SUR CLEMENT MAROT XI
Marot jugea prudent de se retirer à Nérac, auprès de Marguerite, qui venait de se marier avec Henri d'Albret, roi de Navarre. C'est l'époque présumée de ses amourfe avec cette princesse. Nous avons dit que nous ne pouvons croire à ces amours, sur la fol d'écrivains bénévoles, de biographes à la suite, parmi lesquels nous regrettons de compter Lenglet-Bufresnoy, dont la notice qui ouvre son édition de Tœuvre de Clément Marot n'est pas sans mérite.
Les épitres nous apprennent vaguement que vers cette époque il eut encore des démêlés avec la justice, qu'il essuya une maladie et se maria .-Le nom de sa femme est resté inconnu.
Peu après, accusé de nouveau d'hérésie, Marot dut son salut à la sauvegarde du roi de Navarre et de Marguerite.
Il se décida alors prudemment à ne plus s'occuper ,de religion et à se renfermer tout entier dans la poésie, — serment de poëte, — et il publia en 1532 l'Adolescence Clémentine^ court recueil de ses premières pièces.
En 1533, il accompagna François I®*", qui alla à Marseille conférer avec le pape. En 1535, il était à Blois avec la cour lorsque des placards violents contre la messe furent affichés aux portes des églises de Paris. Plusieurs de ses amis furent arrêtés. Lui-même avait été dénoncé comme calviniste, et l'on saisit à Paris ses livres et ses papiers. Son cas était déféré au Parlement.
L'affaire cette fois sentait le fagot. Il jugea prudent de prendre la fuite, passa par le Béarn,
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où il laissa son fils comme page auprès de Marguerite, traversa les Alpes et se réfugia • à Ferrare, auprès (Je la duchesse Renée de France, qui était dévouée à la nouvelle religion^ Autre malechance, le pape Paul III obligea le duc à chasser Marot, qui partit avec Calvin.
Il se rendit d'abord à Venise, où il vécut misérablement près d'une année, et d'où il s'adressa à François 1^^ pour demander son rappel. Marguerite l'obtint, et il put, en 1536, revenir en France. François P*" lui fit l'accueil le plus flatteur, et il le protégea contre les ennemis poétiques que lui valut sa querelle avec François Sagon, leur chef. Pour ajouter à ses malheurs, notre poëte conçut la malencon- ^ , treuse idée de traduire les Psaumes de David à l'usage des Réformés. Ces médiocres imitations, emphatiques et souvent grotesques, eurent un immense succès. On a peine à croire aujourd'hui qu'elles aient pu exciter tant d'enthousiasme d'un côté, et de l'autre tant de haine et de colère. Les calvinistes les appre- ^ . naient par cœur et les récitaient en public. Plusieurs de ces Psaumes furent mis en musique, et les courtisans, les grandes dames, le roiluimême, les chantaient. Le soir, à la promenade, le Pré aux Clercs retentissait de ces chants hérétiques. Grande alarme des moines, et grandes clameurs. Jean Bouchard, l'inquisiteur de la f(A^
* Ce fils, Michel, le seul connu de ses enfants, est auteur de deux dizains et d'une ode à Marguerite. Sa vie fut probablement courte. Quelques-uns ont dit que Marot TemmeiA avec lui en Italie.