reçus, et les anciennes richesses qu'ils avaient enlevées aux Romains -, on les crut opulents parce qu'ils étaient chargés de dépouilles -, pour garder du fer, ils soûlèrent la cupidité des officiers de Valons avec des tapis, des tissus précieux, des esclaves et des troupeaux. A ceux qui préférèrent un autre lucre, ils prostituèrent leurs filles * ^ ils vendirent leur honneur pour acheter un empire, sûrs qu'avec leurs épées ils feraient bientôt passer les filles des Césars dans le lit des Goths.

Les Ostrogoths, conduits par Saphrax et Alathœus, qui avaient sauvé Witheric, se présentèrent à leur tour sur la rive septentrionale du Danube, et sollicitèrent inutilement la faveur obtenue par leurs compatriotes : la peur commençait chez les Romains.

Les Visigoths s'avancèrent dans les Thraccs. On s'était chargé de les nourrir ^ on ne les nourrit point : on leur fournit de la chair infecte de chien et d'autres animaux morts de maladie -, un pain coûtait un esclave, un agneau six livres d'argent. Après leurs esclaves ils n'eurent plus à livrer que le reste de leurs enfants 2. On fit (parce qu'enfin Rome devait périr) d'un million d'alliés un million d'opprimés : la reconnaissance finit où l'injustice commence.

Les Ostrogoths, cessant de prier, passèrent leDanube, et se trouvèrent ennemis et indépendants sur le territoire romain. Fritigern, chef des Visigoths, forma des liaisons secrètes avec les nouveaux émigrants, et s'efforça de réunir les Goths dans le même intérêt.

Maxime et Lupicinus, généraux de Valons, avaient alors le commandement dans les Thraces : ils étaient, par leur avarice et leur faiblesse, la première cause de tous ces malheurs. La discorde éclata à Marcianopolis, capitale de la Basse-Mœsie, à soixante-dix milles da Danube : Lupicinus avait invité les chefs des Goths à un repas, dans le dessein de les faire assassiner \ les gardes de ces chefs, restés aux portes de la ville, se prirent de querelle avec les soldats romains ^ leurs clameurs pénétrèrent jusqu'à la salle du festin. Fritigern et ses amis tirent leurs épées, s'ouvrent un passage à travers la foule, sor-

* ZOSIM.

' Cœperunt duces (avaritia compellenle) non solum oviiim, boumqiie carnes, verum eliam canum, et immundonim animalium, morlicina eis pro magno conlradere : adeo, ut quodiibet mancipiura in unum panem autdecem libras inuDamcarnem mercarentur. (Jorm., cap. xxti.)

ÉTUDES DISTORIQUES. 269

tent de la ville, et ont le bonheur * d'échapper. « Ce jour-là, dit «c Jornandès, ôta la faim aux Goths et la sûreté aux Romains : les « premiers ne se regardèrent plus comme des vagabonds et des « étrangers, mais comme des citoyens et comme les seigneurs de € l'empire ^. »

Lupicinus, se fiant à la discipline des légions et à la supériorité de leurs armes, attaqua les Goths : ceux-ci, déployant leur bannière, firent entendre le lamentable son de celte corne célèbre dans le récit de leurs combats, et à la ronflée de laquelle devait s'écrouler le Capitole^î les Romains furent vaincus.

Une troupe de Goths, avant la migration générale de ces peuples, était entrée au service de Valens, sous la conduite de Suérid et de CoHas ; attaquée par les habitants mutinés d'Andrinople, elle les repoussa, et alla rejoindre le grand corps de ses compatriotes. Fritigern franchit l'Hémus, et mit le siège devant Andrinople, qu'il ne put prendre. Les ouvriers employés aux mines du Rhodope se révoltent, se réfugient chez lesRarbares, et leur servent ensuite de guides aux réduits les plus secrets des Romains. Les Goths délivrent leurs enfants captifs ^, qui leur racontent ce qu'ils ont eu à souffrir de la lubricité et de la cruauté de leurs maîtres. Une partie des Huns et des Alains font alliance avec les Goths.

Alors Valens songe à porter remède au mal qu'il avait fait ^ il relire les légions d'Arménie, et demande des secours au jeune empereur Gratien, qui venait de succédera Valcntinien, son père : Richomer, comte des domestiques, est dépêché à Valens avec les légions gauloises. Une première armée romaine, sous les ordres de Trajan et Profuturus , s'approcha des Visigoths campés vers l'embouchure méridionale du Danube, à soixante mifles au nord de Tome, exil d'un pocto : Fritigorn fait élever des feux pour rappeler ses bandes répandues dans le plat pays. Les Visigoths se lient d'un serment terrible, et entonnent les chants à la gloire de leurs aïeux -, les Romains y répondirent par le barritiis, cri militaire commencé presque à voix Dassc, allant toujours grossissant, et Unissant par une explosion

* Amm. Mabcfll., lib. xxxi: Jorn., cap. xxvi.

2 llla ii;iMKiuc(Jics Gollioruin iuiutin, Uomaiionjniquesccuritalem ademit : cœpeniiilquc Goilii j:)m non iii advenœ et peregrini, sed ut cives etdoniini possessoribus jnipcrarc. (Jorn., cap. xxvi.)

^Rauca cormia. ( Claudian., in Rnf.) Aiidilisque triste sonantibus. ( Amm. MARCKf.r.., lij). XXXI.)

* to uiaxiuie adjuiueiito praeier genuinam erecti liduciara , quod confluebat ad

effroyable ^. La bataille de Salices, qui a pris son nom des arbres paisibles sous lesquels elle fut donnée, dura la journée entière, et la victoire resta indécise. Les Visigoths rentrèrent dans leur camp. Les Romains n'osèrent renouveler le combat, et résolurent d'enfermer les Barbares dans ce coin de terre entre le Danube, la mer Noire et le mont Hémus. Les Ostrogoths et le parti des Huns et des Alains, avec lequel Fritigern s'était ménagé une alliance, les dégagèrent.

Valens, suspendant sa guerre contre les moines, partit enfin d'Antioche avec une seconde armée. Arrivé à Constantinople, il maltraita le général Trajan, ami de saint Basile. Au bout de quelques jours, il sortit de la capitale de l'Orient, chassé par le mépris populaire et les clameurs de la foule qui le pressait de marcher à d'autres ennem.is -.

Le moine Tsaac sort de sa cellule, voisine des chemins où passait l'empereur -, il s'avance au-devant de lui et lui crie : «Où vas tu? Tu « as fait la guerre à Dieu, il n'est plus pour toi. Cesse ton impiété, « ou ni toi ni ton armée ne reviendront. » L'empereur dit : «Qu'on « le mette en prison. Faux prophète, je reviendrai et je te ferai mou- <c rir. » Isaac répondit : « Fais moi mourir si tu me trouves en men- « songe.» Le moine ^ chrétien remplaçait le philosophe cynique: il n'en différait que par les mœurs.

Les Golhs, après avoir encore une fois saccagé la Thrace et franchi l'Hémus, inondaient les environs d'Andrinople. Frigerid, général de Gratien, avait défait quelques alliés des Goths, entre autres les Taïfales, barbares débauchés dont les prisonniers furent transportés sur les terres abandonnées de Parme et de Modène ^. Sébas-

eos in (lies ex eadcm gente mnUil«ido, dudum a mercatoribus venundaii, adjeclis plurimis quos primo irangressu necali inedia, vino exili vel panis fiustis nmlavere vilissimis. (Amm Maïicell., lib. xxxi, cap. vi.)

* El Romani quidem voci undique niarlia concinentes, a minore solita ad majorem prololli, qiiam genliliiale appellaiit barriium, vires validas erigebanl. ( Aum. Marcf.ll., lih. XXXI, cap. vu)

2 Vcnit Constaniinopolim, iibi moratus paucissimos dies, seditione popularium puisaliis, elc. (Amm.. lib. xxxi, p. G39. Parisiis, 1677 )

3 Quo porgis, imperator, qui Deo bclliim intulisli, nec eum habes adjutoremî

Desiiu; crgo belhiiii ijilciroci Nani neque reverleris, el exercitum praelerea

aniittcs

Ad liiJCc imprrafor ira porcilns :

Rcvt'iiar, inqiiil, tcquo interliciam, et falsi valicinii pœnas a tp exigam.

Tiim illo minas ncnitiqnam reformidans : Inlerfice, inquit, si in verbis meismendacinm fiioril dcpirhensum. (Tbeodor., Episcop, ; Cyr., Ecoles, hist., lib. iv, p. 195. Parisiis, 1073.)

*Cum... trucidasset omnes ad unum... vivos omnes circa Mulinam, Regiumque

tien, maître général de l'infanterie de Yalens, s'était occupé à rétablir la discipline dans un corps particulier ^ ce corps avait eu l'avantage sur un nombreux parti d'ennemis. Enivré de ces succès, Valens s'apprête à triompher des peuples gothiques, et s'établit dans un camp fortifié sous les murs d'Andrinople.

Richomer, accouru de l'Occident, vient annoncer à Valens que son neveu, vainqueur des Allamans, s'avance pour le soutenir.

En même temps un évêque envoyé par Fritigern, politique aussi rusé que général habile, se présente chargé d'humbles paroles et de soumissions. Il proteste publiquement de la fidélité des Golhs, qui, selon lui, ne demandent qu'à paître leurs troupeaux dans la Thrace déserte j mais, par des lettres secrètes, Fritigern presse l'empereur démarcher *, l'assurant que la seule terreur de son nom obligera les Goths à se soumettre. Valens, jaloux de la renommée de Gratien, ne veut point attendre un jeune prince qui pourrait ravir ou partager l'honneur de la victoire : il lève son camp le 9^ d'août, l'an 378. Le trésor militaire et les ornements impériaux furent laissés dans Andrinople.

A huit milles de cette ville on découvrit rangés en cercle les chariots des Barbares. Les Romains firent tristement leurs dispositions militaires, aux lugubres clameurs des Goths ^ : les Goths, pareillement étonnés du bruit des armes et du retentissement des boucliers que frappaient les légionnaires, envoyèrent proposer la paix 5 leur cavalerie, sous la conduite d'Alathseus et de Saphrax, n'était point en ocre arrivée. Valens s'obstine à ne vouloir entendre que des négo dateurs d'un rang él-evé -, le soldat romain s'épuise sous la chaleur du jour qu'augmentait un vaste embrasement : le feu avait été mis aux herbes et aux bois desséchés des campagnes ^. Fritigern demande à son tour pour traiter un homme de distinction ^ Richomer s'offre, et part du consentement de Valens à qui le cœur commençait à faillir. A peine approchait-il des retranchements ennemis, que les sagittaires et les scutaires engagent le combat. La cavalerie des Goths revenait alors renforcée d'un corps d'Alains : sans laisser le temps à Richo-

et Parmam, italica oppida, rura cultures extermiDavit. (Amsi. Mârcbll., lib. xxxi, cap. IX.)

* Amm. Marcell., lib. XXXI, cap. xii.

2 Atque ut mos est, ululante barbara plèbe, ferum et triste, Romani duces aciem Struxere. {Id., ibid.)

' Miles fervore calefactus aesUvo, siccis faucibus cum arceret relucente amplitudine camporum incendiis, quos lignis nutrimentisque aridis subditis, ut boc ûeret, iidem bostes urebant. (Id., ib,)

mer de remplir sa mission> elle se précipite sur les troupes impériales.

