EPISTRE DU BIAU FYS DE PAZY PAR AUTRE QUE MARÛT
Madame, je vous raime tan, Mais ne le dite pa pourlan; Les musaille ou derozeille.
Celui qui fit les gran merveille Nous doin bien to couché ensemble, Car je vous rayme, ce me semble, Si fort que ne vou lore dize, Et vous Tay bien voulu escrize Afin de paslé de plus loing.
Pensé que j'avoy bien beroing De deveni si amouzeu !
0 que je sesoy bien heuzeu, Ha ! Madame la renchesie.
Se n'est que vostre fachesie.
Non pa pou vou le reprochez, May si to que je veu touchez Vostre joly tetin molet, You m'appelle peti folet, Et me diran : « Laissé cela :
Vou n'avé rien caché via;
Dieu, vous devené mou privé 1 Où pensé vou estre arrivé? »
El me faite laide grimasse ; Et tout ainsi qu'une limasse Qui ses deu cornuchon relise, Je me recuily san mo dise, Tou quinau et tout marmiteu.
Quan la dame a le cueur piteu, C'est une si joyeure cliore!
Et dit le Norman de la Rore Si une fille est orgueilleure, C'est une chore pezilleure Pour un biau jeune fi et sage, Car il n'y a si biau virage Qui ne s'en voire egratigné, May encor, qu'arié vou gaigné Si j'en mousoi, ou envison?
lia! cœur plu dur qu'un potizon.
Tant tu me donne de travau!
Si tu sçaviez sen que je vau.
Tu feriez de moi plus gran feste.
J'ay eu le pry de l'arbalestre :
Je chante comme un pazoquet ; Je ne voua jamais san bouquet; J'ay plus de bonnets que de teste; J'ay mon biau pourpoint des gran feste, Des jour ouvrié et des dimanche; Tou les moy deu chemire blanche, Pour estre ny salle ny ort ; J'ay esté jusques à Nyort Déjà deu fois pour vois le monde.
Il est vrai que voureste blonde Et aussi blanche comme laict; Et aussi je ne suy pas laid, Car chacun me dit en maint lieu :
« Adieu, haut le biau fy, adieu!
Adieu hau! rospon si tu veu, Le biau fy au jaune cheveu! »
Je croi que trèsbien il entende, Car j'ai les cheveu qui me pende Dessus la chemire froncée:
La petite jambe troussée Pour dansez haye de Bretaigne Et les passepié d'Allemaigne.
Il est vray qu'à la basse dance Je n'y vien pa à la cadance ; May le branle et puy la recoupe, Des deu pié je les vou recouppe Menu comme cliair à pasté.
Le fy de Guillaume Gasté Au pri de moi n'est qu'un canar.
J'an veu bien cToize Jan Benar Ou Chauvin, à qui Dieu pardoin.
A propo, vou sou vien ty poin Du jour de la Sin Nicoula, Que j'etien tou deux si tresla D'avoir dancé? Vou commensite, Aussi trèsbien vou rachevite ; Cest au jardin : mon peze entry, D'avantuze me rencontry Auprès de vous, et sy avoy Touriou l'yeu dessu vostre voy, Laquelle me sembly depui Aussi claize que l'iau de puy May se Piar nou regardet, Qui de gran jalourie ardet; Et quan il m'en bien espié Vou me marcliiste sur le pié Si fort, en me sarran la main, Que j'en clochy le lendemain.