CHANT ROYAL CHRESTIEN
Qui ayme Dieu, son règne et son empire Rien désirer ne doibt qu'à son honneur ; Et toutesfoys l'homme tousjours aspire A son bien propre, à son aise et bon heur. Sans adviser si point contemne ou blesse En ses désirs la divine noblesse.
La plus grand' part appete grand avoir; La moindre part souhaite grand sçavoir ; L'autre désire estre exempté de blasme, Et l'autre quiert (voulant mieulx se pourvoir) Santé au corps et paradis à l'ame.
Ces deux souhaitz contraires on peult dire Comme la blanche et la noire couleur ; Car Jesuchrist ne promet par son dire Ça bas aux siens qu'ennuy, peine et douleur. Et d'autre part (respondez moy), qui est ce. Qui sans mourir aux cieulx aura liesse ? Nul, pour cerlain. Or faut il concevoir Que mort ne peult si bien nous décevoir Que de douleur ne sentions quelque dragme. Par ainsi semble impossible d'avoir Santé au corps et paradis à l'ame
Doulce santé mainte amertume attire,
Et peine au corps est à l'ame doulceur.
Les bienheurez qui ont souffert martyre
De ce nous font tesmoingnage tout seur.
Et si l'homme est quelque temps sans destressc
Sa propre chair sera de luy maistresse,
Et destruira son ame (à dire voir)
Si quelque ennuy ne vient ramentevoir
Le povre humain d'invoquer Dieu, qui Tame,
En luy disant : « Homme, penses tu veoir
Santé au corps et paradis à l'ame? »
0 doncques, homme en qui santé empire,
Croy que ton mal d'un plus grand est vainqueur;
Si tu sentois de tous les maulx le pire,
Tu sentirois enfer dedans ton cueur.
Mais Dieu tout bon sentir (sans plus) te laisse
Tes petits maulx, sçacliant que ta foiblesse
Ne pourroit pas ton grand mal percevoir,
Et que aussi tost que de l'apercevoir
Tu periroys comme paille en la flamme,
Sans nul espoir de jamais recevoir
Santé au corps et paradis à Famé.
Certes, plustost un bon père désire Son filz blessé que meurdrier oujureur; Mesmes de verge il le blesse et descire, Aflin qu'il n'entre en si lourde fureur. Aussi quand Dieu, père céleste, oppresse Ses chers enfans, sa grand" bonté expresse Faict lors sur eulx eau de grâce pleuvoir. Par telle peine à leur bien veult prévoir, A ce qu'enfin enfer ne les enflamme, Leur reservant (oultre l'humain devoir) Santé au corps et paradis à l'ame.
Prince royal, quand Dieu par son povoir Fera les cieulx et la terre mouvoir, Et que les corps sortiront de la lame. Nous aurons lors ce bien, c'est à sçavoir, Santé au corps et paradis à Famé.