COLIN
Tu me requiers de ce j'ay envie : "
Sus dcmc, mes vers, chantez chantz douloureux,
Puis que la mort a Loyse ravie ,
Qui tant tenoit noz courtilz vigoureux.
Or sommes nous maintenant malheui^eux, Plus estonnez de sa mortelle absence , Que les aigneaulx à l'heure qu'entour eulx Ne trouvent pas la mère qui les pense.
Pleurons bergers , nature nous dispense : Pleurons la mère au grand berger ' d'icy : Pleurons la mère à Margot * d'excellence, Pleurons la mère à nous autres aussi.
O grand pasteur , que tu as de soucy : Ne sçay lequel, de toy , ou de ta mère. Me rend le plus de tristesse noircy :
Chantez mes vers , chantez douleur amere.
Lors que Loyse en sa loge prospère , Son beau mesnage en bon sens conduisoit :
' François I«'. ^
* Marguerite de Valois , rein« de Navarre.
Chascun pasteur, tant fast il riche père. Lieu là dedans pour sa fille eslisoit
Aucunes foys Loyse sWvisoît,
Les faire seoir toutes soubz un grand orme,
£t elle estant au milieu leur disoit :
Filles, il fault que d^un poinct vous informe.
Ce n^est pas tout, qu'avoir plaisante forme, Bordas, trouppeaulx , riche père, et puissant: Il faut preveoir, que vice ije difforme Par long repos vostre aage fleurissant.
Oysivete' n'allez point nourrissant :
Car elle est pire. entre feunes bergères, Qu'entre brebis ce grand loup ravissant. Qui vient au soir tousjours en ces fougères.
 travailler soyez doncques légères :
Que Dieu pardoint au bon homme Roger, Tousjours disoit, que chez les nfesnageres Oysivete ne trouvoit à loger.
Ainsi disoit la mère au grand berger, Et à son dict travailloient pastourelles : L'une plantoit herbes en un verger, — ^. L'autre paissoit coulombz, et tourterelles.
L'autre à l'aiguille o|vroit choses nouvelles , L'autre en après faisoit chappeaux de fleurs.
a8o COMPLAINTES.
Or maintenant ne font pins rien les belles , Sinon ruisseaux de larmes et de pleurs.
Converty ont leurs danises en douleurs , Le bleu en brun , le vertguay en tanné, Et leurs beaulx tainctz en mainraises^couleurs : Chantez mes vers, chantez dueil ordonné.
Dès que la mort ce grand coup eust donné : Tous les plaisirs champestres s^assoupirent: Les petitz ventz alors n*ônt halenét, Mais les fortz ventz encores en souspirent.
Feuilles et fruictz des arbres abbatirent : Le clair soleil chaleur plus ne reûdit : \ v Du manteau vert les prez se devestirent , 'Le ciel obscur larmes en respandit. '
Le grand pasteur sa musette fendit , Ne voulant plus que de pleurs se mesler , Dont son trouppeau, qui plaindre l'entendit, Laissa le paistre ^ et se print à besler.
' Louise de Savoie mourut le aa sei>tembre , à Tf^quinoxe d'autonuDe. C'est à cette ëpoque que les vents soufflent avec violence , que les arbres se dépouillent de leurs feuilles , et que les pluies et les brouillards prennent la place des beaux jours. La po^e met à profit ces circonstances , et attribue le deuil de la nature à la mort de la princesse.
3 N'en ulli pastos illis egere diebus
Frjgida Daphni boves ad llamina*nuUa neque amnem Libavit ^aadrnpc» , nec gramiois attigit herbam.
V«o. Églog. K
Et quand Margot cmyt tout révéler, Son gentil cueur ne fut assez habile Pour garder l'œil de larmes distiller Ains de ses pleurs en feit bien plorer mille.
Terre en ce temps devint nue et débile : Plusieurs ruisseaux tous à sec demourerent : La mer en fat troublée et martranquille , Et les daulphins ' bien jeunes y plorerent.
Biches et cerfz estonnez s'arresterent : Bestes de proye , et bestes de pasture , ^ Tous animaulx'Loyse regrettèrent, * Exceptez loups de maulvaise nAure.