Les deux armées se choquèrent ainsi que des proues de vaisseaux, dit Ammien K L'aile gauche des légions poussa jusqu'aux chariots ; mais, abandonnée de sa cavalerie, elle fut accablée sous le nombre des Barbares qui tombèrent sur elle comme un énorme éboulement de terre 2. Les soldats romains s'arrêtent 5 serrés les uns contre les autres, ils manquent d'espace pour tirer l'épée -, jamais plus grand danger ne menaça leurs têtes sous un ciel où la splendeur du jour était éteinte ^,

Dans ce chaos, Valens, saisi de frayeur, saute par-dessus des monceaux de morts, et se réfugie dans les rangs des lanciers et des matiaires qui se défendaient encore. Les généraux Trajan et Victor cherchent vainement la réserve formée des soldats bataves : les chemins étaient obstrués des cadavres des chevaux et des hommes. L'empereur, à l'approche de la nuit, fut tué d'une flèche -, d'autres disent qu'il fut porté blessé avec quelques eunuques dans la maison d'un paysan. Les Goths survinrent ; trouvant cette maison barricadée, et ignorant qui elle renfermait, ils l'incendièrent ^. Valens périt au milieu des flammes. « Il fut brûlé avec une pompe royale, dit « Jornandès, par ceux qui lui avaient demandé la vraie foi, et qu'il € avait trompés, leur donnant le feu de la géhenne au lieu du feu do « la charité ^. »

Les deux généraux Trajan et Sébastien -, Valérien, grand écuyer^ Equitius, maire du palais ; Potentius, tribun des Promus -, trente-cinq autres tribuns et les deux tiers de l'armée romaine restèrent sur la place. Selon l'auteur déjà cité, l'histoire n'offre point de bataille où le carnage ait été aussi grand, excepté celle de Cannes ^.

Les Goths livrèrent l'assaut à Andrinople, qu'ils manquèrent r descendus jusqu'à Constantinople, ils admirèrent les édifices pyramidant au-dessus des murailles qui mettaient la ville à l'abri : leur

* Deinde collisae in modumrostrorum navium acies. {Id., cap. xiii.)

2 Sicut ruina aggeris magni uppressurn alque dejeciuai est. (Amm. Mabcbll.,^ lib. XXXI, cap. xiii.)

3 Diremil hgec nunquam pensabilia damna (quae magno rébus stetere romanis) BuUo splendore lunari nox fulgens. {Id., ibid.)

4 Unde quidam de candidalis per feneslram lapsus, captusque a Barbaris, prodidJt faclum, eteos mœroreafflixil, magna gloria defraudalos quod roHianse rei rectorem non cepere superslilem. {Id., ibid.)

5 Cum regali pompa cremalus est, liaud sfcus quam Dei prorsus judicio, ut ab ipsis igné comburerelur, quos ipse veram fidom peientes in pertidiam decUnassO ei ignem charitatisad gehennae ignem delorsisset. (Joan., cap. XXTI.)

* Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. xiii.

destin fut de voir Constantinopleet de prendre Rome -, entre ces deux bornes, le monde civilisé était la lice ouverte à leurs courses. Epouvantés de Faction d'un Sarrasin S ils rebroussèrent vers l'Hémus, forcèrent le pas de Suques, et se répandirent sur un pays fertile jusqu'au pied des Alpes Juliennes. Les lieux d'où s'était écoulée cette multitude n'offrirent plus que l'aspect d'une grève déserte et ravagée, quand le flux, qui avait apporté des tempêtes et des vaisseaux « s'est retiré.

Libanius composa Toraison funèbre de Valons et de son armée : « Les pluies du ciel ont effacé le sang de nos soldats, mais leurs os- « sements blanchis sont restés, témoins plus durables de leur cou- « rage. L'empereur lui-même tomba à la tête des Romains. N'impu- « tons pas la victoire aux Barbares-, la colère des dieux est la seule « cause de nos malheurs. » Libanius se souvenait de Julien.

Ammien, qui termine son ouvrage à la mort de Valons, cherche à rassurer les Romains sur les succès des Goths -, il rappelle les différentes invasions des Barbares depuis celle des Cimbres, afin de prouver qu'elles n'ont jamais réussi; cette digression de l'historien montre mieux que tout ce que je vous pourrais dire la frayeur des peuples et les pressentiments de l'avenir.

Ce même Ammien raconte (et ce sont presque les dernières lignes de ce soldat grec de la ville d'intioche, qui écrivait en latin ses souvenirs dans la ville de Rome), ce même Ammien raconte que le duc Julien, commandant au delà du Taurus, ordonna, par lettres secrètes, de massacrer à jour fixe et heure marquée les Goths dispersés dans les provinces de l'Asie. « Par ce prudent artitice, l'Orient fut « délivré sans bruit et sans combat d'un grand danger 2. » La leçon venait de Mithridate : elle ne profita ni au royaume de Pont ni à l'empire romain. Gratien vengea mieux Valons en élevant à la pourpre Théodose.

SECONDE PARTIE

* La famille de Théodose était espagnole comme celle de Trajan et d'Adrien. Théodose ne sollicita point la puissance : il n'eut pour in-

• J'en parlerai ailleurs.

* Quo consilio priidenli sine slrepitu vel mora complète, orientales provincia <liscri minibus erepiae suntmagnis. (Amm. Marcbll., lib. xxxi, cap. xvi.)

• Gbatikn. ValentinibnII, ThéodosbI", erap. Damas 1", SiRicius, papes. Ad de J.-C. 379-395.

trigue que sa renommée, pour protecteurs que la nécessité. Il était exilé, et fils d'un père, grand général, injustement décapité à Carthage * ; il désirait paix et peu, et il eut guerre et richesse ^ un empereur qui n'avait pas dix-neuf ans le fit son collègue. "Sous Théodose, successeur de Valens en Orient, les Goths se divisèrent et se soumirent. Les Visigoths furent établis dans la Thrace, les Ostrogolhs dans la Phrygie et dans la Lydie : introduits dans l'empire, ils n'en sortirent plus. Un parti, celui de Fravitta, païen de religion, voulait rester fidèle aux Romains ^ un autre parti, celui de Priulphe ou d'Ériulphe, soutenait qu'on n'était pas obligé de garder la foi à des maîtres lâches et perfides. L'inimitié des deux chefs éclata dans un festin où Théodose les avait invités : Fravitta suivit Priulphe qui quittait la table, et lui plongea son épée dans le ventre 2.

Gratien gouvernait l'Occident, tandis queson frère, Valentinien II, encore enfant, résidait en Italie. Le poëte Ausone, qui professait rhellénisme, avait eu part à l'éducation de Gratien^, et saint Ambroise avait composé pour ce prince, qu'il appelle Très-Chrétien *, une instruction sur la Trinité. Gratien refusa de prendre la robe pontificale des idoles s, publia, ensuite rappela un édit de tolérance 6, et exempta les femmes chrétiennes de monter sur le théâtre 7. Le christianisme était un droit futur à la liberté et un privilège actuel de vertu.

Gratien, préférant la chasse à tout autre plaisir, donnait sa confiance aux Alains de sa garde, particulièrement distingués comme chasseurs : les autres Barbares à son service en conçurent une profonde jalousie. Mellobaudes, roi d'une tribu des Franks ( ce Mellobaudes qui avait voulu faire reconnaître Valentinien II pour régner sous le nom d'un enfant ), était devenu, à force de souplesse, le favori de Gratien. Alors Maxime, soldat ambitieux, se laissa proclamer auguste dans la Grande-Bretagne. Il fondit sur les Gaules, accompagné de trente mille soldats et suivi d'une population nombreuse qui se fixa en partie dans l'Armorique. Gratien, qui séjournait à Paris, prend la fuite, est arrêté par le gouverneur du Lyonnais,

• Orose, p. 219.

2 EuNAPE, p. 21 , c. d. ; Zos., p. 755 et 677.

3 ACSONE, p. 405.

♦ Chrislianissime. (Amb., De fide, t. IV, p. 110.) " Zos., lib. IV, p. 771, d.

« Loi du 17 octobre 378, datée de ConsUntinople; loi du 3 d'août 379, datée de Milan. {Cod. Thod.)

' Cod. Thcod., XV, tit. vil, lib. iv, p. 365.

livré à Andragathius, général de la cavalerie de Maxime, et tué. Mellobaudes partagea le sort du maître qu'il avait peut-être trahi *. L'empereur d'Orient toléra l'usurpation de Maxime. '^Théodose rendit en faveur de la religion catholique un édit fameux: cet édit ordonne de suivre la religion enseignée par saint Pierre aux Romains, de croire à la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, autorisant ceux qui professaient cette doctrine à se nommer catholiques 2.

Cependant l'arianisme triomphait aux rives mêmes du Bosphore : Rome et Alexandrie repoussaient depuis quarante ans la communion des évêques et des princes de Constantinople -, la controverse occupait cette ville entière. «Priez un homme de vous changer une pièce d'argent, il vous apprendra en quoi le Fils diffère du Père-, demandez à un autre le prix d'un pain , il vous répondra que le Fils est inférieur au Père ^ informez-vous si le bain est prêt, on vous dira que le Fils a été créé de rien 5. »

Saint Grégoire de Nazianze essaya de fonder à Constantinople une église catholique : il y fut attaqué, et la discorde divisa son troupeau.

Théodose, après avoir reçu le baptême et publié son édit , enjoignit à Démophile, évêque arien, de reconnaître le symbole de Nicée, ou de céder Sainte-Sophie et les autres églises à des prêtres de la foi orthodoxe. Grégoire fut installé dans la chaire épiscopale par Théodose en personne, au milieu de ses gardes. Mais les sanctuaires étaient vides, et la population arienne poussait des cris^». Celte résistance amena la proscription de l'arianisme dans tout l'Orient, et un synode convoqué à Constantinople, Tan 382, confirma le dogme de la consubstantialitô. L'intervention du pouvoir politique n'empêcha point saint Grégoire, fatigué, d'abdiquer son siégçet d'aller mourir dans la retraite s.

Maxime, usurpateur des Gaules, aussi orthodoxe que Théodose, fut le premier prince catholique qui répandit le sang de ses sujets pour des opinions religieuses. Priscillien , évêque d'Avila en Espa-

* SOCR., lib. v; Zos., Hb. vu; Pacat., Panegyr. ad Theod.

* Loi du 28 de février 380 , dalée de Thessalonique. {Cod. Theod., xvi, Ut. I, lib. II, p. 4 et 5.)

* JoRTiN, Remarques sur Vhistoire eceïes.y t. IV, p. 71 (5 vol. in-S^'; 1673); &, Gibbon.

* Greg. Naz., de yUa sua, p. 21,

* /d., ibid.

give, fondateur de la secte de- son nom, fut exécuté à Trêves avec deux prêtres et deux diacres*. Le poëte Latronien, et Euchrocia, veuve de Torateur Delphidius, subirent le même sort. Les priscilliens étaient accusés de magie, de débauche et d'impiété. Saint Ambroise et saint Martin de Tours condamnèrent ces cruautés.

Je vous ai dit que l'impératrice Justine, seconde femme de Valentinien I®*", et mère de Valentinien II, était arienne. Elle entreprit d'ouvrir à Milan une église de sa confession -, Ambroise s'y opposa; des troubles s'ensuivirent. Le saint qui les avait excités par son zèle les calma par son autorité. Néanmoins, condamné à l'exil, il refusa d'obéir, et le peuple prit sa défense. La liberté individuelle commençait à renaître sous la protection de la liberté religieuse. Saint Augustin se trouvait parmi les disciples de saint Ambroise.

