‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 23 sur 188 · AP ROY · texte numérisé non relu

AP ROY

Auprès du feu bergères accroupies.

Bien est il vray que ce luy estoit peine ; Mais de plaisir elle estoit si fort pleine, Qu'en ce faisant sembloit au bon berger Qu'il arrousoit en son petit verger Quelque jeune ente, ou que teter faisoit L'aigneau qui plus en son parc luy plaisoit ; Et le labeur qu'après moy il mit tant. Certes, c'estoit affin qu'en l'imitant A l'adyenir je chantasse le los De toy (ô Pan), qui augmentas son clos, Qui conservas de ses prez la verdure. Et qui gardas son trouppeau de froidure.

« Pan (disoit il], c'est le dieu triumphant Sur les pasteurs ; c'est celuy (mon enfant) Qui le premier les roseaux pertuysa.

Et d'en former des flustes s'advisa :

Il daigna bien luy mesme peine prendre D'user de l'art que je te veux apprendre. Appren le donc, affin que montz et boys, Rocz et estangs, apreignent soubz ta voix A rechanter le hault nom après toy De ce grand Dieu que tant je ramentoy ; Car c'est celuy par qui foysonnera Ton champ, ta vigne, et qui te donnera Plaisante loge entre sacrez ruisseaux Ëncourtinez de flairans arbrisseaux.

Là d'un costé auras la grand' closture De saulx espez, où pour prendre pasture Mousches à miel la fleur succer iront Et d'un doulx bruit souvent t'enddrmiront, Mesmes allors que ta flust« champestre Par trop chanter lasse sentiras estre.

Puis tost après sur le prochain bosquet Tesveillera la pye en son caquet :

T'esveillera aussi la columbelle, Pour rechanter encores de plus belle. » Ainsi, soingneux de mon bien, me parloit Le bon Janot, et il ne m'en chaloit; Car soucy lors n'avoys en mon courage D'aucun bestail ne d'aucun pasturage.

•CLÉMXirr MAROT. I 3

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