AUX DAMES DE PARIS
EXCUSES d'avoir faict aucuns adieux
SUSCRIPTION
Clément Marot aux gentilz vcaulx Qui ont faicl les Adieux nouveaulx.
Satyriques trop envieux, Escrivans de plume lézarde, Vous avez faict de beaux Adieux :
Le feu sainct Antoine les arde 1 Puis vostre langue se bazarde De semer que je les ay faictz ; Ainsi le coupable se garde, Et l'innocent porte le faix.
Si mentez vous bien par la gorge :
Sur dame? ne suis animé,
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Et ne sortit onc de ma gorge
Un ouvrage si mal lymé ;
Et ne sera mien estimé
Par ceulx qui congnoissent ma veine
Brief, il est un peu mal riihmé,
Maià la raison en est bien vaine.
Et en cela plus sotz que fins Vous vous monstrez apperiement ; Car pour bien venir à vos fins .
Besongner falloit autrement. Si parlé eussiez seulement De six, qui hayne m'ont voué, On vous eust creu facilement, Et j'eusse le tout advoué.
Mais un chascun juger peult bien Que parler ne vouidrois des femmes Qui ne m'ont offensé en rien Et qui n'eurent jamais diffames.
Et puis vous y meslez les dames, Qui sçaivent que suis leur servant ; C'est trèsmal entendu voz games Pour mettre vos cliantz en avant.
Bien ne mal n'ay voulu escrire De tant honnestes damoyselles, Et quand d'elles vouldroys rien dire, Je ne feroys point faulx libelles :
Plustost leurs louenges tresbelles Diroys en mon petit sçavoir.
Pour acquérir la grâce d'elles, Que chascun mect peine d'avoir.
Dames où n'y a que reprendre.
Et qui tenez l'honneur trèscner, A moy ne vous en veuillez prendre :
Oncques ne pensay d'y toucher.
Veuillez vous donques attacher Aux meschans et sotz blasonneurs.
Qui n'ont sceu comment me fascher Sinon en touchant voz honneurs.
De tigne espesse de six doits, D'un œil hors du chef arraché.
De membres aussi secz que boys.
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D'un nez de fins clous attaché,
De tout cela soit entaché
Qui t^lz beaulx Adieux a faict naistre :
Quand il sera ainsi merché,
Il sera aysé à congnoistre.
AUX DAMES DE PARIS QUI NE VOULOIENT PRENDRE LES PREGEDENTBS EXCUSES EN PAYEMENT
Puisqu'au partir de Paris ce grand lieu On vous a dict trop rudement adieu, Dire vous veulx, maulgré chascun langard, A rarriver doulcement Dieu vous gard.
Dieu vous gard donc, mes Dames tant poupines. Qui vous faict mal? Trouvez vous des espines, En ces Adieux ? Ces beaux rethoriqueurs Ont ilz au vif touché voz petis cueurs ? Croyez de vray que le grand Lucifer S'en chautfera un jour en son enfer ; Car ce n'est point jeu de pelis enfans, D'ainsi toucher voz honneurs triumphans.
Or, puis qu'advient que ce mal vous avez, Guérissez vous, si guérir vous savez ; Quant est de moy, je ne scay médecine, Emplastre, unguent, ny herbe ne racine Qui sceust au vray l'aigreur diminuer De vostre mal, qui veult continuer ; Mais je sçay bien comme il ne croistra point, Et ne poindra par moy non plus qu'il poinct. Tant seulement fault que plus ne croyez, Qu'il vient de moy ; car certaines soyez Que si ma plume endroit vous se courrousse. Il n'y aura blanche, noire ny rousse Qui bien ne sente augmenter son angoisse, Et qui au doigt et à l'œil ne congnoisse Combien mieulx picque un poëte de roy
Oue les rithmeurs qui ont faict le desroy.
Non que ce soit de picquer ma coustume.
Mais il n'est boys si vert qui ne s'allume,
Tant plus me suis par escript excusé,
Tant plus m'avez de parolle accusé,
Usant en moy de menasses follettes ;
Puis, quand sentez voz puissances foyblettes,
Allez querant aux hommes allégeance,
En leur chantant : « Faictes m'en la vengeance. »
0 foyble gent, qui ne se peult (en somme) D'homme venger sinon par secours d'homme ! Bon est l'ouvrier qai ne teit pas égale Vostre puissance à la volunté maie, Puis qu'en tout cas et en toute saison V'ostre appétit surmonte la raison.
