‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 137 sur 234 · DE CEULX QUI ALLOIENT SUR MULLE · texte numérisé non relu

DE CEULX QUI ALLOIENT SUR MULLE

AU CAMP D'aTTIGNY

(loil)

Aux champs, aux champs, braves, qu'on ne vous trousse !

Prenez harnoys, l'arc, la flèche et la trousse

Pour vous deffendre en Haynault ou Milan,

Et gardez bien d'y empongner mal an.

Car le drap d'or bien peu sert quand on poulse.

Raison pourquoy? On se y bat et courrousse Plus qu'à chasser à quelque beste rousse, Ou à voiler la pye ou le millan Aux champs.

En cestuy camp, où la guerre est si doulce. Allez sur mulle avecques une housse, Aussi tousez qu'un moyne ou capellen; Mais vous vouldriez estre en Hierusalem Quand ce viendra à donner la secousse Aux champs.

Au départir de la ville de Reims, Faulte d'argent me rend foible de reins,

Roy des François, voire de telle sorte

Que ne sçay pas comme d'icy je sorte,

Car mon cheval tient mieulx que par les creins.

Puis rhoste est rude et plein de gros refrains : Je y laisseray mors, Tjossetles et frains, Ce m'a il dit, ou le diable l'emporte, Au départir.

Si vous supply. Prince que j"ayme et crains, Faictes miracle : avecques aucuns grains Ressuscitez ceste personne morte, Ou autrement demourray à la porte Avec plusieurs qui sont à ce contrainctz Au départir.

d'un lieu de plaisance

Plus bean que fort ce lieu je puis juger, Parquoy le veulx non pas comparager A Ilion, non à Troye la grande, Mais bien au val tapissé de lavande Où s'endormit Paris, jeune berger.

En ce beau lieu Dyane vient loger; Ne vueillez donc sur luy faulte songer Car il est tel comme elle le demande, Plus beau que fort.

Maintz ennemys le viennent assiéger Dont le plus rude est le serein legier, L'autre le geay, la passe, la callande; Ainsi la dame (à qui me recommande) S'esbat à veoir la guerre en son verger Plus beau que fort.

d'aucunes nonnains

Hors du convent l'autrehyer soubz la couldrelte

Je rencontray mainte nonne proprette,

Suyvant Fabbesse en grand' dévotion;

Si cours après, et par affection

Vins aborder la plus jeune et tendretle.

Je Taraisonne, elle plainct et regrette, Dont je congneus (certes] que la povrctte Eust bien voulu autre vacation Hors du convent.

Toutes avoient soubz vesture secrette Un tainct vermeil, une mine saffrette.

Sans point avoir d'amour fruition.

Hal (dis je lors) quelle perdition Se faict icy de ce dont jay souffrettc. Hors du convent.

d'alliance de pensée

Un mardy gras, que tristesse est chassée, M'advint par heur d'amytié pourchassée Une pensée excellente et loyale:

Quand je dirois digne d'estre royale, Par moy seroil à bon droict exaulcée ;

Car de rithmer ma plume dispensée (Sans me louer) peult louer la pensée, Qui me survint dansant en une sale Un mardy gras.

C'est celle qu'ay d'alliance pressée Par ces attraicts; laquelle à voix baissée M'a dit : « Je suis ta pensée féale.

Et toy la mienne, à mon gré, cordiale. » Nostre alliance ainsi fut commencée Un mardy gras.

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DE SA GRANDE AMYE (lo2o)

Dedans Paris, ville jolie, Un jour, passant mélancolie, Je prins alliance nouvelle A la plus gave damoyselle Qui soit d'icy en Italie.

D'honnesteté elle est saisie, Et croy i selon ma fantasie) Qu'il n'en est gueres de plus belle Dedans Paris.

Je ne la vous nommeray mye, Sinon que c'est ma grand'amye; Car l'alliance se feit telle Par un doulx baiser que j'eus d'elle, Sans penser aucune infamie, Dedans Paris.

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