SUR CLEMENT HAROT XV
fine où il vécut. Il est vrai que, dans ses vers, les inversions tournent quelquefois au tortillement de la phrase pour amener la rime, et qu'il lui arrive de se donner la puérile satisfaction du jeu de mots et môme de ces ^roverhes énigmatiques dont quelques-uns paraissent indéchiffrables aujourd'hui ; mais on n'a peut-être pas assez apprécié les profits que la langue française, alors si peu fixée et si indécise, put tirer de sa diction claire et mesurée. Il n'existait encore ni orthographe ni syntaxe ; point de dictionnaire ni de grammaire pour faire cesser cette incohérence et cette confusion^ Marot se préoccupa de cette absence de règle dans l'épigramme LXXVII, A ses disciples, et si sa langue a de ces nombreuses irrégularités qui, du reste i ne choquaient nullement ses contemporains, elle marqua du moins la voie du progrès aux écrivains qui le prirent pour modèle. « L'idiome de Marot, dit M. Geruzez, s'est maintenu à l'état de langue spéciale, et il n'y en a pas qui la vaille pour l'épigramme, la ballade et le rondeau. » En somme, Marot fut un maître... dans les genres secondaires, on dirait aujourd'hui un habile artiste. Le rondeau, le madrigal, Tépigramme surtout,
* On sait bien que deux dictionnaires parurent du vivant de Clément Marot. Le premier «st le Dictionnaire po^glotte d'Ambr. Calepino, publié en 1502, plusieurs fois refondu et augmenté depuis. Mais son auteur n'avait pris aucun souci particulier de l'orthographe des mots de la langue française. Le second, de 1531, est un dictionnaire latin, Thésaurus linguce latinœ^ de Robert Estienne.