‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 106 sur 188 · CHANT ROYAL DE LA GONGBPTION · texte numérisé non relu

CHANT ROYAL DE LA GONGBPTION

Lors que le Roy, par haalt désir et cure,

Délibéra d'aller vaincre ennemys,

Et retirer de leur prison obscure

Geulx de son ost à grans tourmens sabmis,

Il envoya ses fourriers en Judée

Prendre logis sur place bien fondée ;

Puis commanda tendre en forme facile

Un pavillon pour exquis domicile,

Dedans lequel dresser il proposa

Son lict de camp, nommé en plein concile

La digne couche où le Roy reposa.

Au pavillon fut la riche paincture Monstrant par qui noz péchez sont remis; G'estoit la nue, ayant en sa closture Le jardin clos à tous humains promis, La grand^ cité des haults cieulx regardée, Le lys royal, l'olive coUaudée, Avec la tour de David, immobile, Parquoy l'ouvrier sur tous le plus habile En lieu si noble assit et apposa (Mettant à fin le dict de la Sibylle) La digne couche où le Roy reposa.

D'antique ouvrage a composé Nature Le boys du lict, où n'a un poinct obmis ; Mais au coissin plume trèsblanche et pure D'un blanc coulomb le grand ouvrier a mis ; Puis Charité, tant quise et demandée,

> Les Chants I à XX sont compris dans Tédition de 1S44.

Le lict prépare avec Paix accordée ; Linge trèspure dame Innocence file ; Divinité les trois rideaux enfile, Puis à Tentour le tendit et posa, Pour préserver du vent froid et mobile La digne couche où le Roy reposa.

Aucuns ont dict noire la couverture, Ce qui n'est pas, car du ciel fut transmis Son lustre blanc, sans aultre art de taincture; Un grand pasteur Tavoit ainsi permis.

Lequel jadis par grâce concordée, De ses aigneaulx la toyson bien gardée Transmit au cloz de Nature subtile.

Qui une en feit la plus blanche et utile Qu'onques sa main tyssut ou composa, Dont elle orna (oultre son commun stile) La digne couche où le Roy reposa.

Pas n'eut un ciel faict à frenge et figure De fins damas, sargettes ou samis ; Car le hault ciel, que tout rond on figure. Pour telle couche illustrer fut commis.

D'un tour estoit si précieux bordée Qu'onqués ne fut de vermine abordée.

N'est-ce donc pas d'humanité fertile Œuvre bien faict, veu que l'aspic hostile Pour y dormir approcher n'en osa?

Certes si est, et n'est à luy servile La digne couche où le Roy reposa. ^

KNVOY

Prince, je prens, en mon sens puérile.

Le pavillon pour saincte Anne stérile ; Le Roy, pour Dieu, qui aux cieulx repos a ; Et Marie est(vray comme l'Evangile) La digne couche où le Roy reposa.

d'amour fugitif, invention te marot

Le propre jour que Venus aux yeulx verts Parmy le monde alloit chanter ces vers, Désir de veoir et d'ouyr nouveauté Me feit courir après sa grand' beauté Jusque à Paris. Quand fut en plain carroy, Sus un hault lieu se meit en bel arroy, Monstrant en face avoir cueur assez trisle. Ce néanmoins en habitz cointe et miste.

Lors d'une voix plus doulce et resonnante Que d'Orpheus la harpe bien sonnante Chanta les vers que dessus declairons, Plus hault et cleir que trompes et clairons : Dont maintes gens eust alors entour elle. L'un y couroit, l'autre en une tournelle Mettoit le nez; tous peuples espanduz Droict là se sont à la fouUe renduz Pour veoir Venus et ouyr son parler.

Son cry finy, se feit mener par l'aer Dedans son char avec ses grâces belles Soubz le conduict de douze columbelles, Ce qui donna grand' admiration Aux regardans de mainte nation.

