CHANSON VIII
Si de nouveau j'ay nouvelles couleurs, Il n'en fault jà prendre esbahyssement ; Car de nouveau j'ay nouvelles douleurs, Nouvelle amour et nouveau pensement ; Dueil et ennuy, c'est tout l'advancement Que j'ay encor de vous tant amoureuse ; Si vous supply que mon commencement Cause ne soit de ma fin langoureuse.
Pleust or à Dieu, pour fujr mes malhettré, Que je Toui tinee èi mon commandement,
Ou, pour le moins, que yoz grandes valeurs Ne fassent point en mon entendement ; Car Tos beaolx yeulx me plaisent tellement. Et Yostre amour me semble tant heureuse. Que je languy : lûnsi voylà comment Ce qui me plait m'est chose douloureuse.
CHANSON IX (15f4)
Quand J*ay pensé en vous, ma bien aymée. Trouver n^en puis de si grande beaulté ; Et de vertu seriez plus estimée, Qu'autre qui soit, si n'estoit cruauté.
Mais pour vous aymer ioyaument
J'ay recompense de tourment ;
Toutesfoys quand il vous plaira
Mon mal par mercy finira.
Dés que mon œil apperceut vostre face,
Ma liberté du tout m'abandonna ;
Car mon las pueur, espérant vostre grâce,
De moy partit et à vous se donna.
Or s'est il voulu retirer En lieu d'oti ne se peult tirer, Et vous a trouvée sans si, Fors qu'estes dame sans mercy.
Vostre rigueur veult donques que je meure, Puis que pitié vostre cueur ne remord ; Si n'aurez vous, de ce je vous asseure, Loz ny honneur de si cruelle mort.
Car on ne doit mettre en langueur
Celuy qui ayme de bon cueur.
Trop est rude à son ennemy
Qui est cruel à son amy.
Je suis aymé de la plus belle
Qui soit vivant' dessoubz Içs cieuli^ ;
CHANSONS 4li
Encontre tous iaulx envieux Je la soustiendray eslre telle.
Si Cupide doulx et rebelle Avoit desbendé ses deux yeulx Pour veoir son maintien gracieux, Je croy qu'amoureux seroit d'elle.
Venus, la déesse immortelle, Tu as faict mon cueur bien heureux, De ravoir faict estre amoureux D'une si noble damoyselle.
Qui veult avoir liesse, Seulement d'un regard Vienne veoir ma maistresse Que Dieu maintienne et gard :
Elle a si bonne grâce, Que celluy qui la veoit Mille douleurs efface.
Et plus s'il en avoit.
Les vertus de la belle Me font esmervçiller ; La souvenance d'elle Faict mon cueur esveiller ; Sa beauté tant exquise Me faict la mort sentir ; Mais sa grâce requise M'en peult bien garantir.