Maxime, qui avait enlevé à Gratien les Gaules, la Grande-Bretagne et les Espagnes, entreprend de dépouiller Valentinien des provinces de l'Italie -, il trompe la cour de Milan malgré la clairvoyance de saint Ambroise, et franchit les Alpes avant que Justine se doutât de ses projets -, elle n'eut que le temps de se sauver avec son fils. La population de Milan était catholique ^ elle renonça facilement à la fidélité jurée à une princesse et à un enfant ariens. Saint Ambroise refusa toute communication avec Maxime 2.

Justine, arrivée à Thessalonique, implore le secours de Théodose; il le lui promet, en lui faisant observer que le ciel lui infligeait le châtiment dû à son hérésie 5. Valentinien avait une sœur appelée Gaila; cette sœur confirma dans le cœur de Théodose la résolution que lui inspirait la reconnaissance envers la famille de Gratien I^"". Théodose épouse Galla, et marche à la tête d'une armée de Romains, de Huns, d'Alains et de Goths, contre une armée de Romains, de Germains, de Maures et de Gaulois. Maxime, vaincu sur les bords de la Save, ne montra ni courage ni talent. Il se réfugia dans Aquilée, y fut pris, dépouillé des ornements impériaux, conduit au camp de Théodose, où sa tête tomba peu d'instants après sa couronne *.

Un an avant la victoire de Théodose sur Maxime, la sédition d'Antioche avait eu lieu -, Libanius et saint Chrysostôme nous en ont conservé le double récit. Théodose, bien qu'il eût prononcé une sentence

' ScLP. Sev., lib. 11; Oros., lib. vu, cap. xxxiv.

* Zos., lib. IV, p. 767 ; Toeodor., lib. v, cap. xiv, p. 724.

* Theodor., Ut). V, cap. xv, p. 724.

* Pacat., Panegijr, ad Theod., p. 2j0. Inter veteres Panegyricos duodecimus.

terrible , se laissa toucher et pardonna : trois ans plus tard il ne montra pas la même indulgence pour Thessalonique. A Antioche on avait renversé les statues de l'empereur , de son père Théodose, de sa première femme Flacilla , de ses deux fils Arcadius et Honorius j à Thessalonique le peuple avait égorgé Botheric, commandant de la garnison , en vindicte de l'emprisonnement d'un infâme cocher du cirque, épris de la beauté d'un jeune esclave de Botheric. Théodose donna l'ordre d'exterminer ce peuple-, ordre qu'il révoqua quand il était exécuté. La foule, appelée aux jeux du cirque, fut assaillie par des troupes cachées dans les édifices environnants. Un marchand avait conduit ses deux fils au spectacle-, entouré de meurtriers, il leur offre sa vie et sa fortune pour la rançon de ses fils : les soldats répondent qu'ils sont obligés de fournir un certain nombre de têtes , mais ils consentent à épargner une des deux victimes , et pressent le marchand de désigner celle qu'il veut sauver. Tandis que le père regarde en pleurant ses deux fils , et qu'il hésite, les impatients barbares épargnent à sa tendresse l'horreur du choix : ils égorgent les deux enfants ^

Saint Ambroise apprend à Milan le massacre de Thessalonique ; il se retire à la campagne et refuse de venir à la cour. Il écrit à Tem pereur : « Je n'oserais offrir le sacrifice, si vous prétendez y assister, a Ce qui me serait interdit pour le sang répandu d'un seul homme « me serait-il permis par le meurtre d'une foule d'innocents 2? »

Théodose n'est point retenu par cette lettre -, il veut entrer dans l'église -, il trouve sous le portique un homme qui l'arrête-, c'est Ambroise : « Tu as imité David dans son crime , s'écrie le saint , imite- « le dans son repentir '. »

Huit mois s'écoulèrent ; l'empereur n'obtenait point la permission de pénétrer dans le saint lieu. «Le temple de Dieu, répétait-il , est

' Mercator quidam, pro duobus filiis qui comprehensi fuorant semelipsum offerens, rogabat ut ipse quidem necaretur, filii vero abirent incoluines : et pro hujus bencficii mercede quidquid habebat auri miliiibus poUicebaliir. Illi calamitalem hominis misorati, pro alloro ex filiis quem vellet, supplicalionein ejusadmiscrunt. Ulrumquc vero diiniliure haudquaqiiam sibi lulum fore dixerunt, 00 quod numéros deficeret. Verum paterquum ambos aspiceret flens etgeniciis ncutrum ex duobus eximere valuit. Sed dubius ancepsque animi quoad interficerenlur permansit, utriusque amore ex aequo Hagrans. (Sozomkni Hist. eccles., Ijb. tu, p. 747. Parisiis, i678.)

■ Offerre non audeosacrificiura, si volueris assislere; an quod in unius innocentis sanguine non licet, in multorum licel? (Ambr., epist. li, n° 11.)

3 Soculus es errantem, sequere eorrigentem. (Paul., /»j P^iia ^mbrosii^mUl Operum, p. 62.)

a ouvert aux esclaves et aux mendiants , et il m*est fermé ! » Ambroise demeurait inexorable ^ il répondait à Rufin , qui le pressait : « Si Théodose veut changer sa puissance en tyrannie, je lui livrerai « ma vie avec joie ^» Enfin, touché du repentir de Tempereur, révêque lui accorda l'expiation publique 5 mais , en échange de cette faveur, il obtint une loi suspensive des exécutions à mort pendant trente jours , depuis le prononcé de l'arrêt : belle et admirable loi qui donnait le temps à la colère de mourir et à la pitié de naître f sublime leçon qui tournait au profit de l'humanité et de la justice! Si trente jours s'étaient écoulés entre la sentence de Théodose et l'accomplissement de cette sentence, le peuple de Thessalonique eût été sauvée.

Dépouillé des marques du pouvoir suprême , Tempereur fit pénitence au milieu de la cathédrale de Milan. Prosterné sur le pavé, il implora la merci du ciel avec sanglots et prières 5. Saint Ambroise, lui prêtant le secours de ses larmes , semblait être pécheur et tombé avec lui*. Cet exemple, à jamais fameux, apprenait au peuple que les crimes font descendre au dernier rang ce qu'il y a de plus élevé; que la cité de Dieu ne connaît ni grand ni petit ^ que la religion nivelle tout et rétablit l'égalité parmi les hommes. C'est un de ces faits complets , rares dans l'histoire, où les trois vérités , religieuse, philosophique et politique , ont agi de concert. A quelle immense distance le paganisme est ici laissé ! L'action de saint Ambroise est une action féconde qui renferme déjà les actions analogues d'un monde à venir : c'est la révélation d'une puissance engendrée dans la décomposition de toutes les autres.

Théodose rétablit Valentinien IIÏ dans la possession de l'empire d'Occident , et retourna à Constantinople. Justine mourut.

* Qnod si imperium mutarit in tyrannidem, cœdem, quidem lubens excipiam. (Theod., lib. V, cap. xviii.)

2 Amb., de Ob. Theod. y cap. xxxiV î AuG., de Civil» Dei, lib. V, cap. xxvi. Il y a dans le Gode Théodosien (lib. xtii, de pcen.) une loi semblable qui porte le nom de Gratien, datée du consulat d'Antoine et de Syagrius, 18 août 3.S2. Ce ne peut être celle rendue en 390 par Théodose, sur la demande de saint Ambroise. Apparemment que la loi de Gratien n'était point exécutée.

' In templum ingressus, non stans, Dominum precatus est, nec genibus flexis, sed pronus humique adjectus, versum illum Davidis recitavit: « Adhaesit paviinento anima mea, vivilica me secundum verbum luum. » (Lhkod., lib. v, Uist., cap. XIV.)

* Si quidem quotiescunque illi aliquis ad percipiendam pœnitentiam lapsus sucs contessus ess«t, ita flebat ut illum flere compelieret; videbatur eoim sibi cum jacLDle jacere. (Paul., in y ita Ambrosii, p. 65.)

Arbogaste, élevé aux grandes charges militaires, s'empara de la maison du jeune prince : on a pu voir, à propos de Mellobaudes, que les Franks s'introduisirent dans toutes les affaires du palais et de l'État. Retenu quasi prisonnier à Vienne dans les Gaules, par son hautain sujet , Valenlinien fit connaître sa position à saint Ambroise et à Théodose -, mais il n'eut pas la patience d'attendre. Il mande Arbogaste, le reçoit assis sur son trône, et lui remet l'ordre qui le destitue de ses emplois. « Tu ne m'as pas donné le pouvoir, tu ne me le € peux ôter, » dit le Frank en jetant le papier à terre K Valcntinien saisit l'épée d'un de ses gardes pour s'en frapper, ou pour en percer Arbogaste 2. On le désarma : quelques jours après il fut trouvé étouffé dans son lit s.

Arbogaste dédaigna de revêtir la pourpre -, il en emmaillolta un Romain , jadis son secrétaire , Eugène , professeur de rhétorique latine, et devenu garde-sac, place du palais^. Théodose se prépare deux années entières à venger Valentinien ; il envoie consulter Jean, solitaire de la Thébaïde, qui lui promet la victoire 5. Stilicon rassemble les légions avec Timasius^ les Barbares auxiliaires joignent l'armée ^ Alaric, le destructeur de Rome, se trouvait parmi les recrues de Théodose : la plupart des personnages qui devaient voir tomber la ville éternelle étaient maintenant sur la scène.

Le soldat frank Arbogaste attendit sur les confins de l'Italie, avec son empereur Eugène, le soldat goth Alaric qui venait avec son empereur Théodose* Premier choc sous les murs d'Aquilée 5 dix mille Goths périssent avec Bacurius , général des Ibères. Théodose passa la nuit retranché sur les montagnes ; au lever du jour, il s'aperçut que sa retraite était coupée : il eut recours à un expédient souvent employé auprès des Barbares , peu soucieux et de la cause et des maîtres pour lesquels ils versaient leur sang -, il entama des négociations avec Arbitrion , chef des troupes qui lui barraient le

' Nec imperium mihi dodisti, ait, nec auferre poleris; discerploque libelle, et in terram abjecto, discndobat. (Zos., p. 83. Uasilese.)

2 Gladio ducein coiifodere voluit, et sibi ipsi manus inferre Valentinianus finxit. (Philost., lib. XI, cap. i, p. 144 et 145.)

' Imperalori dormienii gulara fregerunt. (Socr., lib. v, cap. xxv, p. 29* ; Zos., lib. VII, cap. XXII, p. 739.)

* Grammaliciis quidam, qui, quum lilteras latinas docnisset, tandem in palatio militavit, et niaj^ister scriniorum imperatoris faclus est. — Ce n'est pas le scrinii magisier de la chancellerie. (Socr., lib. v, p. 240.)

• RUF., p. 191; Thbodor., p. 738.

chemin. Un traité fut conclu et écrit à la hâte (le papier et Tencre manquant) sur les tablettes^ impériales.

Théodose mène aussitôt ses récents alliés à l'attaque du camp d'Eugène. Il marche en avant des bataillons, fait le signe de la croix, et s'écrie : « Où est le Dieu de Théodose 2?» Une tempête s'élève et jette la terreur parmi les Gaulois : Eugène trahi est saisi , lié , garrotté, conduit à Théodose , tué prosterné à ses pieds.

