‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 105 sur 188 · DE LA PASSION DE NOSTRE SEIGNEUR JESUCHRIST · texte numérisé non relu

DE LA PASSION DE NOSTRE SEIGNEUR JESUCHRIST

Le pellican de la forest celique.

Entre ses faictz tant beaulx et nouvelletz,

Après les cieulx et Tordre archangelique

Voulut créer ses petis oyselletz,

Puis s^envola, les laissa tous seuletz.

Et leur donna, pour mieulx sur la terre estre,

La grand' forest de paradis terrestre,

D'arbres de vie amplement revestue,

Plantez par luy, qu'on peult dire en tout estre

Le Pellican qui pour les siens se tue.

Mais ce pendant qu>n ramage musique Chantent aux boys comme rossignolletz.

Un oyseleur cauteleux et inique Les a deceuz à glus, rhetz et filetz.

Dont sont banniz des jardins verdeletz.

Car des haultz fruictz trop voulurent repaistro, Parquoy en lieu sentant pouldre et salpestre Par plusieurs ans mainte -souffrance ont eue. En attendant hors du beau lieu champestre Le Pellican qui pour les siens se tue.

Pour eulx mourut cest oysel deifique.

Car du hault boys plein de sainctz Angeletz

Vola ça bas par charité pudique,

OÙ il trouva corbeaux trèsordz et laydz,

Qui de son sang ont faict maintz ruysseletz,

Le tourmentant à dextre et à senestre,

Si que sa mort, comme Ton peult congnoistre,

A ses petis a la vie rendue.

Ainsi leur feit sa bonté apparoistre

Le Pellican qui pour les siens se tue.

Les Corbeaux sont ces Juifs exilez

Qui ont à tort les membres mutilez

Du Pellican, c'est du seul Dieu et maistre.

Les Oyseletz sont Humains, qu'il feit naistre,

Et rOyseleur, la Serpente tortue

Qui les deceut, leur disant mescongnoistre

Le Pellican qui pour les siens se tue.

CONTRE CELLE QUI FUT S'aMYE (1525)

Un jour rescriviz à m'amye Son inconstance seulement, Mais elle ne fut endormie A me le rendre chauldement ; Car dès l'heure tint parlement A je ne sçày quel papelard, Et lui a dict tout bellement :

« Prenez le, il a mengé le lard. »

Lors six pendars ne faillent mye A me surprendre finement, Et de jour, pour plus d'infamie, Feirent mon emprisonnement.

Hz vindrent à mon logement ; Lors ce va dire un gros paillard :

« Par la morbieu, voylà Clément, Prenez le, il a mengé le lard. »

Or est ma cruelle ennemie Vengée bien amèrement ;

390 BALLADKS

Revenge n*eii veulx ne demie.

Mais quand je pense, voyrement, Elle a de Fengin largement, D'inventer la science et Tart De crier sur moy haultement :

« Prenez le, il a mengé le lard. »

ENVOY

Prince, qui n'eust dict plainement La trop grand' chaleur dont elle art, Jamais n'eust dict aulcunement :

« Prenez le, il a mengé le lard. »

DB S'aMYB BIBN BBLLB (15Î7)

Amour me voyant sans tristesse Et de le servir desgouté, M'a* dict que feisse une maistresse, Et qu'il seroit de mon costé.

Après l'avoir bien escouté, J'en ay faict une à ma plaisance, Et ne me suis point mesconté :

C'est bien la plus belle de France.

Elle a un œil riant, qui blesse Mon cueur tout plein de loyaulté.

Et parmy sa haulte noblesse Mesle une doulce privaulté.

Grand mal seroit si cruaulté Faisoit en elle demourance; Car, quant à parler de be uté, C'est bien la plus belle de France.

De fuyr s'amour qui m'oppresse Je n'ay pouvoir ne voulenté, Arresté suis en ceste presse Gomme l'arbre en terre planté.

S'esbahy t on si j'ay .planté

De peine, tourment et souffrance?

Pour moins on est bien tourmenté :

C'est bien la plus belle de France.

ENVOY

Prince d'amours, par ta bonté Si d'elle j'avois jouyssance, One homme ne fut mieulx monté :

C'est bien la plus belle de France.

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