‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 71 sur 234 · RESPONCE DE LA DAME AU JEUNE FY DE PAZY · texte numérisé non relu

RESPONCE DE LA DAME AU JEUNE FY DE PAZY

Pour vous respondre, mon amy, J'ay veu vostre lettre à demy, Car mon mazy lor arrivit.

Qui en la lirant me trouvit, Et Dieu scet si je fu fâchée.

J'eusse voulu estre ecorchée, Parmanda, voize toute morte ;

May ce que plu me reconforte, C'est que mon. mazy n'en vy rien, Et aussi que je sçay tro bien Qui n"en eu pas esté conten. Notre aprenti vin ecoutan Pour ouy ce qui me diset; May mon pauvre cueur souspiset De gran douleur et de tristesse.

Si je n'eusse esté la maistresse, Mon amy, j'estés affolée.

Votre lettre m'a consolée Quan j'ai connu que m'aymez tan ; Je ne le veux croize pourtan Car les homme son tou trompeu, Et les femmes on touriou peu D'estre par leu dits aburée, J'enten qui ne son pas rurée.

Et de moy, la mercy à Dieu, Je puy bien allez en tou lieu Et fréquentez parmy le monde.

Vou me dites que je suis blonde, May je cray qui vous plait à dise; Aussi je ne m'en foua que rise ; Si sui je comm' une autre belle.

Vous m'escrivé que suis rebelle:

Et quan vou me voulé touchez.

Que je ne vou laisse aprochez :

Il est bien vrai que je m'en fâche, Car une belle dame cache Tou les jour et le plu souven Son biau tetin et son devan.

Par votre lettre vous vanté Que comme un oyreau vou chanté :

Je vou respon qu'en sui bien ayre ; Car quan je sezets à mallaire Vostre chan me resjouyset.

Un jour mon mazy me diset Qui voudroit sçavoir la musicle, Pour la chanté en la bouticle.

Vou me mandé par vostre lettre Qu'avez le pri de l'abalestre,

Et qu'este for propre et mignon,

Touriou vestu comme un oignon,

Don en cela vou m'avé fait

Un singulier plaisir parfait;

Car c'est Thomieur d'un biau jeune homme

D'avoir habilJemen gran somme,

Et aussi que c'est la raison

Qu'un biau fy de bonne maison

Set touriou fort bien accoustré.

De ma par, je vour ay montré.

Si vouravé bonne memoise, Notre jeu de bille d'ivoise Et ma zobbe d'un fin dra noir.^ Vous varriez, si voulé veoir, Tou mes mancliesons de velour, Mes solié qui ne son pas lour Pour enjambez nostre ruissiau, El ma cotte de dra de Siau Bien teinte, que me la donna Le sise Jean, quan ordonna Et voulut par son testamen Que je l'eusse soudainemen.

Ha! si j'estien tou deu ensemble, Je vous contesoy, se me semble, Gen mille bon peti prepo.

Toute nui je per le repo.

Tan et si fort en vou je pense ; Je ne set quelle recompense Vous m'en fesez; si suis je seuse Que n'atten maintenant que l'heuse Que vous reveniez de Lyon.

Vous me donrez un million De biau cordon de saye fine, Pour en donner en ma voisine. Laquelle à vou se recommande.

Autre chore ne vou demande Qu'auta-nt en un mot comme en cent Qu'a vour aymé mon cœur consent, Vou supplian, mon douramy, N'estre à me respondre endormy, Si ne vené bien to icy.

Car je sesetz en gran souci, Si je n avetz de vo nouvelle.

Je prie à Dieu qui seynt telle Que pour vi'ai je les vou desise, Et à tant fesay fin d'escrise.

C'est de Pazy ce jour et an Que je m'en ally droit à Lan.

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