LE DERNIER JOUR DE JUILLET
De mon Coq à l'Asne dernier, Lyon, ce malheureux asnier,
Êpttres LXII à LXV, tirées de divernoB éditions.
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Fol, foUiant, imprudent, indiscret £t moins sçayant qu^un docteur en décret : « Ha, hal dit-il, c^est grand oultraige De parler d'un tel personnaige Que moy 1 En est il un au monde En qui tant de sçavoir abonde? » Et je respons ; « Ouy, ouy vrayement, Et ne fut autre que Clément. »
Le latin, le grec et Thebreux Luy sont langaiges ténébreux :
Mais en françoys de Hurepoix, Les beaulx écus d'or et du poids, Et quelque latin de marmite, Par Nostre Dame, je le quitte.
Pour vray il y est plus sçavant :
C'est raison qu'il voyse devant.
Quand de sa proposition Touchant la fornication, Il vauldroit mieux la trouver bonne.
Qu'y besoigner comme en Sorbonne.
Mais le mocquant ne se contente, Et a dict à ceulx de sa tente, S'il nous peut quelques jours avoir.
Il employra tout son pouvoir Pour nous Étire brusler tous vifz ; De ma part je n'en suis d'avis Et n'y sçaurois prendre plaisir.
Toutesfoys, s'il en a désir.
Quand il sera prest, qu'il me mande, Et si j'y voys que l'on me pende.
Tu dirois, mon amy Lyon, Pour moy quelque Fidelium Ou quelque creux De profnndis Pour me tirer à paradis.
Mais si trouvez qu'il soit ainsi Qu'au partir de ce monde cy Nous soyons saulvez ou damnez, Ne dictes rien, et me donnez Ce petit mot pour epitaphe.
Et que sur mon corps on le graphe :
Cy pend ce fol qui s'est rendu
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A crédit pour estre pendu.
Quant à celluy qui s'est fasché Que me suis à luy attaché, C'est un meschant fol et flatteur, Insigne dissimulateur Et vindicatif à oultrance ; Mais il ne veult que Ton le pense.
Je ne vouldrois de luy mentir, Parquoy ne me puis repentir D'en avoir dit ce qui est vray ; Et s'il me point, je descouvray De plus grans cas qu'il a commis Qu'il ne face plus d'ennemys ; Il en a trop ; qu'il vive bien, Lors seray son amy, combien Qu'il ne l'ait en rien mérité.
Le traistre plein de vanité.
Mais Dieu vueille que l'on oublie Ce que souffrons par sa foUie ; Je suis trop loing pour le luy dire, Qui me contraiuct de le rescrire ; Et s'il dit plus en duplicquant.
Et pareillement quant et quant, .
Que sçavant est. Il est bien pris :
Car encores qu'il soit repris De tous, mesme de sa voysine.
Dont le mary faict bonne mine.
Il n'est possible qu'il s^en garde ; Chase un jour quand il se regarde.
Il est tout certain qu'il se voit.
Je suis despit qu'il n'y pourvoit; Il est bon, entendez icy; J'en suis en merveilleux soucy.
Est ce de luy que j'ay escript?
Nenny non, c'est de l'Antéchrist :
Ce n'est pas luy, et si ne sçay.
Il en a faict son coup d'essay.
Nomme le celuy qui s'en doubte; Par mon vitam je n'y voy goutte.
Est ce point Juda ou Simon?
Non est; cy est; c'est il; c'est mon.
Or me croyez : c'est Barrabas.
Prenez le, metez le là bas.
Quel bruyct, queir pitié, quelle honte !
Voilà ce qu'on nous en raconte.
Venez çà, que je parle à vous :
A ce qu'il vous dit : « Bran pour vous, »
Je le congnois, c'est un grand prestre ;
Vous faillez : il le vouldroit estre,
Pourvu qu'il en eust arraché
Quelque abbaye ou evesché ;
Mais sans bonnet sa teste nue
Est pour la mytre bien menue.
N'en parlez plus ; par Dieu, c'est il ;
Tout ce qu'il sçait n'est que babil ;
Je n'en pourrois plus tant souffrir;
Voycy que je luy veulx offrir :
Luy bailler mon art et ma muse
Pour en user comime j'en use,
En me resignant son ofBce,
Car je sens qu'elle m'est propice.
Faictes, si pouvez, qu'il se renge,
Je suis trèscontent de Teschange.
L'estat est bon pour les affaires
De nous et nos petis confrères.
Si de mon art ne peult chevir,
Voicy dont il pourra servir.
On m'a promis qu'il a renom '
De salpestre et poudre à canon
Avoir muny tout son cerveau
Et les luy mettez en la bouche.
