LE TEMPLE
Et me dit on que c'estoient les pilliers Da grand autel de Haulte Renommée.
Lors mille oyseaulx d'une longue ramée Vindrent voler sur ces vertes courtines, Pretz de chanter chansonnettes divines.
Si demanday pourquoy là sont venus, Mais on me dit : « Amis, ce sont matines, Qu'ilz viennent dire en l'honneur de Venus. »
Devant Tymage Cupido
Brusloit le brandon de destresse,
Dont fut enflammée Dido,
Biblis, et Helaine de Grèce.
Jehan de Mehun, plein de grand' sagesse,
L'appelle, en terme savoureux,
Brandon de Venus rigoureux.
Qui son ardeur jamais n'attrempe :
Toutesfoys au temple amoureux
Pour lors il servoit d'une lampe.
Sainctes et sainctz qu'on y va reclamer, C'est Beau Parler, Bien Geler, Bon Rapport, Grâce, Mercy, Bien Servir, Bien Aymer, Qui les amans font venir à bon port.
D'autres aussi, où (pour avoir support Touchant le faict d'amoureuses conquestes) Tous pèlerins doivent faire requestes, Offrerides, vœuz, prières et clamours ; Car sans ceulx là l'on ne prent point les bestes Qu'on va chassant en la forest d'Atnours.
Chandelles flambans ou estainctes,
Que tous amoureux pèlerins
Portent devant telz sainctz et sainctes,
Ce sont bouquelz de romarins.
Les chantres, lynotz et serins,
Et rossignolz au gay courage.
Qui sur buyssons de verd boscage,
Ou branches, en lieu de pulpitres,
Chantent le joly chant ramage
Pour Versetz, Responds- et Epistres. '
DB CUPIDO ily
Les vitres sont de clair et fin chrystal,
Où painctes sont les gestes autentiques
De ceulx qui ont jadis de cueur loyal
Bien observé d'Amours les loix antiques.
En après sont les tressainctes reliques,
Carcans, anneaux aux secretz tabernacles ;
Escuz, ducatz, dedans les clos ob'^tacles ;
Grands chaines d'or, dont maint beau corps est ceint^
Qui en amour font trop plus de miracles
Que Beau Parler, ce tresglorieux sainct.
Les voultes furent à merveilles Ouvrées souverainement :
Car Priapus les feit de treilles, De fueilles de vigne et serment.
Là dépendent tant seulement Bourgeons et raisins à plaisance ; Et pour en planter abondance, Bien souvent y entre Bacchus, A qui Amour donne puissance, De mectre guerre entre bas culs.
Les cloches sont tabourins et doulcines, Harpes et luz, instrumens gracieux, Haultboys, flageotz, trompettes et buccines, Rendans un son si très soiacieux Qu'il n'est souldard, tant soit audacieux, Qui ne quictast lances et braquemars, Et ne saillist hors du temple de Mars Pour estre moyne au temple d'amourettes. Quand il orroit sonner de toutes pars Le carillon de cloches tant doulcettes.
Les dames donnent aux malades Qui sont recommandez aux prosnes Rys, baisers, regards et œillades ; Car ce sont d'Amours les aumosnes.
Les prescheurs sont vieilles matrones Qui aux jeunes donnent courage D'employer la fleur de leur aage A servir Amour le grand roy,
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Tant que souvent par beau langage Les convertissent à la Loy.
Les fons du temple estoient une fontaine Où decouroit un ruisseau argentin; Là se baignoit mainte dame haultaine Le corps tout nud, monstrant un dur tetin. Lors on eust veu marcher sur le patin Povres amans à la teste enfumée.
L'un apportoit à sa tresbien aymée Esponge, pigne, et chascun appareil ; L'autre à sa dame estendoit la ramée, Pour la garder de Tardeur du soleil.
Le cimetière est un verd boys, Et les murs, hayes et buyssons ; Arbres plantez, ce sont les croix ; De profundis, gayes chansons.
Les amans surprins de frissons • D'amours, et attrapez es laqs.
Devant quelque huys, tristes et las, Près la tumbe d'un trespassé, Chantent souvent le grand helas.
Pour requiescani inpace,
Ovidius, maistre Alain Charretier,
Pétrarque, aussi le Roman de la Rose,
Sont les messelz, bréviaire et psaultier, .
Qu'en ce sainct temple on lit, en rithme et prose ;
Et les leçons que chanter on y ose,
Ce sont rondeaux, ballades vireletz,
Motzà plaisir; rithmes et trioleiz,
Lesquelz Venus apprend à retenir
A un grand tas d'amoureux nouveletz^
Pour mieulx sçavoir dames entretenir.
Autres manières de chansons
Léans on chante à voix contrainctes,
Ayant casses et meschans sons,
Car ce sont crys, pleurs et complaincles.
Les petites chapelles sainctes
Sont chambrettes et cabinetz,
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Ramées, boys et jardinetz, Où Ton se perd quand le verd dure ; Leurs huys sont faictz de bujssonnetz, Et le pavé tout de verdure.
Le benoistier fut faict en un grand plain D'un lac fort loing d'herbes, plantes et fleurs ; Pour eau beneîte estoit de larmes plein, Dont fut nommé le piteux Lac de pleurs; Car les amans dessoubz tristes couleurs Y sont en vain mainte larme espandans. ' Les fruictz d'amours là ne furent pendans ; Tout y secboit tout au long de Tannée : Mais bien est vray qu'il y avoit dedans, Pour aspergez une rose fennée.
Marguerites, lys et œilletz, Passeveloux, roses Aairantes, Romarins, boutons vermeilletz, Lavandes odoriférantes, Toutes autres fleurs apparentes, Jettans odeur tresadoiîlcie, Qui jamais un cueur ne soucie , G'estoit de ce temple l'encens.
Mais il y eust de la soucie :
Yoylà qui me trouble le sens.
^Et si aucun (pour le monde laisser] Veult là dedans se rendre moyne ou prebstre, Tout aultre estât luy convient délaisser. Puis va devant Genius l'archiprebslre.
Et devant tous,* en levant la main dextre, D'estre loyal faict grand vœux et sermentz,
- Sur les autelz couverts de parementz, Qui sont beaux litz à la mode ordinaire, Là où se font d'amours les sacrements De jour et nuict, sans aucun luminaire.
Depuis qu'un homme est là rendu, Soit sage, ou sot, ou peu ydoine.
Sans estre ne raiz ne tondu.
Incontinent on le faict moyne.
Mais quoy ? il n'a pas grand essoine