Arbogaste erra deux jours parmi les rochers , et se donna de son coutelas dans le cœur : la vie et la mort d'un Frank n'appartenaient qu'à lui. Saint Ambroise n'avait point voulu reconnaître Eugène-, il eut le plaisir d'embrasser vainqueur son illustre pénitent. L'évêque de Milan ^, RufmS Orose^, et saint Augustin, qui semblent autorisés par Claudien même ^, disent que les apôtres Jean et Philippe combattirent à la tête des chrétiens dans un tourbillon. Théodose avait tant pleuré la veille de la bataille, afin d'obtenir l'assistance du ciel, que l'on suspendit à un arbre, pour les sécher, ses habits trempés de larmes '^ trophée de l'humilité, qui devint celui de la victoire. Jean, le solitaire de la Thébaïde, fut instruit de cette victoire à l'heure même où elle s'accomplit ». Un possédé , à Constantinople , ravi en l'air au moment du combat, s'écria, en apostrophant le tronc décollé de saint Jean Baptiste : « C'est donc par toi que je suis vaincu; c'est « donc toi qui ruines mon armée 9?» Voilà les temps comme ils sont.

Théodose fit abattre les statues de Jupiter placées sur la pente des Alpes j les foudres en étaient d'or: les soldats disaient qu'ils

* Tum vero imperator, quum cbarlam et atramentum qua^situm non reperissel, acceplis tabulis qnas quidam ex asianiibus forte gerebat, honoralae et convenieiilis ipsis miliiiae proscripsil graclum. (Soz., p. 742, a, b, c.)

2 Ubi est Tbeodosii Deus? (Amb., In oùiiu Theodosii imp, Serm., t. V, p. 117.) ^ Ambr., de Spiritu sancto, 36, p. 692.

4 Fracto adversarioium animo, seu potius divinitus expulso. (Ruf., lib. ii, cap. XXXIII, p. i92.) ^ Oros., p. 220, b.

* A Theodosii pariibus in adversarios vehemens ventusibat. Unde poeta (Claudianus) :

0 nimlum dilecle deo, cum fundit ab antris Eoiusarmalas hyemescui militât slher, Et conjurati veniunt ad classica Tenti.

( AuG., dt Civ. Dei, lib. IV, cap. XXVI.)

' Oros., lib. vu, cap. xxxv, p. 220.

* Ruf., de Fitis Patrum, cap. I, p. 457.

* A daeraone in sublimem raptum Joanni Baptistae conviciatum esse eumque quasi capite iruncatum probris appetiisse, ita vociferando ; a Tu me vincis, el exercitui mco insidiaris! » (Soz., p. 743.)

voudraient être frappés de ces foudres j l'empereur leur livra le dieu tonnante

Les nombreuses réminiscences d'un autre ordre de choses, qui four millent dans ces récits, ne vous auront point échappé. Les fictions de l'hellénisme vivaient au fond des esprits convertis à l'Évangile-, ils s'en accusaient, ils s'en défendaient comme du crime de magie, mais ils en étaient obsédés. Les poëmes d'Homère et de Virgile étaient comme des temples défendus par un démon puissant : les évêques, les prêtres, les solitaires, ne les osaient brûler; mais ils dérobaient à ces édifices merveilleux tout ce qu'ils pouvaient convertir à un saint usage. Reine détrônée, régnant encore par ses charmes, la mythologie s'empara non-seulement de la littérature chrétienne, mais de l'histoire : il fallut que les nations Scandinaves et germaniques descendissent des Grecs et des Troyens, que ïlliade et V Enéide devinssent les premières chroniques des Franks. Les Barbares du Nord se reconnurent enfants d'Homère, comme les Arabes veulent être fils d'Abraham ; miraculeux pouvoir du génie, qui donnait pour père à la vérité le père des fables !

Nous voyons sous Théodose les destructeurs de l'empire établis dans l'empire ^ des Huns et des Goths au service des princes qu'ils allaient exterminer-, des Franks, officiers du palais, faisant et défaisant des empereurs-, des Calédoniens, des Maures, des Sarrasins, des Perses, des Ibériens cantonnés dans les provinces : l'occupation militaire du monde romain précéda de cinquante années le partage de ce monde. Les hommes même qui défendaient encore le trône des Césars, craquant sous les pas de tant d'ennemis, ne procédaient pas de la lignée des Sylla et des Marins : Stilicon était du sang des Vandales, ./Etius du sang des Goths. L'empire latin-romain n'était plus que l'empire romain-barbare : il ressemblait à un camp immense que des armées étrangères avaient pris en passant pour une espèce de patrie commune et transitoire. Il ne manquait à l'achèvement de la conquête que quelques destructions, le mélange momentané des races, et ensuite leur séparation.

L'invasion morale s'était tenue à la hauteur de l'invasion physique ou matérielle-, les chrétiens avaient créé des empereurs comme les Barbares, et ils avaient soumis les Barbares eux-mêmes : « Nous

* Eorumque fulmina quod aurea fuissent... se ab illis fulminari velle dicentibus, hilariter beuiguiterque donavit. (Auc, deCivit. Dei, lib. v, cap. xxvi, p. 110.)

« voyons , dit saint Jérôme , affluer sans cesse à Jérusalem des « troupes de religieux qui nous arrivent des Indes, de la Perse, de € l'Ethiopie. Les Arméniens déposent leurs carquois, les Huns com- « mencent à chanter des psaumes. La chaleur de la foi pénètre « jusque dans les froides régions de la Scythie ^ l'armée des Goths, c où flottent des chevelures blondes et dorées, porte des tentes qu'elle « transforme en églises*. »

Des règnes de Théodose et de Gratien date la grande ruine du paganisme : ces princes frappèrent à la fois l'idolâtrie et l'hérésie.

Gratien s'empare des biens appartenant au collège des prêtres, à la congrégation des Vestales : il fit aussi enlever à Rome l'autel de la Victoire du lieu où les sénateurs avaient coutume de s'assembler ^ Constance l'avait déjà abattu, et Julien restauré. Le sénat chargea Symmaque de solliciter le rétablissement de cet autel et la restitution des biens saisis. Le préfet de Rome plaida la cause du monde païen, révêque de Milan celle du monde chrétien. On est toujours obligé de rappeler le passage si connu du discours de Symmaque.

Rome, chargée d'années, s'adresse aux empereurs Théodose, Valentinien II et Arcadius : « Très-excellents princes, pères de la « patrie, respectez les ans où m'a piété m'a conduite -, laissez-moi « garder la religion de mes ancêtres^ je ne me repens pas de l'avoir « suivie. Que je vive selon mes mœurs, puisque je suis libre. Mon « culte a rangé le monde sous mes lois : mes sacrifices ont éloigné « Annibal de mes murailles et les Gaulois du Capitole. N'ai-je donc « tant vécu que pour être insultée au bout de ma longue carrière? « J'examinrrai ce que l'on prétend régler ^ mais la réforme qui arrive « dans la vieillesse est tardive et outrageuse^. »

Symmaque demande où seront jurées les lois des princes, si l'on détruit l'autel de la Victoire 3. Il soutient que la confiscation du revenu des temples, inique en fait, ajoute peu au trésor de l'État. Les adversités des empereurs, la famine dont Rome a été affligée.

* HiERON., epist. VII, p. 54.

* Romam liuc putemus assislere, atque his vobisciim agere sermonibus : Oplimi principes, patres patriae, reveremini annos meos, in quos me pius rilus adduxit. Utar cerimoniis avilis, neque enim me pœnitet. Vivam more meo, quia libéra sum- Hic cullus in leges measorbem redegit. Hacc sacra Annibalem a mœnibus, a Capitoîio Senonas repulerunt. Ad hoc erjjo servala sum, ui longaeva reprehendar? Videroquale sit quod insliluendum pulalur. Sera laraen el conlumeliosa eslemeadaiio seneclulis. (Symm., lib. x, cpist. liv, p. 287, etc. ; el Ambr., t. II, p. 828.)

' Ubi in leges vesiras et verba jurabimus? (Ambr., l. II, p. 828.)

ÉTUDKS HISTORIQUES. 283

proviennent du délaissement de Tancienne religion : le sacrilège a séché l'année ^

Saint Ambroise répond à Symmaque. Rome, s'exprimant par la voix d'un prêtre chrétien, déclare « que ses faux dieux ne sont point « la cause de sa victoire, puisque ses ennemis vaincus adoraient les « mêmes dieux : la valeur des légions a tout fait. Les empereurs « qui se livrèrent à l'idolâtrie ne furent point exempts des calamités « inséparables de la nature humaine : si Gratien, qui professait « l'Évangile, a éprouvé des malheurs, Julien l'Apostat a-t-il été plus « heureux? La religion du Christ est l'unique source de salut et de « vérité. Les païens se plaignent de leurs prêtres, eux qui n'ont « jamais été avares de notre sang ! Ils veulent la liberté de leur culte, « eux qui, sous Julien, nous ont interdit jusqu'à l'enseignement et « la parole ! Vous vous regardez comme anéantis par la privation de « vos biens et de vos privilèges? C'est dans la misère, les mauvais « traitements, les supplices, que nous autres chrétiens nous trou- « vous notre accroissement, notre richesse et notre puissance. Sept « vestales, dont la chasteté à terme est payée par de beaux voiles, < des couronnes, des robes de pourpre, par la pompe des litières, « par la multitude des esclaves, et par d'immenses revenus 2 : voilà « tout ce que Rome païenne peut donner à la vertu chaste ! D'in- € nombrables vierges évangéliques d'une vie cachée, humble, « austère, consument leurs jours dans les veilles, les jeîines et la « pauvreté. Nos églises ont des revenus! s'écrie-t-on. Pourquoi vos « temples n'ont-ils pas fait de leur opulence l'usage que nos églises « font de leurs richesses? Où sont les captifs que ces temples ont « rachetés, les pauvres qu'ils ont nourris, les exilés qu'ils ont secou- « rus? Sacrificateurs ! on a consacré à l'utilité publique des trésors « qui ne servaient qu'à votre luxe, et voilà ce que vous appelez des « calamités 3! »

Dix-huit ou vingt ans après saint Ambroise, Prudence se crut obligé de réfuter de nouveau Symmaque : il redit à peu près, dans

* Sacrilegioannusexaniit. (/rf., ibîd.)

2 Quoi tamen illis virgines praemia promissa foccrunt, vix septem vestales capiuntur puellae. En lotus numenis, quem infulœ viiiati capilis, purpuratorum vest um muriccs, pompa leclicac minisirorura circumfusacomitatu, privilégia maxima, lucra ingenlia, praîscripta denique pudicitia3 lempora coegerunt. Non est virginitas, qu« pretio emitur non virlutis studio possidetur. (Ambr., libel. 11, contr. relat. Symm,)

* Je n'ai pu traduire littéralement le texte diffus et prolixe des deux lettres de saint Ambroise. Je me suis contenté d'en donner la substance et d'en resserrer les arguments.