Or quand Venus eurent perdu de veue, De là se part ceste assemblée esmeue A grans trouppeaulx. L'un s'en va devisant De son cher ûlz, qu'elle a perdu, disant : « Pleust or à Dieu qu'en mer ou terre sceusse. Luy enseigner, afin que je receusse Un doulx baiser de sa bouche riant!

— Hal Cupido(disoit l'autre en criant), Si te tenoys lié de cordons maints, Croy qu'à grand'peine istroys hors de mes mains Que de ta mère, en beauté l'outrepasse, N'eusse le don qui le baiser surpasse. »

Mais quant à moy, n'en eu aucun désir,

Car qu'ay je affaire aller chercher plaisir Qui soit compris en Venus la déesse, Veu que en Pallas*gist toute ma liesse?

Ainsi me teu, en contemplant la geste Des gens raviz d'un tel regard céleste, Entre lesquelz vey à part une tourbe D'hommes piteux, ayans la teste courbe, L'œil vers la terre à grand' cerimonie, Pleins (à les veoir) de dueil et agonie, Disans à eulx mondanitez adverses, Et en habitz monstrans sectes diverses.

L'un en corbeau se vest pour triste signe ; L'autre s'habille à la façon d'un cygne ; L'autre s'accoustre ainsi qu'un ramonneur ; L'autre tout gris; l'autre, grand sermonneur, Porte sur soy les couleurs d'une pie; O bonnes gens pour bien servir d'espie î

Que diray plus? Bien loger sans danger, Dormir sans peur, sans coust boyre et manger. Ne faire rien, aucun mestier n'apprendre, Rien ne donner, et le bien d'autruy prendre. Gras et puissant, bien nourry, bien vestu. C'est (selon eux) povreté et vertu ; Aussi (pour vray) il ne sort de leur bouche * x Que motz sucerez; quant aucueur, je n'y touche: Mais c'est un peuple à celluy resemblant Que Jean de Mehun appelle Faulx Semblant, Forgeant Abus dessoubz Religion.

Incontinent que ceste légion (Selon le cry de Venus) sent et voit Que Gupido le dieu d'amour avoit Prins sa voilée ainsi qu'un vacabond, Chascun pensa de luy donner le bond.

Si vont quérir libelles sophistiques.

Corps enchâssez et bulles papistiqu^s, Et là dessus vouèrent tous à Dieu Et au patron de leur couvent et lieu De Cupido lyer, prendre et estraindre, Et son pouvoir par leurs œuvres contraindre, Plus pour loyer céleste en recevoir Que pour amour qu'en Dieu puissent avoir.

cUmkrt MAROT, I V 19

326 CHAl^TS DIVERS

Voylà comment par voyes mal directes Les presumans oultrecuydées ijectes Seures se font d'avoir de Dieu la grâce, Et de garder chose que humaine race Ne peult de soy. Or se sont ilz esparts De Ghrestienté aux quatre coings et parts, Tous en propos de Gupido happer.

£t que ainsi soit, aûn que d'eschapper Ne trouve lieu ne façons, s'il est pris, Aucuns d'iceulx par serment entrepris Portent sur eux des cordes à gros noudz Pour luy lier jambes, piedz et genoulx.

Et sur ce poinct prendra repos ma muse, Ne voulant plus qu^à ce propos m'amuse, Ains que je pense à dresser autre compte, En concluant que cestuy cy racompte, A qui aura bien compris mon traicté.

Dont procéda le vœu de chasteté.

lïl châmt nuptial du MARTAQB DB MADàMB kenbb

FILLB DB FRANGB AVBG LB DUC DB PBRRARB

Qui est ce duc venu nouvellement En si bel ordre et riche à Tadvantage? On juge bien à le veoir seulement Qu'il est yssu d'excellent parentage.

N'est ce celluy qui en fleurissant aage Doit espouser la princesse Renée ?

Elle en sera (ce pense je) estrenée.

Car les haulboys l'ont bien chanté anuyctj Et d'un accord et tous d'une aliénée Ont appelle la bien heureuse nuyct.