Et puis après que l'on le couche Tout de son long, et en l'oreille Tout doulcement, qu'il ne s'esveille Gettez y pouldre pour l'esmorche.
Et gardez bien qu'il ne s'escorche ; Car d'un homme bien empesché Seroit un regnard escorché ; Et cela faict, qu'on le députe A servir d'une haquebute ; Jamais homme n'en parla mieulx»
Les tampons sortiront des yeulx, Et feront un merveilleux bruyt, Et si la fouldre les conduyt, Hz frapperont deux tout d*un coup ; Cela leur servira beaucoup Pour les despescher de ces guerres.
Dessus, dessus à belles pierres, Dessus ce gros villain marault.
Qui a crié sur nous harault Et nous a chassé du pays !
Nous estions assez esbahiz, Lyon, il t'en peult souvenir, Et n'estoit temps de revenir ; Il falloit chercher seureté.
Du povre Clément arresté Le propos estoit, à Bourdeaulx, Par vingt ou quarante bedeaulx Des seigneurs dudict parlement ; Je dy que je n'estois Clément, Ny Marot, mais un bon Guillaume, Qui pour le proufit du royaume Portois en grande diligence Pacquet et lettre de créance.
Je n'avois encores souppé, Mais si tost que fus eschappé, Je m'en allay un peu plus loing; Par Dieu, il en estoit besoing; Car pour un tel povre souldart Que Marot, qui n'est point pendart, Ne fut faicte si grand' poursuyte.
J'avois chascun jour à ma suyte Gens de pied et gens de cheval ; Mais je fis tant pour mon travail.
Et sur petits chevaulx legiers.
Que me mis hors de tous dangiers, J'entens pourveu que je me tienne Là où je suis en bonne estraine.
Si nous fussions demeurés là, Tel y estoit qui n'en parla Jamais depuis que j'en partis.
Hz ont esté si bien rostis,
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Qu'ils sont tous convertis en cendre.
Or jamais ne vous laissez prendre, S'U ost possible de fouyr, Car après on vous peut ouyr Tout à loysir et sans cholere ; Mais en fureur de tel affaire, Il vault mieux s'excuser d'absence Qu'estre bruslé en sa présence.
Des nouvelles de par deçà :
L'autre jour quand il trespassa.
L'empereur, il n'y estoit pas, Et n'avoit pas passé ]e pas Pour dire qu'il fut trespassé ; Il est bien vray qu'il est passé De l'Italie en la Provence.
Les Françôys crient Vive France, Les Espagnolz Vive l'Empire :
Il n'y a pas pour tous à rire ; Le plus hardy n'est sans terreur.
N'est ce pas un trop grand erreur Pour des biens qui ne sont que terre De mener si horrible guerre?
Les gens d'armes sont furieux, Ghocquans au visage et aux yeux :
Il ne fault qu'une telle lorgne Pour faire un gentilhomme borgne ; Il ne fault qu'un traict d'arbaleste Passant au travers d'une teste Pour estonner un bon cerveau; J'aymerois autant estre un veau Qui va droit à la boucherie Que d'aller à telle tuerie.
C'est assez d'un petit boullet Qui prend un souldart au collet Pour le garder de jamais boire.
Fy, fy de mourir pour la gloire.
Ou pour se faire grand seigneur D'aller mourir au lict d'honneur, D'un gros canon parmy le corps, Qui passe tout oultre dehors 1 Par ma foy, je ne vouldrois point
EPISTRES tkl
Qu^on gastast ainsi mon pourpoinct Et la livrée du capitaine.
Hau, compagnon, prenez renseigne ; Celluy qui la portoit est bas.
Sang bieu ! velà de beaulx esbas, Voylà comment on s'y gouverne.
Dedans une bonne taverne J'oserois entrer hardiment, ' Où Ton ne frappe nullement.
C'est ainsi que Clément devise, Vivant en paix dedans Venise.
QUATBIBMB BPISTRB DU COQ A l'aSNB A LYON JAMBT
Puisque sçais la rébellion.
Je ne t'en mande rien, Lyon ; De quoy diable sert la redicte ?
Or donc la saincte chatemitte, Ainsi que l'on dit par deç^, A fait feu puis un moys en çà :
Quel bruict en ont fait noz prescheurs, Ces grands ordinaires pescheurs ?
Font ilz toujours les gens absoulz Par force d'escus ou de soulz, Dont non pas Dieu, mais l'argent règne ? Qui vouldroit mettre bride et resnè Au grand cheval d'ambition, Point n'y auroit sédition.
En danger que ces gros asniers Soient du lignage des musniers.
Ayant du sac bled et farine Toute couverte leur narine, Ostant la fève du gasteau.