ÎS4 ÉTUDES HISTORIQUES.

les deux chants de son poëme, ce qu'avait dit révêque de Milan ; mais il emploie un argument qui semble emprunté à notre siècle, et qu'on oppose aujourd'hui aux hommes amateurs exclusifs du passé. Symmaque regrettait les institutions des ancêtres -, Prudence répond que si la manière de vivre des anciens jours doit être préférée, il faut renoncer à toutes les choses successivement inventées pour le bienêtre de la vie, il faut rejeter les progrès des arts et des sciences, et retourner à la barbarie ^ Quant aux vestales, Prudence nie leur chasteté et leur bonheur -, selon le poëte : a La pudeur captive est € conduite à l'autel stérile. La volupté ne périt pas dans les infortu- € nées parce qu'elles la méprisent, mais parce qu'elle est retranchée « de force à leur corps demeuré intact -, leur âme n'est pas également € restée entière. La vestale ne trouve point de repos dans sa couche 5 c une invisible blessure fait soupirer cette femme sans noces pour

< les torches nuptiales 2. »

Prudence se livre ensuite à des moqueries sur la permission accordée aux vestales de se marier après quarante ans de virginité : « La € vieille en vétérance, désertant le feu et le travail divin auxquels sa « jeunesse fut consacrée, se marie : elle transporte ses rides émé-

< rites à la couche nuptiale et enseigne à attiédir dans un lit glacé € un nouvel hymen ^, »

Si les plaidoyers de Symmaque et de saint Âmbroise n'étaient que des amplifications de deux avocats joutant au barreau, l'histoire dédaignerait de s'y arrêter 5 mais c'était un procès réel, et le plus grand qui ait jamais été porté au tribunal des hommes : il ne s'agissait de rien moins que de la chute d'une religion et d'une société, et de l'établissement d'une société et d'une religion. La cause païenne fut perdue aux yeux des empereurs-, elle l'était devant les peuples.

Théodose, dans une assemblée du sénat, posa cette question :

I Placet damnare gradatim

Qaoque posterius succf ssor repperil usus.

(Pbud. eonl. Symm., lib. il, v. 280 et seq.) • Caplivus pndor ingralis aildicilur aris.

Nec contempla pelil miseiis, sed adeinpta voliiplas Corporis inlacii ; non mens inlacla lenclur. Nec requies dalur ulla loris quibus iuniiba caecum Vulnus, et amissas suspirat temina Ixdas.

( Id., ibid.) ■i Nubit anus veterana, sacro perfiincta labore ,

Desertisqaefocis, quibus esl Jamulala juveulus, Transfert emerilas ad lulcra ju^alia ruiias, Discit et iu gelido nova nupla lepescere kclo.

(id.,i6td., V. 1U8I-10844

ÉTUDES HISTCmiQUES. 285

« Quel dieu les Romains adoreront-ils, le Christ ou Jupiter * ?» La majorité du sénat condamna Jupiter. Les pères le regrettaient peutêtre, mais les enfants préférèrent le Dieu d'Ambroise au dieu de Symmaque. La prospérité de l'empire n'émanait point de ces simulacres auxquels des mœurs pures ne communiquaient plus une divinité innocente : l'autel delà Victoire n'avait eu de puissance que lorsqu'il était placé auprès de celui de la Vertu.

Prudence nous a laissé le récit de la conversion de Rome : « Vous eussiez vu les pères conscrits, ces brillantes lumières du « monde , se livrer à des transports -, ce conseil de vieux Catons tres- < saillir en revêtant le manteau de la piété plus éclatant que la toge « romaine, et en déposant les enseignes du pontificat païen. Le sénat € entier, à l'exception de quelques-uns de ses membres restés sur la € roche Tarpéienne, se précipite dans les temples purs des naza- « réens; la tribu d'Évandre, les descendants d'Énée, accoururent € aux fontaines sacrées des apôtres. Le premier qui présenta sa tête

a fut le noble Anitius Ainsi le raconte l'auguste cité de Rome.

« L'héritier du nom et de la race divine des Olybres saisit, dans son € palais orné de trophées, les fastes de sa maison, les faisceaux de € Brutus, pour les déposer aux portes du temple du glorieux mar- « tyr, pour abaisser devant Jésus la hache d'Ausonie. La foi vive et « prompte des Paulus et des Bassus les a livrés subitement au Christ. « Nommerai-je les Gracques si populaires? Dirai-je les consulaires a qui, brisant les images des dieux, se sont voués avec leurs licteurs « à l'obéissance et au service du crucifié tout-puissant? Je pourrais « compter plus de six cents maisons de race antique rangées sous a ses étendards. Jetez les yeux sur cette enceinte : à peine y trouverez- « vous quelques esprits perdus dans les rêveries païennes, attachés à « leur culte absurde, se plaisant à demeurer dans les ténèbres, à fer- « mer les yeux à la splendeur du jour 2. »

* Orationem habuit qua eos horlabatur ut missum facerent errorem (sic enim appellabat), quem hactenus secuti fuissent et chrisiianorum litlem aniplecierenlur. (Zosm., Histor., lib. iv. Basileœ.)

• Exultare paires videas pulclierrima mundi Lumina, conciliumque seiium gestire Catonum; Candidiore toga iiivt'am pielalis amictum Sumere et exuvias deponere ponlificalcs.

Jamque ruit , paucis Tarpeia in rupe relictis,

Ad sincera virum penelralia nazareoruin Alque ad apostolicos Evaadria curia ionles, /Eniadum soboles...

Fertur eoim anle alios generosus Anitius urbit

Ne croirait-on pas, à ces vers de Prudence, que Rome existait au commencement du cinquième siècle, avec ses grandes familles et ses grands souvenirs? Il écrivait l'an 403 ! Sept ans après, Alaric remuait et balayait cette vieille poussière des Gracques et des Brutus, dont se couvrait l'orgueil de quelques nobles dégénérés.

Théodose étendit la proscription du paganisme aux diverses provinces de l'empire. Une commission fut nommée pour abolir les privilèges des prêtres, interdire les sacrifices, détruire les instruments de l'idolâtrie, et fermer les temples. Le domaine de ces temples fut confisqué au profit de l'empereur, de l'Église catholique et de l'armée. <c Nous défendons, dit le dernier édit de Théodose, à nos sujets, a magistrats ou citoyens, depuis la première classe jusqu'à la der- « nière, d'immoler aucune victime innocente en l'honneur d'aucune a idole inanimée. Nous défendons les sacrifices de la divination par a les entrailles des victimes. »

Les fils de Théodose, Arcade et Honorius, et leurs successeurs, multiplièrent ces édits : on peut voir toutes ces lois dans le Code ^ -, mais, plus comminatoires qu'expresses, elles étaient rarement exécutées-, quelquefois même elles étaient suspendues ou rappelées selon les besoins et les fluctuations de la politique. Le pape Innocent, à l'occasion du premier siège de Rome par Alaric (408), permit les sacrifices, pourvu qu'ils se fissent en secret. Les princes, agissant contradictoirement à leurs édits, conservaient des païens dans les hautes charges de l'État, et donnaient des litres aux pontifes des

Illustrasse caput : sic se Roma inclyta jactat. Quin cl Olj'briaci generisque et numinis liaeres, A(ijeclis faslis, palmata itisi^^nisab aiila, Martyris aille fores, Bruli siibmiltere fasces Ambit, et Ausoniam Cliristo inclinai»; securim. Non Paulinorum , non Bassoriim dubilavit, Piompla fides daie se Chrislo...

Jam quitl plebicolas pt-rcuriam catmine Gracchos; Jure polestalis iultos, el in aice scnaliis Praecij'UOS simulacra Oeiim jtississe revelli? Cumqiie suis pariler licloiibus oninipotenti Supplicilcr Clirislose consecrasse rescudos? Sexcenlas numorare domos de sanguin»' prisco Mobilium licel, ad Clirisli ligiiacula versas.

Respice ad illuslreni, lux esl iibi publica, cellam : Vix pauca invenirs gentilibus obsUa nugis Ingénia, obslriclos aegre lelinenlia cullus, El quibus exaclas placeal servaie lenobras, Splendenlenique die inedio non ceineie solem. (AtRF.L. Prcdknïius, vir consularis , conlia S>umiacliuin , prafeclum urbis, Corpus poelarum, l. IV, p. 785, v. 128-161.)

' Au litre : de Paganis sacrificiis et templis.

idoles. Aucune loi ne défendait aux gentils d'écrire contre les chrétiens et leur religion 5 aucune loi n'obligeait un païen à embrasser le christianisme sous peine d'être recherché dans sa personne ou dans ses biens. Il y a plus, nombre d'édits de cette époque (j'en ai déjà cité quelques-uns) s'opposent aux envahissements du clergé par voie de testament ou de donation, retirent des immunités accordées, règlent ce nouveau genre de propriétés de mainmorte introduit avec l'Église, interdisent l'entrée des villes aux moines, et fixent le sort des reli-: gieuses. Bien que le pouvoir politique fût chrétien, il était déjà inquiet de la lutte j il craignait d'être entraîné : n'ayant plus rien à craindre du paganisme, il commençait à se mettre en garde contre les entreprises de l'autre culte. Les mœurs brisèrent ces faibles barrières, et le zèle alla plus loin que la loi.

De toutes parts on démolit les temples -, perte à jamais déplorable pour les arts : mais le monument matériel succomba, comme toujours, sous la force intellectuelle de l'idée entrée dans la conviction du genre humain.

Saint Martin, évêque de Tours, suivi d'une troupe de moines, abattit dans les Gaules les sanctuaires, les idoles et les arbres consacrés. L'évêque Marcel entreprit la destruction des édifices païens dans le diocèse d'Apamée, capitale de la seconde Syrie. Le temple quadrangulaire de Jupiter présentait sur ses quatre faces quinze colonnes de seize pieds de circonférence; il résista : il fallut en produire l'écroulement à l'aide du feu. Plus tard, à Carthage, des chrétiens moins fanatiques sauvèrent le temple devenu céleste, en le convertissant en église, comme, depuis, Boniface III sauva le Panthéon à Rome.

Le renversement du temple de Sérapis à Alexandrie est demeuré célèbre. Ce temple, où l'on déposait le Nilomètre, était bâti sur un tertre artificiel -, on y montait par cent degrés -, une multitude de voûtes éclairées de lampes le soutenaient : il y avait plusieurs cours carrées environnées de bâtiments destinés à la bibliothèque, au collège des élèves, au logement des desservants et des gardiens. Quatre rangs de galeries, avec des portiques et des statues, offraient de longs promenoirs. De riches colonnes ornaient le temple proprement dit : il était tout de marbre -, trois lames de cuivre, d'argent et d'or, en revêtaient les murs. La statue colossale de Sérapis, la tête couverte du mystérieux boisseau, touchait de ses deux bras aux parois de la

celle, et à un certain jour le rayon du soleil venait reposer sur les lèvres du dieu*.

Les païens ne consentirent pas facilement à abandonner un pareil édifice : ils y soutinrent un véritable siège, animés à la défense par le philosophe Olympius 2, homme d'une beauté admirable et d'une éloquence divine. Il était plein de Dieu, et avait quelque chose du prophète 5. Deux grammairiens, Hellade et Ammone, combattaient sous ses ordres : le premier avait été pontife de Jupiter, et le second d'un singe ^. Théophile, archevêque d'Alexandrie, armé des édits de Théodose et appuyé du préfet d'Egypte, remporta la victoire. Hellade se vantait d'avoir tué neuf chrétiens de sa main s. Olympius s'évada après avoir entendu une voix qui chantait alléluia au milieu de la nuit dans le silence du temple 6. L'édifice fut pillé et démoli. «Nous « vîmes, dit Orose, malgré son zèle apostohque, les armoires vides « de livres ; dévastations qui portent mémoire des hommes et du « temps'. » La statue de Sérapis, frappée d'abord à la joue par la hache d'un soldat, ensuite jetée à bas et rompue vive, fut brûlée pièce à pièce, dans les rues et dans l'amphithéâtre. Une nichée de souris 8 s'était échappée de la tête du dieu, à la grande moquerie des spectateurs.

Les autres monuments païens d'Alexandrie furent également renversés, les statues de bronze fondues ^. Théodose avait ordonné d'en

* RuF.. lib. xxii, p. 19^; Socr., p. 276, lib. vu, oap.xx; Expositio totius mundi, GeOGR. minor., l. III, p. 8.