Ces mots ne vont jusques aux vertueuses ; Mais dictes moy, vous autres bien fascheuses : Quand des Adieux j'eusse avoué l'affaire Sans m'excuser, qu'eussiez vous sceu pis faire ? Vous me tenez termes plus rigoureux Que le drappier au berger douloureux.
Si n'est il loup, louve ne louveton.
Tigre, n'aspic ne serpent ne luthon, Qui jamais eust sur moy la dent boutée. Si mon excuse il eust bien escoutée.
Avez vous donc les cueurs moins damoyseaux Qu'aspicz ne loups, et telz gentilz 03'seaulx ? Je croy que non : par tout avez louenges D'humble parler et de visages d'anges, Et de ma part me semblent voz façons Sucre en doulceur, et en froideur glaçons. Si trompé suis, je dy que la couleuvre En voz jardins soubz doulces fleurs se cueuvre.
Certes je croy que vous cuydez sans faincte Que j'ay basty mes excuses par crainte. Bien peu s'en fault que ne dye en mes vers Propos de vous qui monstre le revers.
Ma muse ardante autre chose ne quiert, I/encre le veult, ma plume m'en requiert, Et je leur dy que rien de vous ne sçay : Mais Dieu vous gard que j'en face l'essay.
N'ay je passé ma jeunesse abusée Autour de vous, laquelle j'eusse usée En meilleur lieu (peult astre en pire aussi) ? Rien ne diray, n'ayez aucun soucy, Et si en sçay bien, je Tose assurer.
Pour faire rire et pour faire pleurer.
Mais que vauldroit d'en travailler mes doigta Sur le papier? Mores, Turcz et Medoys Sçavenl vos cas; la terre n'est semée Sinon du grain de vostre renommée.
Brief, pour escrire y a bien d'autres choses Dedans Paris trop longuement encloses.
Tant de broillis qu'en justice on tolère, Je l'escrirois, mais je crains la cholere; L'oysivelé des prebstres et cagotz.
Je la dirois, mais gare les fagotz!
Et des abuz dont l'Église est fourrée.
J'en parlerois, mais gare la bourrée!
De tout cela et de vous me tairoye, Et en chemin plus beau me retrairoye, Quand me viendroit d'escrire le désir.
Je blasmeroys Guerre, qui faict gésir Journellement par terre en grand' oultrance Les vieulx souldars, et les jeunes, de France.
Ou empliroys la mienne blanche charte Du bien de Paix, la priant qu'elle parle Du hault du ciel pour venir visiter Princes chrestiens, et entre eulx habiter.
Ou diroys loz méritoire de ceulx Qui bien servans n'ont esprit paresseux A la chercher, tachans (comme loyaulx) Tirer deçà les deux enfans royaulx.
Ou parleroys (usant du plus hault style) De maint conflit cruel, dur et hostile. Où l'on a veu charger, et presses fendre, Nostre bon roy, pour vous autres defîendre, Ce temps pendant que preniez vos deliclz (Sans nul danger) en voz chambres et lictz.
Ou compteroys de luy maint grand orage De grand fortune, et son plus grand courage, Qui soubz le faix n'a esté veu ployer.
Voyla les poinclz où vouldrois m'employer, Sans m'amuser à rithmer vos Adieux; Et faictes moy mines de groing ei d'yeulx Tant que vouldrez : oncques ne prins visée Pour vous lasolier un seul traicl de risée, Et m'en croyez ; mais les langues qui sonnent Comme un cliquet tousjours le bruyt me donnent De tous escripts, tant soient lourdement faicts : Ainsi soutiens des asnes tout le faix.
Or estes vous dedans Paris six femmes Qui un escript tout farcy de diffames M'avez tr insmis, et quand aucun se boute A Tescouler, luy semble qu'il escoute En plein marché six ordes harangeres Jecter le feu de leurs langues légères Contre quelc'un : « Va, vilain farcereau, Marault, belistre, yvrongne, maquereau, » Comme une pie en cage injurieuse.
En vostre epistre aussi tant furieuse M'avez reprins que je veulx faire bragues Dessus l'amour sans chaînes et sans bagues : Ha (dy je lors) il fault que chascun cr^ye Qu'à lout oyseau il souvient de sa proye. Vos grans faulcons, qui furent faulconneaux, Voilent tousjours pour chaînes et anneaux.
Puis vous touchez et les mortz et les vifz. Respondez moy : Pourquoy en vos devis Blasmez vous tant feu mon père honnoré, Qui vostre sexe a tant bien décoré Au livre dict des Dames l'Advocate?
