DE SON JOUEUR DE FLUSTB
N'y pense plus, Prince, n'y pense mye, Si de Michel n'es ores visité, Car le dieu Pan et Syringue s'amye Ce mois d'avril ont un prix suscité,
Et ont donné sur un des montz d'Arcade Au mieulx disant de la fluste une aulbade La fluste d'or, neuf pertuis contenant.
Tytire y court, Mopsus s'y va traînant, Et Goridon a le chemin apris ; Chascun y va, pour yeoir qui maintenant Du jeu de fluste emportera le prix.
Lors ton Michel n'a eu teste endormie, Ains est couru veoir la solennité, Et a sonné sa fluste et chalemye, Tout à ton los, honneur et dignité.
Incontinent que toute la brigade Son armonie ouyt soubz la fueillade, Pan se te ut coy, merveilles se donnant: Dont chascun va sa fluste abandonnant.
Et soubz la sienne à danser se sont pris. Disant entre eulx : « Ce Françoys resonnant Du jeu de fluste emportera le prix. »
" Pan (en efffect) eut la face blesmye, Et sur Michel se monstra despité ; Si doubterois que de peur d'infemye Du hault du mont ne l'eust précipité ; Car un hault Dieu de dueil trop est malade Quand un mortel le surmonte et dégrade. Mais Pan, qui t'ayme, est assez souvenant Qu'un tel ouvrier est propre et advenant A toy, qui es recueil des bons esprits ; Donc reviendra, et en s'en revenant Du jeu de fluste emportera le prix. ^
ENVOY
Prince Lorrain, par vertu consonant A bons subjectz, ton Michel bien sonnant, Plus pour l'honneur qui est en toy compris Que pour monstrer qu'il n'est point aprenant, Du jeu de fluste emportera le prix.
331 CRAHTS DIVERS
CHANT DB JOTB , AU HBTOUR D^BSPAIGNB DB MBSSBIGNBURS LBS BNP ANS
Ilz sont yenuz, les enfims desirez;
Loyaulx Françoys, il est temps qu'on s'appaise ;
Pourquoy encor plearez et souspirez?
Je Tentens bien : c'est de joye et grand aise.
Car prisonniers (comme eulx) estiez aussi.
O Dieu tout bon, quel miracle est cecy ?
Le Roy voyons et le peuple de France
En liberté, et tout par une enfance
Qui prisonnière estoit en fortes mains.
Or en est hors, c^est triple délivrance :
Gloire à Dieu seul, paix en terre aux humains.
Nouvelle Royne, ô que vous demourez I
Sentez vous point de loing nostre mesaisel
Sus, peuples, sus, vos quantons décorez
De divers jeux. Est il temps qu'on se taise ?
De voz jardins arrachez le soucy,
Et qu'il n'y ayt gros canon racourcy,
Qui ceste nuict ne bruye par oultrance,
Signifiant que guerre avec souffrance
Part et s'en va aux enfers inhumains ;
Et puis chantez en commune accordance :
« Gloire à Dieu seul, paix en terre aux humains. »
Sotz devineurs, voz livres retirez :
Tousjours faisiez la nouvelle maulvaise ; Mais Dieu a bien vos propos revirez, Tant que menty avez, ne vous desplaise. Heureux baron, noble Montmorency, Ce qu'en as faict (il le £siult croire ainsi) Est du Grand Maistre ouvrage, sans doubtance. Conseil françoys, quoy qu'en ceste alliance N'eussent mieulx éiict les tressages Rommains, Ne dictes pas que c'est vostre puissance : Gloire à Dieu seul, paix en terre aux humains.
ENVOY
Prince royal, ma terrestre espérance,
Si le plaisir de ceste délivrance
Voulez peser contre les travaulx maints,
Droicte sera (ce croy je) la balance ;
Gloire à Dieu seul, paix en terre aux humains.
CHANT ROYAL GHRESTIBN
Qui ayme Dieu, son règne et son empire Rien désirer ne doibt qu'à son honneur ; Et toutesfoys Thomme tousjours aspire A son bien propre, à son aise et bon heur. Sans adviser si point contemne ou blesse En SOS désirs la divine noblesse.
La plus grand' part appete grand avoir; La moindre part souhaite grand sçavoir ; L'autre désire estre exempté de blasme, Et l'autre quiert (voulant mieulx se pourvoir) Santé au corps et paradis à Tame.
Ces deux soubaitz contraires on peult dire Gomme la blanche et la noire couleur; Car Jesuchrist ne promet par son dire Ça bas aux siens qu'ennuy, peine et douleur. Et d'autre part (respondez moy), qui est ce. Qui sans mourir aux cieulx aura liesse ? Nul, pour certain. Or faut il concevoir Que mort ne peult si bien nous décevoir Que de douleur ne sentions quelque dragme. Par ainsi semble impossible d'avoir Santé au corps et paradis à l'ame
Doulce santé mainte amertume attire.
Et peine au corps est à l'ame doulceur.
Les bienheurez qui ont souffert martyre
De ce nous font tesmoingnage tout seur.
Et si l'homme est quelque temps sans destresse,
Sa propre chair sera de luy maistresse,
£t destruira son ame (à dire voir)
Si quelque ennuy ne vient ramentevoir
Le povre humain d'invoquer Dieu, qui Famé,
En luy disant : « Homme, penses tu veoir
Santé au corps et paradis à Tame ? »
O doncques, homme en qui santé empire,
Groy que ton mal d'un plus grand est vainqueur ;
Si ta sentois de tous les maulx le pire,
Tu sentirois enfer dedans ton cueur.
Mais Dieu tout bon sentir (sans plus] te laisse
Tes petits maulx, sçachant que ta foiblesse
Ne pourroit pas ton grand mal percevoir,
Et que aussi tost que de Tapercevoir
Tu periroys comme paille en la flamme,
Sans nul espoir de jamais recevoir
Santé au corps et paradis à Famé.
Certes, plustost un bon père désire Son filz blessé que meurdrier ou jureur ; Mesmes de verge il le blesse et descire, Affin qu'il n'entre en si lourde fureur. Aussi quand Dieu, père céleste, oppresse Ses chers enfans, sa grand' bonté expresse Faict lors sur eulx eau de grâce pleuvoir. Par telle peine à leur bien veult prévoir, A ce qu'enfin enfer ne les enflamme, Leur reservant (oultre l'humain devoir) Santé au corps et paradis à l'ame.
ENVOY
Prince royal, quand Dieu par son povoir Fera les cieulx et la terre mouvoir, Et que les corps sortiront de la lame, Nous aurons lors ce bien, c'est à sçavoir, Santé au corps et paradis à l'ame.
Vin