.2 Ad poslreinum grassaines in sanguine civium diicem sceleris et audaciae suae deligunl Olympium quenidam, nom ne et habitu philosophum , quo antesignaiio arcem defendennt, et lyrannidem tenerent. (Ruf., lib. xx-xxn.)

' Oî>Tw ^è 0 v'olvy.noç -nXYipm tov qsoC ûztz. Oljmpus auteiu adco pleuus eral Deo ut, etc. (Suidas, in vocl* "oAu'/ttos.)

* 'EAAr/^toç wiv ouv isoeùç roO Atàç elvat l\i;iTO 'Attyd&vtoç Si lîtlîi^xou. Helladitis quidem Jovis, Ammooius vero siraiae sacerdos esse dicebatur. (Socr., lib. ▼, cap. xvi, p. 275.)

* Heliadiiis vero apud quosdam gloriatus est quod novein homines sua manu la confliclu interomissel. (Socr., lib. v., cap. xvi.)

* Olympius vero, sicul a qnibusdara accopi, nocle intemposla quae illum diem praecesserat, quemdam in Serapioû//e/i/iû canenlein audivit. (Zos., p. 588, c, d.)

' Nos viciirnus armaria librorum, quibusdireplis, exinanila ea a nostris hoininibus, noslris leniporibus memoranl, (Oros., lib. vi, cap. xv, p. 421.)

« Ubi capul truncalum est, muriuin aginen ex internis eripuit. (Thkodor., Hist. ceci., lib.v, p. 2-29. Parisiis, 1673.)

^ Ac icmpla qoidcni disiiirbata sunt. Statuae vero in lebetes et alios Alexandrin» ecclt'siie issus conflalœ. (Socr., p. 275.)

ÉTUDES flISTORIQUE?; 289

distribuer la valeur en aumônes -, Théophile s'en enrichit lui et les siens ^

On mit rez pied, rez terre, le temple de Canope, fameuse école des lettres sacerdotales où se voyait une idole symbolique dont la tête reposait sur les jambes : peu auparavant , Antonm le philosophe y avait enseigné avec éclat la théurgie , et prédit la chute du paganisme; Sosipatre, sa mère, passait pour une grande magicienne. Des religieuses et des moines prirent à Canope la place des dieux et des prêtres égyptiens 2.

Ainsi périt encore , sur les confins de la Perse, un temple immense qui servait de forteresse à une ville. « Sérapis s'étant fait chrétien , « dit saint Jérôme , le dieu Marmas pleura enfermé dans son temple « à Gaza : il tremblait, attendant qu'on le vînt abattre s. »

Le sang chrétien que répandirent les mains philosophiques d'Hellade fut trop expié plusieurs années après par celui d'Hypatia'^. Fille de Théon le géomètre , d'un génie supérieur à son père , elle était née, avait été nourrie et élevée à Alexandrie. Savante en astronomie , au-dessus des convenances de son sexe , elle fréquentait les écoles et enseignait elle-même la doctrine d'Aristote et de Platon : on l'appelait le Philosophe. Les magistrats lui rendaient des honneurs -, on voyait tous les jours à sa porte une foule de gens à pied et à cheval qui s'empressaient de la voir et de l'entendre s. Elle était mariée , et cependant elle était vierge : il arrivait assez souvent alors que deux époux vivaient libres dans le lien conjugal 6, unis de sentiments, de goûts, de destinée , de fortune , séparés de corps. L'admiration qu'inspirait Hypatia n'excluait point un sentiment plus tendre : un de ses disciples se mourait d'amour pour elle; la jeune platonicienne employa la musique à la guérison du malade, et fit rentrer la paix par l'harmonie dans l'âme qu'elle avait troublée'. L'évê-

• Gultus numinis et Serapidis delubrum Alexandriae dislurbata dissipataque fuere.... Imperante tuncTheodosio praetorii praefeelo, piaculari homine, et Euryniedonle quopiam... templi qui dona vix manus hostiliter injecerunt. (Eunap., p. 83. Antuerpiae, 1568.)

2 Monacos Canopi quoque collocarunt. (Ednap., p. 35.)

3 Hier., epist. vu, p. 54, d. *

* La ruine du temple de Sérapis est de l'année 391, et la mort d'Hypatia est de Tannée 415.

5 Suidas, voce 'ïïraWoc

®Isidori philosophi conjux, sed ita ut conjugii usu abstinerel. (Fabric, BibLgr., lib. v,cap. XXII.) ^ Hypatiam opemusicae illum amorbo isto libérasse.

que d'Alexandrie, Cyrille, devint jaloux de la gloire d'Hypatia*. La population chrétienne, ayant à sa tête un lecteur, nommé Pierre 2, se jeta sur la fille de Théon, lorsqu'elle entrait un jour dans la maison de son père : ces forcenés la traînèrent à l'église Cesarium, la mirent toute nue, et la déchiquetèrent avec des coquilles tranchantes -, ils brûlèrent ensuite sur la place Cinaron ^ les membres de la créature céleste qui vivait dans la société des astres qu'elle égalait en beauté, et dont elle avait ressenti les influences les plus sublimes.

Le combat des idées anciennes contre les idées nouvelles à cette époque offre un spectacle que rend plus instructif celui auquel nous assistons ^. Ce n'était plus , comme au temps de Julien , un mouvemev\ rétrograde -, c'était , au contraire , une course sur la pente du sièye-, mais de vieilles mœurs , de vieux souvenirs, de vieilles habitudes, de vieux préjugés disputaient pied à pied le terrain : en abandonnant le culte des aïeux, on croyait trahir les foyers, les tombeaux, Thonneur, la patrie. La violence, exercée en opposition avec l'esprit de la loi , rendait le conflit plus opiniâtre -, on reprochait aux chrétiens d'oublier dans la fortune les préceptes de charité qu'ils recommandaient dans le malheur.

Hommes de guerre et hommes d'État, sénateurs et ministres, prêtres chrétiens et prêtres païens, historiens, orateurs, panégyristes, philosophes, poëtes, accouraient à l'attaque ou à la défense des anciens et des modernes autels.

Théodose est un empereur violent et faible , livré au plaisir de la table, selon Zosime ^ • c'est un saint qui règne dans le ciel avec Jésus- Christ, aux yeux de saint Ambroise 6.

Les temples s'écroulent à la voix et sous les mains des moines et des évêques -, ils tombent aux chants de victoire de Prudence ^ le vieux Libanius ranime sa piété philosophique pour attendrir Théodose en faveur de ces mêmes temples.

* Suidas, voce 'rnotrU, p. 533.

* Quorum duxerat Pelrus quidam leclor. (Socr., Hist, eccl., lib. tii, cap. XT.' Parisiis, 1678.)

' Eamque e sella deiractam ad ecclesiamquoe Cœsareum cognominatur, rapiunt: et veslibus exulam leslis interemenint. Cuinque membratim eam discerpsissent, inembra in locum quem Cinaronem vocant comportala incendie consumpserunt. (SocR., hist. eccl. y lib. vu, cap. xv, p. 352.)

* Nous n'y assistons plus; il est fini. Je corrige, le 13 août 1830, ces épreuves tirées avant le 27 juillet. Insensés qui êtes placés à la tête des États, proUierez-vou« de cette rapide et terrible leçon ?

* Zos., lib. IV.

6 ÀMBR., t. V, Sermo de diversis, p. 122, f.

• Celui, dit-il à l'empereur, celui qui, lorsque j'étais encore c enfant (Constantin) , abattit à ses pieds le prince qui l'avait traité « avec outrage (Maxence), croyant qu'il lui convenait d'adopter € un autre Dieu, se servit des trésors et des revenus des temples « pour bâtir Constantinople -, mais il ne changea rien au culte so- « lennel : si les maisons des dieux furent pauvres, /es cérémonies « demeurèrent riches. Son fils (Constance) s'abandonna aux mau- « vais conseils de faire cesser les sacrifices. Le cousin de ce fils « (Julien), prince orné de toutes les vertus , les rebâtit. Après sa « mort, l'usage des sacrifices subsista quelque temps : il fut aboli, « il est vrai , par deux frères (Valentinien et Valons) , à cause de « quelques novateurs-, mais on conserva la coutume de brûler des « parfums. Vous avez vous même toléré cette coutume , en sorte « que nous avons autant à vous remercier de ce que vous nous « avez accordé qu'à nous plaindre de ce dont on nous prive. Vous « avez permis que le feu sacré demeurât sur les autels, qu'on y « brûlât de l'encens et d'autres aromates.

« Et voilà pourtant qu'on renverse nos temples ! Les uns tra- « vaillent à cette œuvre avec le bois , la pierre , le fer -, les autres « emploient leurs mains et leurs pieds : proie de Misyène (proverbe « grec qui sigïïïïie co^iqnête facile). On enfonce les toits ^ on sape « les murailles-, on enlève les statues^ on renverse les autels. Pour « les prêtres , il n'y a que deux partis à prendre : se taire ou mou- « rir. D'une première expédition on court à une seconde, à une troi- « sième : on ne se lasse pas d'ériger des trophées injurieux à vos lois.

« Voilà pour les villes : dans les campagnes c'est bien pis encore ! « Là se rendent les ennemis des temples ^ ils se dispersent, se réunis- « sent ensuite , et se racontent leurs exploits : celui-là rougit qui « n'est pas le plus criminel. Ils vont comme des torrents sillonnant « la contrée et bondissant contre la maison des dieux. La campagne « privée de temples est sans dieux-, elle est ruinée, détruite , morte 5 « les temples, ô empereur ! sont la vie des champs -, ce sont les pre- « miers édifices qu'on y ait vus , les premiers monuments qui soient « parvenus jusqu'à nous à travers les âges ; c'est aux temples que « le laboureur confie sa femme, ses enfants, ses bœufs, ses mois- «c sons.

a Voilà la conduite des chrétiens : ils protestent qu'ils ne font te a guerre qu'aux temples ; mais cette guerre est le profit de ces op- « presseurs j ils ravissent aux malheureux les fruits de la terre > et

« s'en vont avec les dépouilles , comme s'ils les avaient conquises « et non volées.

« Cela ne leur suffit pas : ils attaquent encore les possessions paro ticulières, parce que, au dire de ces brigands , elles sont consaa crées aux dieux. Sous ce prétexte , un grand nombre de proprié- « taires sont privés des biens qu'ils tenaient de leurs ancêtres , tandis c que leurs spoliateurs , qui, à les entendre, honorent la Divinité « par leurs jeûnes, s'engraissent aux dépens des victimes. Va-t-on « se plaindre sm pasteur (nom qu'on affecte de donner à un homme « qui n'a certainement pas la douceur en partage), il chasse les réa clamants de sa présence , comme s'ils devaient s'estimer heureux « de n'avoir pas souffert davantage

« On prétend que nous avons violé la loi qui défend les sacrifices. a Nous le nions. On répond que, si aucun sacrifice n'a eu lieu, on a « égorgé des bœufs au milieu des festins et des réjouissances : cela « est vrai-, mais il n'y avait pas d'autels pour recevoir le sang-, on a n'a brûlé aucune partie de la victime -, on n'a point offert de gà- « teaux-, on n'a point fait de libation. Or, si un certain nombre de « personnes, pour manger un veau ou un mouton, se sont rencon- « trées dans quelque maison de campagne -, si, couchées sur le gazon, a elles se sont nourries de la chair de ce veau ou de ce mouton , « après l'avoir fait bouillir ou rôtir, je ne vois pas quelles lois ont été « transgressées-, car, ô divin empereur! vous n'avez pas prohibé les « réunions domestiques. Ainsi , bien qu'on ait chanté un hymne en « l'honneur des dieux, et qu'on les ait invoqués, on n'a point violé « votre édit , à moins que vous ne vouliez transformer en crime l'in- « nocence de ces festins.

