BON ESPOIR
Va t'en ailleurs, faulse vieille dolente. Grande ennemye à fortune et bon heur, Sans fourvoyer par ta parolle lente Ce povre humain hors de la voye d'honneur. Et toy, amy, croy moy, car guerdonneur Je te seray, si craintif ne te sens ; Croy donc Mercure, employé tes cinq sens, Cueur et esprit et fantasie toute, A composer nouveaulx motz et recens, En deschassant Crainte, Soucy et Doubte.
Car celle là vers qui tu as entente, De t'addresser est pleine de liqueur D'humilité, ceste vertu patente De qui jamais vice ne fut vainqueur.
Et oultre plus, c'est la dame de cueur Mieulx excusant les esperits et sens Des escrivains, tant soient ilz innocens, Et qui plus tost leurs misères déboule. Si te supply, à mon vueil condescens, En deschassant Crainte, Soucy et Doubte.
Est il possible, en vertu excellente, Qa'un corps tout seul puisse estre possesseur De trois beaulx dons, de Juno l'opulence, Pallas, Venus ? Ouy, car je suis seur Qu'elle a prudence, avoir, beauté, doulceur, Et de vertus encor plus de cinq cens, Parquoy, amy, si tes dictz sont decens, Tu congnoistras (et de ce ne te doubte) A quel honneur viennent adolescens En deschassant Crainte, Soucy et Doubte.