SO LE TEMPLE
Et lors Amour le jucha sur sa perche ; Je ne dis pas celle que tant je cherche, Mais une Amour venerique et ardante, Le bon renom des humains retardante, Et dont par tout le mal estimé fruict Plus que de l'autre .en cestuy monde bruyt.
Un' autre Amour fut de moy apperceue, Et croy que fut au temps jadis conceue Par Boreas courant et variable ; Car oncques chose on ne veit si muable, Ne tant légère en courlz et autres partz. Le sien pouvoir par la terre est espars, Ghascun la veult, Tentretient et souhaitte, A la suyvir tout homme se dehaitte.
Que diray plus ? Certes, un tel aymer. C'est Dedalus voletant sur la mer :
Mais tant a bruict, qu'elle va ternissant De Fermeté le nom resplendissant.
Par teP façon au milieu de ma voye Assez et trop ces deux Amours trouvoye : Mais Tune fut lubricque, et estrangere Trop à mon vueil, et l'autre si légère, Qu'au grand besoing on la treuve ennemye. Lors bien pensay que ma loyalle amye Ne cheminoit jamais par les sentiers Là où ces deux cheminoîent voluntiers ; Parquoy concluds en autre part tirer, Et de la nef soubdain me retirer.
Pour rencontrer la dame tant illustre, Celle' de qui jadis le trescler lustre Souloit chasser toute obscure souffrance. Faisant régner Paix divine soubz France : Celle pour vray (sans le blasme d'aucun) Qui de deux cueurs maintesfoys ne faict qu'un ; Celle par qui Christ, qui souffrit moleste. Laissa jadis le hault throsne céleste.
Et habita ceste basse vallée Pour retirer nature maculée De la prison infernale et obscure.
A poursuyvir soubz espoir je prins cure : Jusques au chœur du temple me transporte :
Mon œil s'espart au travers de la porte, Faicte de fleurs et d'arbrisseaux tous verds ; Mais à grand' peine euz je veu à travers. Que hors de moy cheurent piainctes et pb urs, Comme en y ver seiches fueilles et fleurs, Tristesse et dueil de moy furent absens : Mon cueur gamy de liesse je sens.
Car en ce lieu un grand prince je veis, Et une dame exellente de vis, Lesquelz, portans escuz de fleurs royalles, Qu'on nomme lys, et d'hermines ducalles, Vivoient en paix dessoubz celle ramée, Et au milieu Ferme Amour, d'eux aymée. • D'habitz ornée à si grand avantage Qu'oncques Dido, la royne de Carthage, Lors qu'iËneas receut dedans son port, N'cust tel' richesse, honneur, maintien et port. Combien que lors Ferme Amour avec elle De vrays subjects eust petite séquelle. • Lops Bel Acueil m'a le buysson ouvert Du chœur du temple, estant un pré tout verd. Si merciay Cupido par mérites, Et saluay Venus et ses Charités Puis Ferme Amour, après le mien salut, Tel me trouva, que de son gré voulut Me retirer dessoubz ses estandars, Dont je me tins de tous povres souldars Le plus heureux : puis luy comptay comment Pour son amour continuellement J'ay circuy mainte contrée estrange, Et que souvent je Tay pensée estre ange. Ou résider en la court celestine, Dont elle print tressacrée origine.
Puis l'adverty comme en la nef du Temple De Cupido (combien qu'elle soit ample] N'ay sceu trouver sa tresnoble facture : Mais qu'à la fin suis venu d'adventure Dedans le chœur, où est sa mansion.
Parquoy concluds en mon invention, Que Ferme Amour est au cueur esprouvée ; Dire le puie, car je l'y ay trouvée.
LB pRBMiBR commefice en chantant.
Mon cueur est tout endormj,
Resveille moj belle :
Mon cueur est tout endormj,
Resveille le my.
LE SECOND
Hé, compaignon.
LE PREMIER
Hé, mon amy, Comment te va?
LB SECOND
Par le corps bieu (beau sire) Je ne te le daignerois dire Sans t'accoller. Çà ces te eschine :
De Tautre bras que je t'eschine De fine force d'accollades.
LE PREMIER
Et puis ?
LE SECOND
Et puis ?
LE PREMIER
Rondeaux, ballades, Chansons, dizains, propos menus,
( Les pièces II, III et IV furent ajoutées en 1o44,