Si en leur vin mettoient de l'eau Ceulx de Sorbonne, enluminez Si rouges n'auroient pas leurs nez ; Et puis la belle doctorie I
Il n'est pas prins Andxj Dorie ; Barbarousse a peur qu'il ne vole.
Laigle ne craint la MirandoUe.
Maint ennemy se rend nostre hoste, Combien que Gennes dans sa coste Gostoye un périlleux fatras ; Gc fut par pierres et plastras Qu'eust espoir d'avoir recompense.
Dam Martin eust crevé sa panse, Et quand les gens on veoit hoster, On recule pour mieulx saulter.
Nanso est routier et trop fin.
Dieu pardoint au Françoys Dauphin. On dict qu'il fut empoisonné, Et qu'il avoit assaisonné La viande. On dict qu'un messere A chanter messe est nécessaire.
Je ne sçay pas comme il entend :
Qui ne luy en donne, il en prend.
Que du grief f^u de sainct Anthoine Soit ars le cardinal Le Moyne, Ennemy des Bazochiens.
Les povres vouldroient estre chiens, J'entens à l'heure qu'on repaist Ribon ribaine. S'il nous plaist, Il fauldra de brief rendre compte ; ' G'est tout un si on se mescompte Si au point on puisse descendre.
Q'on est penault le jour des Gendre, Quand il souvient du mardy gras !
Moindre est le dur travail des bras Que de chanter par les couvents.
Or de chemise les doux vents Desquels l'alaine est si trèsforte Qu'à dampnation elle emporte Maintz mettez de chapes et mytres.
Le fourmaige couvert de mytes Et d'ordure est toujours meilleur, Encores n'est sceu le malheur Qui doit venir de cette guerre :
Monlejan tient il tousjours serre?
J'ay grand' peur qu'il ne soit moisy Avec son compaignon Boisy, Sans le cheval de Pacolet.
Ont ils toujours le bas colet, Monstrans leurs tétasses ridées Noz vieilles mules desbridées, Qui sont par chevaulx bien souvent Fendues du cul jusqu'au devant ?
Et s'il est vray que là s'avance Le vieil vidase de Provence, Vrayment, ils sont bien eschancrées Nos poupine ttes tant sucrées, Et le mary autour furonne. On nous dit que dedans Peronne Florenge a fait et feu et raige :
Tellement que d'un grand couraige Sont devenus les Percherons Expers fourreurs de mancherons.
Les Alemans font la devise ; Selon le poix bransle Venise ; L'Angloys entend bien la raison.
Les gouttes viennent en «aison Quand la vérole a faict son cours.
Si de la lune le descours Tenoit an soleil le party, Nos astrologues auroient menty, Car il n'e»t pas presse dans Nyce.
Il tranche ^du bigot et nyce Ce punais lecteur Bustarin.
Le Grand Turc et chef tartarin N'est pas homme de grand' colère.
Les mers sont par la grand' galère De leurs cours discontinuez ; Mais il est cheut tant de nuez Que demandoient les allouettes.
Il ne fut onc tant de chouettes, Et nuict et jour peuvent voiler.
La roue deffend de voiler Qui n'aura au costé des aisles.
Et puis, comment ! les damoiselles Fardent leurs bas comme leur trongne 1
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Au diamant n^a point de rongne, Car c'est une pierre trop vive, Quelque chose que les gens die.
N'est-ce pas toujours leurs devis?
Les Suisses sont de cest avis, Et du vendredy ilz ont peur.
Minos pourroit estre trompeur, Comme Eacus et Rhadamas
Ne laisse point là le noyeau
Qui est plus cher que le hoyeau,
La pelle, la hotte ou les picz.
Gardez les attaignans aspicz.
Qui pour rhyver sont ja fourrez.
Prelatz seront bien rembourrez
Si Germanie a un concile :
On dict qu'il est creu en- Cécile,
L'esprit droict comme une lignole.
L'amiral debvoit prendre Dole,
Qui est en la Franche Comté
Et Ghamberry est révolté.
De nuict au soir se faict la brigue.
Avec une petite ligue
La balene sera tost prinse.
Aussi de peur d'estre reprinae
L'accouchée des quatre livres
S'en est fuye aux champs à délivres.
Car quand le Roy est en courroux,
Il n'espargne blanc, noir ne roux.
On ente en carré le rouveau.
Encor le financier nouveau
Tiendra la langue, non large S.
Aussi celluy qui croit largesse
Estre en aucuns est bien jenin,
Sinon au sexe féminin.
Par fault Toile Jésus est mort
Vendredy, dont Pilate mort
Ses lèvres, mais il n'est pas temps.
Sainct Jehan, ainsi comme j'entendz,
Il .y en eut bien d'endossez.