« Nos persécuteurs se figurent que, par leur violence, ils nous c amènent à la pratique de leur religion -. ils se trompent : ceux qui « paraissent avoir varié dans leur culte sont restés tels qu'ils étaient. « Ils vont avec les chrétiens aux assemblées ^ mais lorsqu'ils font « semblant de prier , ils ne prient point , ou ce sont leurs anciens € dieux qu'ils adjurent

« En matière de rehgion, laisseztoutà la persuasion, rien à la force. « Les chrétiens n'ont-ils pas une loi conçue en ces termes : Prati- « quez la douceur; tâchez d'obtenir tout par elle; ayez horreur de € la nécessité ou de la contrainte. Pourquoi donc vous précipitez- € vous sur nos temples avec tant de fureur? vous transgressez donc « aussi vos lois?

ÉTUDÏÏS HISTORIQUES. 293

« . , . . Mais puisque les chrétiens allèguent l'exemple « de celui qui le premier a dépouillé les temples (Constantin), j'en « vais parler à mon tour. Je ne dirai rien des sacrifices-, il n'y tou- < cha pas : mais qui fut jamais plus rigoureusement puni que le « ravisseur des trésors sacrés? De son vivant, il vengea les dieux « sur lui-même, sur sa propre famille-, après sa mort, ses enfants se « sont égorgés.

« Les chrétiens s'autorisent encore de l'exemple du fils de ce <c prince (Constance) ^ il démolit les temples avec d'aussi grands tra- « vaux qu'il en eût fallu pour les reconstruire (tant il était difficile a de séparer ces pierres liées ensemble par un fort ciment)-, il dislri- « buait les édifices aux favoris dont il était entouré de la même maa nière qu'il leur eût donné un cheval, un esclave, un chien, un « bijou. Eh bien! ces présents devinrent funestes à celui qui les « accordait comme à ceux qui les acceptaient

« De ces favoris, les uns moururent dans l'infortune, sans postéa rite, sans testament 5 les autres laissèrent des héritiers; mais qu'il « eût mieux valu pour eux n'en avoir point ! Nous les voyons aujour- « d'hui, ces enfants qui habitent au milieu des colonnes arrachées a aux temples-, nous les voyons <îouverts d'infamie et se faisant une « guerre cruelle'. »

Cette citation, trop instructive pour être abrégée, offre un tableau presque complet du quatrième siècle : usage et influence des temples dans les campagnes-, fin de ces temples; commencement de la propriété du clergé chrétien parla confiscation de la propriété du clergé païen ^ cupidité et fanatisme des nouveaux convertis, qui s'autorisent des lois en les dénaturant, pour commettre des rapines et troubler l'intérieur des familles 5 et, de même que Lactance a raconté la mort funeste des persécuteurs du christianisme , Libanius raconte les désastres arrivés aux persécuteurs do l'idolâtrie. Mais, quoi qu'il en soit, Dieu, qui punit l'injustice particulière de l'individu, n'en laisse pas moins s'accomplir les révolutions générales calculées sur les besoins de respèce.

Les moines furent les principaux ouvriers de la démolition des temples-, aussi les outrages et les éloges leur sont-ils également prodigués.

* LiBAK., Pro templis.

Sozomène assure que les Pères du désert pratiquent une philosophie divine.

« Les religieux, dit saint Augustin, ne cessent d'aimer les hommes, € quoiqu'ils aient cessé de les voir, s'entretenant avec Dieu et con- < templant sa beauté ^ »

Saint Chrysostôme, au sujet de la sédition d'Antioche, compare la conduite des philosophes et des moines. « Où sont maintenant, « s'écrie-t-il , ces porteurs de bâtons, de manteaux, de longues « barbes , ces infâmes cyniques au-dessous des chiens leurs mo- « dèles? Ils ont abandonné le malheur ; ils se sont allés cacher dans « les cavernes. Les vrais philosophes (les moines des environs d'An- « tioche) sont accourus sur la place publique^ les habitants de la « ville ont fui au désert, les habitants du désert sont venus à la ville. a L'anachorète a reçu la religion des apôtres ^ il imite leur vertu et « leur courage. Vanité des païens ! faiblesse de la philosophie ! on a voit à ses œuvres qu'elle n'est pas fable, comédie, parade et fiea tion 2. »

a Quels sont les destructeurs de nos temples? dit à son tour Lia banius. Ce sont des hommes vêtus de robes noires, qui mangent « plus que des éléphants, qui demandent au peuple du vin pour « des chants, et cachent leur débauche sous la pâleur artificielle de « leur visage ^. »

a II y a une race appelée moines, dit pareillement Eunape ; ces a moines, hommes par la forme, pourceaux par la vie , font et se

a permettent d'abominables choses

«... Quiconque porte une robe noire et présente au public « une sale figure a le droit d'exercer une autorité tyrannique *. »

a Sur la haute mer (c'est le poëte Rutilius qui parle) s'élève l'île « de Capraria, souillée par des hommes qui fuient la lumière. Eux- « mêmes se sont appelés moines, parce qu'ils aspirent à vivre sans « témoins. Ils redoutent les faveurs de la fortune, parce qu'ils n'au- « raient pas la force de braver ses dédains \ ils se font malheureux de

• ÂUG., fJb. retractatio, cap. xxi.

2 Chrysost., Uom. xvii, p. 196, c.

'Liban., Pro templis,

4 Monacbos sic dictos, homines quidem specie, sed vitam turpem pnrcorum more cxigcnles, qui in propalulo infmita alque infanda scelera commillebant.... Nara ea tempeslaie quivis alram veslem indulus, quique in publico sordido liabitu speclari nonabnuebat, is tyrannicam oblinebatauctoritatem. (bcKAP., inf^itajEdesii, p. 84. Anluerpiae, 1568.)

« peur de Tétre. Rage stupide d'une cervelle dérangée ! s'épouvan- « ter du mal et ne pouvoir souffrir le bien ! Leur sort est de renfer- « mer leurs chagrins dans une étroite cellule, et d'enfler leur triste « cœur d'une humeur atrabilaire ^ »

Après avoir passé Capraria , petite île entre la côte de l'Étrurie et celle de la Corse, Rutilius aperçoit une autre île , la Gorgone : « Là « s'est enseveli vivant, au sein des rochers, un citoyen romain. € Poussé des Furies, ce jeune homme, noble d'aïeux, riche de pa • € trimoine, et non moins heureux par son mariage, fuit la société « des hommes et des dieux. Le crédule exilé se cache au fond d'une « honteuse caverne ^ il se figure que le ciel se plaît aux dégoûtantes « misères j il se traite avec plus de rigueur que ne le traiteraient « les dieux irrités. Dites-moi , je vous prie, celte secte n'a-t-elle pas « des poisons pires que les breuvages de Circé? Alors se transfor « maient les corps-, à présent se métamorphosent les âmes 2. »

Les faiblesses et les jongleries des prêtres du paganisme étaient exposées par le clergé chrétien à la risée de la multitude. Ils se servaient de l'aimant pour opérer des prodiges , pour suspendre un char de bronze attelé de quatre chevaux ^, ou faire monter un soleil de

• Processu pelagi jam se Capraria tollit.

Squalel liicifugis insula plena viris.

Ipsi se nionsclios Graio coj;iiomine dicunt,

Quoil soli niillo vivcre tesle vohint.

Muiiera lortiinae meluunt, duin damna verenluP;

Quisquam s[)onle miser, ne miser esse queat. Quaenam perversi rabies tnm stulta cerebri,

Dum mala iormides, nec bona posse pati / Sive suas repetiinl falo erjias'ula pœiias ,

Trislia seii nif^ro viscera lelle lumenl. Sic iiimix bilis moibum adsignavil Homerus

Belleroplionteis solliciludinibus ; Nam juveiii offenso, saevi posl lela doloris,

Dicilur humaniim displicnisse geiuis.

(RUTiLli Ilinerarium, lib. I, v. 439-452.) ^ Adverstis scopulos, damni monumenia recentis,

Perdilus liic vivo funere civis eraU Noster enim nuper juvenis, majoribus amplis,

INec censii iiilerior, conjii^ioveminor, Impulsus Furiis iiomines divosque reliquit.

Et lurpem lalebram crediiliis exul agit. Infelix pulat, illuvie cœlestia passi,

Seque premit laesis saevior ipse deis.

Num, rogo, delerior Circaeis secta venenis;

Tune mulabaolur corpora; nuncanimi.

( RUTiLii Ilincrarium, lib. I, v. 517-526.)

Saint Augustin parle avec estistio de ces moines de l'île de Capraria si décriés par Rutilius. Il raconte que Mascerel descendit dans celte île, qu'il en emmena avec lui deux religieux, Eustâihe et Ardre, aux prières desquels il dut en Afrique sa victoire sur Gildon, son frère. {£pi»t, lxxxi, p. i4i.)

3 PaosPKR, lib. lu, cap. Kicrifi, p. i%^.

fer à la voûte d'un temple ^ Ils s'enfermaient dans des statues creuses adossées contre des murailles, et ils rendaient des oracles.

Fleury a osé rappeler, dans V Histoire ecclésiastique-, une anecdote racontée avec moins de pudeur par Rufin^. « Un prêtre de <r Saturne, nommé Tyran, abusa ainsi de plusieurs femmes des prin- « cipaux de la ville : il disait au mari que Saturne avait ordonné que « sa femme vînt passer la nuit dans le temple. Le mari , ravi de a riionneur que ce dieu lui faisait , envoyait sa femme parée de ses « plus beaux ornements et chargée d'offrandes. On l'enfermait dans « le temple devant tout le monde ^ Tyran donnait les clefs des portes « et se retirait -, mais pendant la nuit il venait par sous terre , et en- « trait dans l'idole. Le temple était éclairé, et la femme, attentive à « sa prière, ne voyant personne , et entendant tout d'un coup une « voix sortir de l'idole , était remplie d'une crainte mêlée de joie. « Après que Tyran , sous le nom de Saturne , lui avait dit ce qu'il « jugeait à propos pour l'étonner davantage ou la disposer à le sa- « tisfaire, il éteignait subitement toutes les lumières, en tirant des « linges disposés pour cet effet. Il descendait alors et faisait ce qui « lui plaisait à la faveur des ténèbres. Après qu'il eut ainsi trompé et des femmes pendant longtemps , une , plus sage que les autres, a eut horreur de cette action: écoutant plus attentivement, elle re- « connut la voix de Tyran, retourna chez elle, et découvrit la « fraude à son mari. Celui-ci se rendit accusateur. Tyran fut mis à

ï RcF.. p. 135.