J'estimerois la recompense ingrate Si pour vous six eust travaillé sa teste ; Mais il parla de toute femme honneste.
Non que sur vous je treuve que redire, Ainçoys chascun vous doit nommer, et dire Avant la mort les six canonisées, Ou (pour le moins) les six chanoinisées.
Quant au resveur qui pour telz vieux registres Print tant de peine à faire des Epistres Encontre moy, pour tous les menuz droicts De son labeur, seulement je vouldroys
QuMl eust couvert de von s six la plus saine : Il auroit beau se laver d'eau de Seine Après le cyup. Ha! le vil blasonneur!
C'est luy qui feit sur les dames d'honneur Tous les Adieux, et vous six l'en priastes, Puis dessus raoy le grand haro criastes. Sachans de vray que pour vous seulement On n'eust crié dessus moy nullement.
Et de bon heur prinstes un secrétaire Propre pour vous. Onques ne se sceut taire De composer en injure et meschance :
Je le congnoys. Or prenons autre chance. Je suis d'advis que veniez appoinctant : Quant au courroux, en moy n'en a point tant Que pour le bien de vous six je ne veille; Et qu'ainsi soit, en amy vous conseille Que désormais vostre bec teniez coy; Car vostre honneur ressemble un ne sçay quoy, Lequel tant plus on le va remuant.
Moins il sent bon, et tant plus est puant.
Et quand orrez ces miens presens alarmes. Ayez bon cueur, et contenez vos larmes Que vous avez pour les Adieux rendues.
Lasl mieulx vauldroit les avoir espandues Dessus les piedz de Christ, les essuyans De voz cheveulx, et vos péchez fuyans, Par repentance, avecques Magdalaine.
Qu'attendez vous? Quand on est hors d'alaine. La force fault. Quand vous serez hors d'aage, Et que voz nerfz sembleront un cordage, Plus de voz yeulx larmoyer ne pourrez.
Car sans humeur seiches vous demourrez; Et quand voz yeulx pourroient pleurer encores, Où prendrez vous les cheveulx qu'avez ores. Pour essuyer les piedz du Roy des cieulxl Croyez qu'à tel mystère précieux Ne serez lors du bon ange appelh'es, Pource que trop serez vieilles pellées : Desja vous prend icelle maladie.
Vous voulez faire, et ne voulez qu'on die. Cessez, cessez toutes occasion?,
CLEME.NT MAnOT, I.
Si prendront fin toutes dérisions,
C'est le droict poiuct pour clorre les passages
Aux mal disans. Et vous autres bien sages,
Qui des Adieux ne feustes point touchées,
Et vous aussi, que Ton y a coucliées
Et qui pourtant conte n'en feistes mye,
Nulle de vous ne me soit ennemye.
Je vous supply, pour telles bourgeoisettes,
Qui vont cherchant des noises pour noisettes.
On voit assez que vous estes entières, De n'avoir prins à cueur telles matières. Aussi n'est il blason, tant soit infâme. Qui sceust changer le bruyt d'honneste femme; Et n'est blason, tant soit plein de louenge , Qui le renom de folle femme change.
On a beau dire une columbe est noire, U]i corbeau blanc : pour Favoir dit fault croire Que la columbe en rien ne noircira^ Et le corbeau de rien ne blanchira.
Certainement, les vertuz qui s'espendent Dessus vos cueurs si fort vostre me rendent. Que pour l'amour de vous n'eusse jamais Contre elles faict ceste présente; mais Tant m'ont pressé d'escrire, et me contraingnent Qu'il semble au vray que plaisir elles preignent En mes propos; et ont bien ce credict. Que si je n'ay assez à leur gré dict, Je leur feray un livre de leurs gestes, Intitulé : Les six vieilles Digestes.
Et si n'auray de matière default :
J'en ay encor plus qu'il ne leur en fault. Mais pour ccsle heure elles prendront en gré, Car au propos où elles m'ont ancré Yeulx mettre Ah, et avant que l'y mettre, Vostre Clément vous prie en ceste lettre, Dames d'honneur, que ces femmes notées Soient désormais d'autour de vous ostées. Ne plus ne moins qu'on oste maulvaise herbe D'avec l'espy dont on faict bonne gerbe; Vous advisant que trop plus sont nuysanles A vos honneurs que les rithmes cuysantes
Des sotz Adieux; et toutesfoys, aftin Que mon escript ne les fasclie à la fin, Je leur voys dire un adieu sans rancune.