Il n'est œuvres que de fossez
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Dont reparée est Babylonne.
Si vivante estoit Maguelonne, Il seroit vray comme Evangile.
Le Grec, ainsi que dict Virgile, Nomme Avernon le trou d'Enfer.
Et Ton en voit plusieurs danser Sans son tabour, fleute et chanson.
C'est un travaillant eschanson.
Le Roy luy en est fort tenu, Qui d'avarice est fort chenu, Et qui n'aura les couillons chaux Des cantarides et artichaux.
Et la mignonette d'entrée.
Ils sont de chaude rencontrée Bigots, cagots, godz et magodz, Fagotz, escargotz et margotz.
Parbieu, ce n'est que tous haras, Joinct Hesdin et après Arras.
On aura à vil prix la serge, J'entens que le bagage on charge Pour en Haynault venir charger.
En eau basse on ne peut nager, C'est pourquoy fault trouver deniers.
Il ne sera pas des derpiers Le marquis nouveau delivray.
Sire, tandis que je vivray, M'employeray en vostre service, Car si le fruict du bénéfice Tomboit en la main des marchands.
Et gens de bien et les meschans Ont tout gaigné à la guérite.
Dieu gard la franche Marguerite, Fleur de blanc lis inséparable 1 C'est un grand mal irréparable Que mettre tant d'ames en danger.
On s'enniiye d'un pain à manger ; A Venize je fais prouesse.
Il ne vault rien qui n'a richesse ; Un flateur y est bien venu, Qui est meschant est retenu.
Il est en bruict que Triboulet
fSSÈ EPISTRES
Fy de nourrice sans du laict.
Oui sçait mentir est en crédit.
Erasme est mort, et Ton me dict Qu^on loue tousjours des gigoteaux.
Adieu jusques aux blancs manteaux.
A M. PBLISSON, PRBSIDBNT DB SAVOYB
Excuse, las I Président trèsinsigne L'escrit de cil qui du fait est indigne : Indigne est bien quand il veult approucher L^honneur de cil qu'bomme ne deust toucher. Seroit ce point pour ton honneur blasmer, Et, le blasmant, du tout le déprimer?
Certes, nenny. Car tout homme vivant Ne peut aller ton honneur dénigrant.
C'est toy qui es le chef et capitaine De tous espritz (la chose est bien certaine). Un Ciceron quant à Part d'éloquence.
Pour d'un chascun prendre benivolence ; Un Salomon en jugemens parfaits, Plein de divins et de tous humains faits ; Un vray Cresus en biens et opulence. Humble d'autant, et remply de clémence ; Un où le roy s'est du tout reposé Pour le pays qu'en main luy a posé Régir du tout, aussi le gouverner, Droit exercer, et le tout dominer.
Brief, si j'avois des langues plus de cent, Et d'ApoUo le sçavoir tant décent, Je ne pourrois encor bien satisfaire A déclarer l'honneur qu'on te deust faire. Doncques de moy, qui suis infirme et bas. Comment pourras appaiser les débats?
Comment seront mes esperits délivres Pour en ton nom publier quelques livres? Car mes escrits n'ont mérita sans faulte De parvenir à personne si haulte.
Quoi qu'il en soit, la douceur des neuf Muses, Qui en toy sont divinement infuses, M'ont donné cueur, évitant pour un poinct Prolixité, dire ce qui me poinct.
Las ! cher seigneur, depuis trois mois en ça, De France ay prins mon chemin par deçà Pour voltiger et voir nouveaulx pays.
Mais à la fin mes sens tout esbahiz Si ont esté, et mesmes quand ma plume De son plein vol a perdu la coustume.
Je pensois bien trouver le cas semblable Gomme à Paris ; mais mon cas estoit fable, Ainsi que voy, car icy la pratique M'a bien monstre qu'elle estoit fort éthique. Et serois mis quasy en desespoir.
Si ce n'estoit que j'ay un ferme espoir Que médecin seras en cest endroit, Quand un boiteux i\\ feras aller droit Par recipez, en me disant ainsi :
« Pourveu tu es : ne te bouges d'icy. »
Si te supply, cher seigneur, qu'il te plaise D'ouïr mes ditz, les lisant à ton ayse : Et me pourveoir de trois mots seulement. Qui me pourront donner allégement. En ce faisant ma plume s'enflera.
Et mon voler du tout s'augmentera.
Pour du vouloir, aussi de la puissance. Faire devoir et deue obéissance.
Tant en quatrains, dixains, rondeaux, ballades, A cil qui rend la santé aux malades.
Te suppliant de recevoir en gré L'escrit de cil qui n'a cy nul degré.
Et qui toujours demourra despourveu, Si de par toy en cela n'est pourveu.