O nuyct, pour vray, si es tu bien cruelle, Et tes excès nous sont tous apparens : Tu viens ravir la royalle pucelle Entre'les bras de ses propres parents,

Et, qui plus est, tu là livres et rends Entre les mains d'un ardant et jeune homme. Que feirent pis les ennemys à Romme, N'a pas longtemps par pillage empirée?

Or de peschef cruelle je te nomme ; Pourquoy es tu doncques nuyct désirée?

Je me desdy, tu n'es point nuyct cruelle ;

Tes doulx eifaictz nous sont tous apparens :

Tu prens d'amour et de gré la pucelle

Entre les mains de ses nobles parens ;

Et, qui plus est, deux cueurs en un tu rends

En chaste lict soubs nuptial affaire.

Ce qu'autre nuyct jamais n'avoit sceu faire ;

Bref, ta puissance est grande et point ne nuit.

Ce que tu fais on ne sçauroit deffaire,

0 trèspuissante et bien heureuse nuyctl

Fille de roy, adieu ton pucelage.

Et toutesfoys tu n'en dois faire pleurs ;

Car le pommier qui porte bon fructage

Vault mieulx que cil qui ne porte que fleurs.

Roses aussi de diverses couleurs,

S'on ne les cueult, sans proufâter périssent,

Et s'on les cueult, les cueillans les chérissent,

Prisans l'odeur qui d'elles est tirée.

Si de toy yeulx que fruictz odorans yssent,

Fuyr ne ftiult la nuyct tant désirée.

Et] d'autre part ta virginité toute

Ne t'appartient. En quatre elle est partie :

La part première elle est au Roy (sans doubte);

L'autre à Madame est par droict départie ;

La sœur du Roy a la tierce partie ;

Toy la quatriesme. Or ilz donnent leurs droictz

A ton mary : veulx tu combatre à trois.

Trois (pour certain) qui en valent bien huict?

Certes, je croy que plustost tu vouldrois

Que desja fust la bienheureuse nuict.

Ta doulce nuict ne sera point obscure, Car Phebé lors plus que Phebus luyra ;

Et si Phebé a de te yeoir grand* cure, Jusque à ton lict par les vitres ira.

Venus aussi la nuict esclercira, £t Vesperus qui sur le soir s'enflamme ; Hymeneus, qui faict la fille femme, Et Chaste Amour, aux nopces préférée, Te fourniront tant d'amoureuse flamme, Qu'ilz feront jour de la nuict désirée.

Vous qui souppez, laissez ces tables grasses : Le manger peu vault mieulx pour bien danser. Sus, aulmosniers, dictes vistement grâces, Le mary dict qu'il se fault avancer.

Le jour luy fasche, on le peult bien penser. Qames, dansez, et que Ton se déporte (Si m'en croyez) d'escouter à la porte S'il donnera l'assault sur la minuict:

Ghault appétit en teiz lieux se transporte; Dangereuse est la bienheureuse nuict.

Dansez, ballez, solennisez la feste

De celle en qui vostre amour gist si fort.

Lasl qu'ay je dict? qu'est ce que j'admoneste?

Ne dansez point, soyez en desconfort :

Elle s'en va. Amour par son effort

Luy Met laisser le lieu de sa naissance,

Parens, amys et longue congnoissance,

Pour son espoux suyvre jour et serée.

0 noble Duc, pourquoy t'en vas de France

Où tu as eu la nuict tant désirée?

Duchesse (helas 1] que fais tu? Tu délaisses

Un peuple entier pour l'amour d'un seul prince

Et au partir en ta place nous laisses

Triste regret, qui noz cueurs mord et pince.

Or va donc veoir ta ducale province ;

Ton peuple jà de dresser se soucie

Arc triumphal, théâtre et facecie

Pour t'accueillir en honneur et en bruyct.

Bien tost y soit ta ceincture accourcie

Par une bonne et bien heureuse nuyct.

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