Adieu les six qui n'en valez pas une ; Adieu les six qui en valez bien cent.
Qui ne vous veoit, de bien loing on vous sent.
A LA ROYXE ELEONOR A SON ARRIVEE d'eSPAIGNE AVEC MESSIEURS LES ENFANS
Puis que les champs, les montz et les vallées, Les fleuves doulx et les undes sallées Te font honneur à la venue tienne, Princesse illustre et Royne treschrestiennc : Puis que clerons et bombardes tonnantes, Chantres, oyseaulx, de leurs voix resonnantes. Tous à Tenvy maintenant te saluent, Feray je mal si de ma plume fluent Vers mesurez pour saluer aussi Ta grand' haulteur, qui rompt nostre soucy? Certes, le son de ma lettre n'a garde D'estre si dur comme d'une bombarde.
Et si n'est point mortel en terre comme Voix de clairons, ou d'oyselet, ou d"homme; Parquoy je croy que de toy sera pris Autant à gré. Donques, Perle de prix.
Par qui nous est tant de joye advenue, Tu sois la bien (et mieulx que bien) venue. Pourquoy as faict si longue demeurée?
Certainement, ta venue honnorée De tarder tant tous languir nous faisoit; Mais bien sçavons que trop t'en desplaisoit.
N'est ce pas toy qui du Pvoy fut espriuse Sans l'avoir veu, mesmes après sa prinse, Où tellement aux armes laboura Que, le corps pris, l'honneur luy demoura?
N'est ce pas toy qui sentis plus fort croistre
L'amour en toy, quand tu vins à congnoistre
Et veoir son port, forme, sens et beauté,
Qui ne sent rien que toute royauté ?
M'est ce pas toy qui songeoys nuyct et jour
A le remettre en son privé séjour,
Et qui depuis, en prison si amere,
A ses eufans feis office de mère.
Jusque à donner à ton cher frère Auguste
Doubte de toy, voyre doubte trèsjusle?
Car je çroy bien, si eusses eu l'usage
Des artz subtilz de Medée la sage,
Qu'en blancs vieillards tu eusses transformez
Ces jeunes corps tant beaulx et bien formez,
Pour les mener secretlement en France,
Et puis rendu leur eusses leur enfance.
Or ^Dieu merc}-] amenez les as tu Sans nygromance ou magique vertu, Ains par le vueil de Dieu, qui tout prévoit. Et qui desja destinée t'avoit Femme du Roy, duquel et jours et nuyctz Tu as porté la moytié des ennuiz ; Dont raison veult, et le droict d'amytié, Que maintenant reçoyves la moytié De sa grand' joye, et du règne puissant, Et de l'amour du peuple obéissant.
O Royne, donc, de tes subjeclz loyaulx Vien recevoir les haultz honneurs royaulx. Yeoir te couvient ton royaume plus loing : Tu n'en as veu encor qu'un petit coing. Tu n'as rien veu que la Doue et Gironde; Bien tost verras la Obérante profonde, Loyre au long cours, Seine au port fructueux, Sone qui dort, le Rosne impétueux, Aussi la Somme, et force autres rivières, Qui ont les bortz de fortes villes fieres, Dont la plus grande est Paris sans pareille.
Là et ailleurs desja on t'appareille Mystères, jeux, beaux paremens de rues, Sur le pavé fleurs espesses et drues.
Par les quantons théâtres, colisées.
E P I s T n E s \Ud
Bref, s'on pouvoit l'aire Champs Elisces, On les feroit pour mieulx le recevoir.
Mais que veult l'on encor te faire veoir? Pourroit on bien augmenter tes plaisirs? N'as tu pas veu le grand de tes désirs, Ton cher espoux, nostre souverain Roy?
Si as trèsbien : mais encores je croy Qu'en gré prendras et verras vouleatiers Les appareilz du peuple en maints quartiers; Et, qui plus est, en cela regardant, Tu congnoistras le zèle trèsardant Qu'en toy on a; ce que je te supplie Gongnoistre en moy, Royne trèsaccomplie ; Car Apollo, ne Clyo ne Mercure Ne m'ont donné secours, ne soing ne cure En cest escript. Le zèle que je dy L'a du tout faict, et m'a rendu hardy A te l'offrir tel que tu le vois estre. Puis ton espoux est mon Roy et mon maistre : Doncques tu es ma Royne et ma maistresse : Voyla pourquoy mes escriptz je t'adresse.