L£ TEMPLE
A comprendre les sacrifices :
Car d'amourettes les services
Sont faictz en termes si tresclairs,
Que les apprentii'z et novices
En sçaivent plus que les grans clercs.
De requiem les messes sont aulbades,
Cierges rameaux, et sièges la verdure,
Où les amans font rondeaux et ballades.
L'un y est gay, l'autre mal y endure :
L'une mauldict par angoisse tresdure
Le jour auquel elle se maria;
L'autre se plaine L que jaloux mary a,
Et les sainctz motz que l'on dict pour les âmes,.
Comme Pater oxxAve Maria ^
C'est le babil et le caquet des dames.
Processions, ce sont morisques Que font amoureux champions, Les hayes d'Allemaigne frisques, Passe piedz, bransles, tourdions.
Là par grans consolations Un avec une devisoit, Ou pour Evangiles lisoit L'art d'aymer faict d'art poétique ; Et l'autre sa dame baisoit En lieu d'une saincte relique.
En tous endroicts je visite et contemple,
Presques estant de merveille esgaré ;
Car en mes ans ne pease point veoir temple-
Tant cler, tant net, ne tant bien préparé.
De chascun cas fut à peu près paré.
Mais toutesfoys y eust faulte d'un poinct,
Car sur l'autel de paix n'y avoit poinct :
Raison pourquoy ? lousjours Venus la belle,
Et Cupido, de sa darde qui poinct,
A tous humains faict la guerre mortelle.
Joye y est, et deuil remply d'ire Pour un repos, des travaulx dix ; Et brief, je ne sçaurois bien dire Si c'est enfer ou paradis.
Mais par comparaison je dis Que celluy temple est une rose D'espines et ronces enclose, Pebis plaisirs, longues clamours.
Or taschons à trouver la chose Que je cherche au temple d'Amours.
Dedans la nef du triumphant dommaine,
Songeant, resvant, longuement me pourmaine,
Voyant Refuz qui par dures alarmes
Va incitant Tœil des amans à larmes ;
Oyant par tout des cloches les doulx sons
Chanter versetz d'amoureuses leçons ;
Voyant chasser de Gupido les serfz,
L'un à connilz, l'autre à lièvres et cerfz,
Lascher faulcons, lévriers courir au boys,
Corner, souffler en trompes et haultboys :
On crie, on prent, l'un chasse et Vautre happe :
L'un a ja pris, la beste luy eschappe,
Il court après ; l'autre rien n'y pourchasse ;
On ne veit onc un tel déduit de chasse
Comme cestuy. Or tiens je tout pour veu,
Fors celle là dont veulx estre pourveu,
Qui plongé m'a au gouffre de destresse.
C'est de mon caeur la treschere maistresse,
De peu de gens au monde renommée,
Qui Ferme Amour est en terre nommée.
Long temps y a que la cherche et poursuys, Et (qui pis est) en la terre où je suis Je ne voy rien qui me donne asseurance Que son gent corps y face demeurance Et croy qu'en vain je la voys reclamant. Car là dedans je voy un fol amant, Qui va choisir une dame assez pleine De grand'beauté. Mais tant y a qu'à peine Euz contemplé son maintien gracieux.
Que Cupido l'enfant audacieux Tendit son arc, encocha sa sagette, ■ Les yeulz bandez dessus son cueur la jette Si rudement, voyre de façon telle Qu'il y créa une playe mortelle.