‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 129 sur 188 · DB TROIS COULEURS, GRIS, TANNÉ BT NOIR · texte numérisé non relu

DB TROIS COULEURS, GRIS, TANNÉ BT NOIR

Gris, tanné, noir, porte la fleur des fleurs Pour sa livrée, avec regretz et pleurs. Pleurs et regretz en son cueur elle enferme, Mais les couleurs dont ses vestementz ferme Sans dire mot exposent ses douleurs.

Car le noir dit la fermeté des cueurs, Gris le travail, et tanné les langueurs ; Par ainsi c'est langueur en travail terme. Gris, tanné, noir.

J'ay ce fort mal par elle et ses valeurs. Et en souffrant ne crains aucuns malheurs. Car sa bonté de mieulx avoir m'afferme ; Ce nonobstant, en attendant le terme, Me fault porter ces trois tristes couleurs. Gris, tanné, noir.

d'un SOY DEFPIANT DB SA DAMB

Plus qu'en autre lieu de la ronde Mon cueur vole comme l'aronde Vers toy , en prières et diclz ; Mais si asprement l'escondis.

Que noyer le fiais en clair unde.

Dont ne puis croire, ou l'on me tonde. Que ton cueur à m'aymer se fonde, Quand tous biens m'y sont interdictz Plus qu'en autre lieu.

Car il n'y a princesse au monde Qui m'aymast d'amour si profonde Gomme celle que tu me dis, Qui ne m'ouvrist le paradis De jouyssance, où. grâce abonde Plus qu'en autre lieu.

DE GBLUY QUI NB PENSB QU'eN s'aMYE

Toutes les nuictz je ne pense qu'en celle Qui a le corps plus gent qu'une pucelle De quatorze ans, sur le poinct d'enrager. Et au dedans un cueur, pour abréger, Autant joyeux qu'eut oncques damoyselle,

Elle a beau tainct, un parler de bon zelle Et le tetin rond comme une groizelle : N'ay je donc pas bien cause de songer Toutes les nuictz?

Touchant son cueur, je l'ay en ma cordelle. Et son mary n'a sinon le corps d'elle ; Mais toutesfoys, quand il vouldra changer, Prenne le cueur, et, pour le soulager, J'auray pour moy le gent corps de la belle Toutes les nuictz.

DE CfiLUy QUI ENTRA DE NUIGT CHEZ s'aMYE

De nuict et jour fault estre adventureux Qui d'amours veult avoir biens plantureux. Quant est de moy, je n'euz onc craincle d'ame, Fors seulement, en entrant chez ma dame, D'cstre apperceu des langars dangereux.

Un soir bien tard me feirent si paoureux Qu'advis m'estoit qu'il estoit jour pour eulx ; Mais' si entray je, et n'en vint jamais blasme De nuict et jour.

Lanuictje prins d'elle lin fruict savoureux, Au poinct du jour vey son corps amoureux, Entre deux draps plus odorans que basme. Mon œil adonc, qui de plaisir se pasme, Dit à mes bras : « Vous estes bien heureux De nuict et jour. »

DU GONTBNT BN AMOUR (15U)

La me tiendraj où à présent me tien, Car ma mai stresse au plaisant entretien M'ayme d'un cueur tant bon et désirable Qu'on me devroit appeller misérable Si mon vouloir estoit autre que sien.

Et fusse Helaine au gracieux maintien, Qui me vinst dire : « Amy^ fais mon cueur tien, » Je respondrois : « Point ne seray muable; Lame tiendray. »

Qu'un chascun donc voyse chercher son bien ; Quant est à moy, je me trouve trèsbien : J'ay dame belle, exquise et honorable ; Parquoy, fusse je unze mille ans durable, Au dieu d'amours ne demanderay rien ; Là me tiendray.

d'un DBLAISSé DB S*AMYB (1525)

Tout à part soy est melancolieux Le tien servant, qui s'elongne des lieux Là où l'on veult chanter, danser et rire; Seul en sa chambre il va ses pleurs escrire. Et n'est possible à luy de faire mieulx.

Car quand il pleut et le soleil des cieulx Ne reluyt pomt, tout homme est soucieux,

Et toute beste en son creux se retire Tout à part soy.

Or maintenant pleut larmes de ses yeulx, Et toy qui es son soleil gratieux.

L'as délaissé en Tumbre de martyre ; ^ Pour ces raisons, loing des autres se lire, Que son ennuy ne leur soit ennuyeux, Tout à part soy.

DB CfiLUY DB QUI l'aMYE A FAIGT NOUVEL AMY

Jusque à la mort dame t'eusse clamée, Mais un nouveau t'a si bien reclamée.

Que tu ne veulx qu'à son leurre venir ; Si ne peulx tu contre moy soustenir Parquoy Tamour deust estre consommée. '

Car en tous lieux tousjours t'ay estimée Et si on dict que je t'ay déprimée, Je dy que non, et le veulx maintenir Jusque à la mort.

Dieu doint que pis tu n^en sois renommée ; Car, s'il est sceu, tu en seras nommée Femme sans cueur, qui ne se peult tenir D'aller au change, et à grand tort bannir Celluy qui l'eust parfaictement aymée Jusque à la mort.

d'un amant marry contre sa dame

Du tout me veulx déshériter De ton amour ; car prouffiter Je n'y pourrois pas longue espace, Veu qu'un autre reçoit ta grâce.

Sans mieulx que moy la mériter.

Puis qu'à toy se veult présenter.

De moy se devra contenter, Car je luy quitteray la place Du tout.

Tes grâces sont fort à noter ; On n'y sçauroit mettre n'oster :

Tu as beau corps et belle face ; Mais ton cueur est plein de fallace :

Voylà qui m'en fiaiict déporter Du tout.

D*ALLIANGB DE SBUR {i5«7)

Par alliance ay acquis une seur Qui en beauté, en grâce et en doulceur Entre un millier ne trouve sa pareille. Aussi mon cueur à Taymer s'appareille, Mais d'cstre aymé ne se tient pas bien seur.

I^s ! elle m'a navré de grand' vigueur. Non d'un Cousteau, ne par hayne ou rigueur. Mais d'un baiser de sa bouche vermeille, Par alliance.

Cil qui la veoit jouyt d'un trèshault heur ; Plus heureux est qui parle à sa haulteur, Et plus heureux à qui preste l'oreille ; Bien heureux donc devroit estre à merveille Qui en amour seroit son serviteur Par alliance.

LU

D'uNB DAMB ayant BBAUTé ET ORAGE

Grande .vertu et beauté naturelle

Ne sont souvent en forme corporelle ;

Mais ta forme est en beauté Toultrepasse D'autant que For tous les metaulx surpasse, Et si voit on mainte yertu en elle.

Aussi par tout en vole la nouvelle, Et ce qui plus ton renom renouvelle, C'est que tu as, toy seule, double grâce, Grande vertu.

Grâce en maintien et en paroUe belle ; Grâce en après, que mercy on appelle.

L'une contraint que t'amour on pourchasse, L'autre de toy la jouyssance brasse :

Je te supply, use envers moy d'icelle Grande vertu.

LUI

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