‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 158 sur 234 · CHANSON PREMIERE · texte numérisé non relu

CHANSON PREMIERE

Plaisir ii'ay plus, mais vy en desconfort ; Fortune m'a remis 'en grand'douleur.

L'heur que j'avois est tourné en malheur, Mal heureux est qui n'a aucun confort.

Fort suis dolent, et regret me remord ; Mort m"a osté ma dame de valeur ; L'heur que j'avois est tourné en malheur : Mal heureux est qui n'a aucun confort.

Valoir ne puis, en ce monde suis mort; Morle est m"amour, dont suis en grand' langueur, Langoureux suis, plein d'amere liqueur:

Le cueur me part pour sa dolente mort.

Secourez moy, ma Dame par amours, Ou autrement la Mort me vient quérir : Autre que vous ne peult donner secours A mon las cueur, lequel s'en va mourir, llelas, helas ! vueillez donc secourir Celuy qui vyt pour vous en grand' destresse, Car do son cuoar vous estes la maistresse.

Si par aymer et souffrir nuictz et jours L'amy dessert ce qu'il vient requérir, Dictes pourquoy faictes si longz séjours A me donner ce que tant veulx chérir ? O noble cueur, laisserez vous périr Vostre servant par faulte de liesse ?

Je croy qu'en vous n'a point tant de rudesse.

Vostre rigueur me feit plusieurs deslours Quand au premier je vous vins requérir; Mais Bel Acueil m'a faict d'assez bons tours En me laissant maintz baisers conquérir. Las ! voz baisers ne me sçaivent guérir, Mais vont croissant Tardent feu qui me presse : Jouyssance est ma médecine expresse.

CHANSON m

Dieu gard ma Maistrcsse et régente, Gente de corps et de façon.

Son cueur lient le mien en sa tente Tant et plus d'un ardant frisson.

S'on m'oyt poulser sur ma chanson Son de lucz ou harpes doulceltes, C'est espoir qui sans marrisson Songer me faict en amourettes.

La blanche colombelle belle Souvent je voys priant criant :

Mais dessoubz la cordelle d'elle Me jecte un œil friant, riant, Eln me consonimant et sommant A douleur qui ma face efface, Dont suis le reclamant amant Qui pour l'oultrepasse trespasse.

Dieu des amans, de mort me garde.

Me gardant donne moy bonheur, Et me le donnant prens ta darde, En la prenant navre son cueur :

En le navrant me tiendras seur.

En seurté suyvray l'accointancc ; En l'accointant, ton serviteur En servant aura jouyssance.

Jouyssance vous donneray.

Mon amv, et si meneray

A bonne fin vostre espérance ; Vivante ne vous laisseray, Encores, quand morte seray, L'esprit en aura souvenance.

Si pour moy avez du soucy,

Pour vous n'en ay pas moins aussi,

Amour le vous doit faire entendre ;

Mais s'il vous grève d'estre ainsi,

Appaisez vostre cueur transy :

Tout vient à poinct qui peult attendre.

(lo:!5)

J'attends secours de ma seule pensée :

Jattends le jour que l'on m'esconduira Ou que du tout la belle me dira :

«i Aray, t'amour sera récompensée. »

Mon alliance est fort bien commencée,

Mais je ne sçay comment il en ira ;

Car s'elle veult ma vie périra,

Quoy qu'en amour s'attend d'estre avancée.

Si j'ay refuz, vienne Mort insensée, A sou plaisir de mon cueur jouyra ; Si j'ay mercy, adonc s'esjouyra Geluy qui point n'a sa Dame offensée.

.\mour et Mort m'ont faict oultrapre :

Amour me retient en servage, Et Mort, pour accroistre ce dueil.

A prins celuy loing de mon œil Qui de près navre mon courage.

Helas ! Amour, tel personnage Te servoit en fleur de son aage, Mais tu es ingrat à mon vueil, De soutTrir guerre et son orgueil Tuer ceiilx qui t'ont faict hommage.

CHANSONS 'l'in

Si c'est à mon cueur advantago De ce que son noble corsage Gist envers, loing de mon acueil ; Car si j'avois veu son sercaeil, Ma grand' douleur deviendroit rage.

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