‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 15 sur 188 · LE TEMPLE DE CUPIDO · texte numérisé non relu

LE TEMPLE DE CUPIDO

Laquelle lors (pour me rendre confus) n descocba sur mon cueur rudement.

Qui lors congneust mon extresme tourment, Bien eust le cueur emply d'inimitié Si ma douleur ne Teust meu à pitié ; Car d^aucun bien je ne fuz secouru De celle là pour qui j'estois féru, Mais tout ainsi que le doulx vent Zephyre Ne poùrroit pas fendre marbre ou porphyre, Semblablement mes souspirs et mes criz.

Mon doulx parler et mes humbles escriptz N'eurent povoir d'amollir le sien cueur, Qui contre moy lors demeura vainqueur.

Dont congnoissant ma cruelle maistresse Estre trop forte et fiere forteresse Pour chevalier si foible que j'estoye, Voyant aussi que l'amour où jectoye Le mien regard portoit douleur mortelle, Deliberay si fort m'eslongner d'elle, Que sa beauté je mettrois en oubly ; Car qui d'amours ne veult prendre le ply. Et a désir de fuyr le danger De son ardeur, pour tel mal estranger, Besoing luy est d'eslongner la personne, A qui son cueur énamouré se donne.

Si feiz dès lors (pour plus estre certain De Toublier ) un voyage loingtain ; Car j'entrepris soubz espoir de liesse D'aller chercher une haulte déesse Que Juppiter de ses divines places Jadis transmit en ces régions basses Pour gouverner les esperitz loyaulx Et résider es dommaines royaulx.

C'est Ferme Amour, la dame pure et munde Qui long temps a ne fut veue en ce monde ; Sa grand' bonté me feit aller grand' erre Pour la chercher en haulte mer et terre, Ainsi que faict un chevalier errant ; Et tant allay celle dame querant, Que peu de temps après ma départie J'ay circuy du monde grand' partie,

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