2 T. IV, liv. xîx, p. 62S.

* Sacerdos crat apud eos Saturnî , Tyrannus nomine. Hic , quasi ex responso numinis , adorantibus in templo nobilibus quibusque el primariis viris , ((uoruni sibi malronae ad libidinem placuissent , dicebat Saturnum praecepisse ul uxor sua pernoctaret in templo. Tum is qui audieral, gaudens quod uxor sua dignalione numinis vocareiur, exornatam complius insuper et donariis onusiam, ne vacua scilicet repudiarelur , conjugem miltebat ad lemplum. In conspeclu omnium conclusa intrinsecusmalrona, Tyrannus, clausis januiset iraditisclavibusdiscedebat. Deinde, facto silentio, peroccullos et subterra neos aditus, inlra ipsum Saturni sinuilacrum paiulis erepebat cavernis. Erai autem simuiacrum illud a tergo excisum, et parieli diligenterannexum. Ardenlibusque intra aedem luminibus intenlœ, supplicantique mulieri vocem subito per simuiacrum oris concavi proferebal, iia ui pavore et gaudio infelix mulier trepidaret, quod dignam se tanti numinis putaret alloquio. Posteaquam vero quae libitum fuerat vel ad consternaiionem majorem, velad libidinis incitamentum , deseruisset numen impurum, arte quadam linteolis obductis, repente lumina exstinguebantur universa. Tum descendens obstupefactae et consternatae mulierculae adulterii fucum profanis commentationibus inferebat. Hoc cum per omnes miserorum matronas multo jam tempore gererelur, accidit quamdam pudicae mentis feminam horruisse facinus , et attentius designantem cognovisse vocem Tyranni, ac domum regressam viro de fraude sceleris indicasse. (Rof., hist. eccl,, lib. II, p. 245.)

ÉTUDES eiSTORIQUES. 297

« la question , et convaincu par sa propre confession qui couvrit « d'infamie plusieurs familles d'Alexandrie , en découvrant tant d'a- « dultères et rendant incertaine la naissance de tant d'enfants. Ces « crimes publiés contribuèrent beaucoup au renversement des idoles « et des temples. »

Une aventure à peu près pareille avait eu lieu à Rome sous le règne de Tibère* -, elle rappelait encore celle de ce jeune homme qui, jouant le rôle du fleuve Scamandre, abusa de la simplicité d'une jeune fille 2. On étalait, à la honte de l'idolâtrie, les poupées empaillées, les simulacres ridicules, obscènes ou monstrueux , les instruments de magie, et jusqu'aux têtes coupées de quelques enfants dont on avait doré les lèvres ^ -, toutes divinités trouvées dans les sanctuaires les plus secrets des temples abattus.

Les païens tenaient ferme et rendaient mépris pour mépris-, ils insultaient le culte des martyrs : «Au lieu des dieux de la pensée , les moines obligent les hommes à adorer des esclaves de la pire espèce 5 ils ramassent et salent les os et les têtes des malfaiteurs condamnés à mort pour leurs crimes -, ils les translatent çà et là , les montrent comme des divinités , s'agenouillent devant ces reliques , se prosternent à des tombeaux couverts d'ordure et de poussière. Sont appelés martyrs , ministres , intercesseurs auprès du ciel, ceux-là qui jadis esclaves infidèles ont été battus de verges et portent sur leurs corps la juste marque de leur infamie-, voilà les nouveaux dieux de la terre *. »

Au milieu de ces combattants animés , des hommes plus justes et plus modérés , dans l'un et l'autre parti, reconnaissaient ce qu'il pouvait y avoir à louer ou à blâmer parmi les disciples des deux religions. Ammien Marcellin , parlant du pape Damase , remarque que les chré» tiens avaient de bonnes raisons pour se disputer, même à main armée, le siège épiscopal de Rome : « Les candidats préférés sont enrichis « par les présents des femmes ; ils sont traînés sur des chars et vê- € tus d'habits magnifiques-, la somptuosité de leurs festins surpasse « celle des tables impériales. Ces évêques de Rome, qui étalent ainsi « leurs vices , seraient plus révérés s'ils ressemblaient aux évêques • de province, sobres, simples, modestes, les regards baissés vers

• Joseph., j4nt., lib. viii, cap. iv.

• Lucien.

'RuF., p. 188.

• EUHAP., in Fita j^des,

a la terre, s'attirant l'estime et le respect des vrais adorateurs du « Dieu éternel*.»

a Faites-moi évêque de Rome, disait le préfet Pretextus à Damase, « et je me fais chrétien 2.»

Saint Jérôme, souvent raisonnable à force d'être passionné, écrit : « Voici une grande honte pour nous : les prêtres des faux dieux, les « bateleurs, les personnes les plus infâmes peuvent être légataires-, les a prêtres et les moines seuls ne peuvent l'être -, une loi le leur inter- « dit, et une loi qui n'est pas faite par des empereurs ennemis de notre « religion, mais par des princes chrétiens. Cette loi même, je ne me « plains pas qu'on l'ait faite , mais je me plains que nous l'ayons « méritée : elle fut inspirée par une sage prévoyance ^ mais elle n'est « pas assez forte contre l'avarice : on se joue de ses défenses par de « frauduleux fidéicommis ^. »

Le même Père dit ailleurs : « Il y en a qui briguent la prêtrise ou <i le diaconat , pour voir les femmes plus librement. Tout leur soin (t est de leurs habits , d'être chaussés proprement, d'être parfumés. « Ils frisent leurs cheveux avec le fer, les anneaux brillent à leurs a doigts j ils marchent du bout du pied-, vous les prendriez pour de a jeunes fiancés plutôt que pour des clercs. Il y en a dont toute l'oc- « cupation est de savoir les noms et les demeures des femmes de a qualité, et de connaitre leurs inclinations ^ j'en décrirai un qui est « maître en ce métier : il se lève avec le soleil ^ l'ordre de ses visites a est préparé ^ il cherche les chemins les plus courts -, et ce vieillard a importun entre presque dans les chambres où elles dorment. S'il « voit un oreiller, une serviette, ou quelque autre petit meuble à son a gré , il le loue , il en admire la propreté , il le tâte , il se plaint de « n'en point avoir de semblable, et l'arrache plutôt qu'il ne i'oba tient *. »

* Nequeegoabnuoostentationemrerumconsiderans urbanarum, hujus rei cupi- Jos ob impetrandum quod appetunt omni conienlione lalerum jurgari debere : cum id adepti, futuri sintitasecuri, ui ditentur oblationibus malronarum procedanlque vehiculis insidenles, circumspecte vestili, epulas currenles profusas, adeo ul eoruni convivia regales superent mensas. Qui esse polerant beali rêvera, si magniludioe urbis despecia cura vitiis, ad imilalionem antistiium quorumdam provincialium viverent : quos tenuitas edendi potandique parcissime, vililas eliam iDdumenlorum, et supercilia humum spectanlia, perpetuo numini verisque ejus culloribus ut puros comraendant et verecundos. (Amm. Marcbll., lib. xxvii, cap. iv.)

^ Facile me Romanae urbis episcopum, et ero protinus chrislianus. (Hibron.; t. II, p. 165.) 3 J'emprunte l'élégante imitation de M. Villemain. {Mél, hist. et littir.)

* Flkury, Hist, ecd., t. lY, lib. xvur, p. 493. Molière a imité quelque chose de «e tableau dans U Tartvfs*

Grégoire de Nazianze parle des chars dorés, des beaux chevaux, de la suite nombreuse des prélats ; il représente la foule s'écartant devant eux comme devant des bêtes féroces ^

Ces controverses avaient lieu partout-, elles passaient les mers ; elles se continuaient par lettres de la grotte de Bethléem à Hippone, du désert de la Thébaïde à Alexandrie, d'Antioche à Constantinople, de Constantinople à Rome. Tous les esprits étaient émus dans tous les rangs, à mesure que la catastrophe approchait: mais, par un effet naturel, ceux qui s'attachaient à la cause perdue afin de parvenir à la puissance n'y trouvaient que leur ruine.

Photius nous a conservé un fragment de Damascius, dans lequel ce philosophe fait l'énumération des personnages qui entreprirent inutilement de ressusciter le culte des Hellènes. Julien est nommé le premier. Lucius, capitaine des gardes à Constantinople, voulut tuer Théodose pour ramener l'idolâtrie-, mais il ne put tirer son épée, effrayé qu'il fut d'une femme au regard terrible qui se tenait derrière l'empereur et l'entourait de ses bras. Marsus et lllus perdirent la vie dans une entreprise de la même nature \ Ammonius, après avoir conspiré, déserta à un évêque ; Severianus ourdit une nouvelle trame ; mais il fut trahi par Americhus, qui découvrit le complot à Zenon, empereur d'Orient 2.

Eugène, empereur d'Arbogaste, met l'image d'Hercule dans ses bannières, rend aux temples leurs revenus, et ordonne de rétablir à Rome l'autel de la Victoire. Dans cette même Rome qui avait tant de peine à renoncer au dieu Mars, un oracle s'était répandu : des vers grecs annonçaient que le christianisme subsisterait pendant trois cent soixante-cinq ans : Jésus était innocent de son culte -, mais Pierre, versé dans les arts magiques, avait conservé pour ce nombre fixe d'années la religion du Christ ^\ Or, à compter de la résurrection, cette période expirait sous le consulat d'Honorius et d'Eutychianus. Tan 398 de l'ère chrétienne. Les païens pleins de joie attendaient l'abolition complète et immédiate de la loi évangélique,

* Greg. Naz., Orat. xxxii, p. 526.

* P'id. et Voss., de Hisior. gr., lib. Il, cap. xxi.

3 Cum cnini vidi;renl, nec lot lanlisque perst'cutionibus eam poluisse consumi, sed his polius mira incrcmcnta siimpsisso, fxcogitavorunt nescio quos versus jiçryucos, lanqiiam consiilcnli cuiuain divino oraculo cffiisos, ubi Chrisium quidem ab bnjus tanquani sacrilcgii crimine faciunl innocentem. Pelrum aulem maleliciis fecisse subjungiint, ut colerelur Christi nomen per irecenlos sexagiiila quinque annos; deindc complclo memoralo numéro annorum sine mora sumeret finem. (De Civit, Dei, lib. xviii, cap. lui.)

et ce même an les temples de l'Afrique furent renversés ou fermés par les ordres d'Honorius ^

Une autre espérance survint : Radagaise, païen et Barbare, ravageait l'Italie et menaçait Rome. « Comment, disaient les pieux idolâtres, pourrons-nous résister à un homme qui offre soir et matia d'agréables victimes à ces dieux que nous abandonnons 2? » Et Radagaise fut vaincu, tandis qu'Alaric, Barbare aussi, mais chrétien, entra dans Rome. Eucher, fils de Stilicon, était l'objet de vœux secrets-, il professait le paganisme.

Attale même, ce jouet des Goths, eut des partisans -, il avait distribué les principaux offices de l'État à des polythéistes \ et Zosime remarque que la famille chrétienne des Anices s'affligeait seule du bonheur public'^. La passion ne pouvait aller pliis loin.

Enfin, un des derniers fantômes d'empereur créés par Ricimer, Anthémius, donna une dernière palpitation au cœur des vieux hellénistes : il inclinait aux idoles -, il avait promis à Sévère, tout livré à l'ancien culte, de rétablir la ville éternelle dans sa première splendeur, et de lui rendre les dieux auteurs de sa gloire. Le pape Hilaire traversa ce dessein en faisant promettre à Anthémius d'écarter de lui un certain Philothée *, de la secte des macédoniens, qui plaçait Anthémius entre le paganisme et l'hérésie :Alaric et Genseric avaient déjà pillé Rome, et Odoacre, roi d'Italie, était au moment de remplacer Tempereur d'Occident.

Le paganisme alla s'ensevelir dans les catacombes d'où le christianisme était sorti : on trouveencore aujourd'hui, parmi les chapelles et les tombeaux des premiers chrétiens, les sanctuaires et les simulacres des derniers idolâtres s. Non-seulement les restes de la religion grecque se conservèrent en secret, mais elle domina publiquement quelque partie du nouveau culte : saint Boniface, dans le huitième siècle, s'en plaint à la cour de Rome 6.

Page 1