Tant en effect griefve fat la poincture. Et de malheur l'adventure si pleine , Que le beau lys en print noire taincture. Et les trouppeaulx en portent noire laine.
Sur Tarbre sec s'en complainct Philomene , L'aronde en faict criz piteux et tranchans , La tourterelle en gémit et en meine Semblable dueil , et j'accorde à leurs chantz.
O francs bergers sur franche herbe marchantz,
' Les fils de France : François, dauphin ; Henri, duc d'OrW^ns ; Charles, duc d^Angouléme.
^ Pœnos etiam ingcmuisse leones
latcritam , monUsquc feri , sylyxqu* loqanntur.
Vies. Églog. V.
Qu'en dictes vous? quel diieîl, quel eonaj est'ce? De veoir sécher la fleur de tous noz champs. Chantez mes vers, chantez, adieu liesse.
Nymphes et dieux;, de nuict en grandMestresse La yindrent veoir, et luy dirent, helas , Dors tu icy , des bei^ers la maistcesse , Ou si c'est mort "qui t'a mise en ses laqs?
•Las , ta couleur ( telle comme tu Pas ) Nous juge bien , que morte tu reposes : Ha mort fascheuse ! oncques ne te meslas Que de ravir les excellentes choses. '
Tant eust au chef de sagesses encloses , Tant bien sçavoit le clos de France aymer, Tant bien y sceut au lys rendre 1^ roses , * Tant bien y sceut bonnes herbes semer.
Tant bien sçavoit en seurté conformer Tout le bestail de toute la contrée :
Tant bien sçavoit son parc clorre et fermer , Qu'on n'a point veu les loups y aire entrée.
Tant a de foys sa prudence monstree Contre le temps obscur et pluvieux ^
I Nais elle était du monde oà les pliu belles chose*
Ont le pire destin.
Malbikbk. Ode h Desptriers.
* Elle travailla à la délivrance de ;Fraiiçoi8 I*' et des enfans de France retenus comme otages en Espagne. i
Que France n'a (long temps a) Rencontrée Telle bergère au rapport des plus vieux.
Adieu Loyse, adieu en larmes d'yeulx, Adieu le corps qui la terre decoi^e.
En ce disant s'en vont nymphes et dieux : Chantez mes vers , chantez douleur encore. ^
Rien n'est ça bas qui ceste mort ignore : \^'''\^ Coignac s'en coigne ' en sa poictrine blesme, ,^ Remorantin la perte remepiore, • "*
Anjou faict jou , Angoulesme est de mesme.
Amboyse en boit une amertume extresme : Le Maine en meine un lamentable bruict : La povre Touvre arrousant Angouljpsme , A son pavé de truites tout destruict.
Et sur son eau chantent de jour et nuict ' Les cignes blancs, dont toute elle est couverte , Pronostiquans en leur chant qui leur nuyct , Que mort par mort leur tient sa porte (îuverte.
' Noos avoDS dëjà reproche a Marot ces fedes jeux de mofa. Aujourd'hui surtout que la poÀie a appris à penser, nous rions de ces riens difficiles qui occupaient tant nos pères. Alors les vers équivoques, que Crétin mit à la mode, jouissaient de la plus grande faveur, et cette manie dura long-tems, puisque le sévère Boileau lui-même ne s'en,prëserva pas. Le dieu du goût ne conduisait sans doute pas sa plume , lorsqu'il écrivit ce vers :
Le Mois* oonuaence k moisir pur ]f» bocdf .
Que faictes vo^s en ceste forest verte Faunes, Sjlvains ? je croy que dormez là : Veillez , veillez , pour plorer ceste perte : Ou si dormez, en dormant songez la.
p Songez la mort v songez le tort quMle a :
Ne dormez point sans songer la meschante : Puis au resveil comptez moy tout c^la Qu'aurez songé, à fin que je le chante.
D'où vient cela , qu'on volt l'herbe séchante ^ Retourner vive, alors que l'esté vient? Et la personne au tumbeau tresbuchante , Tant grande soit, jamais plus ne revient? ''^
Ha, quand j'ouy l'autrehier (il me souvient) Si fort crief la corneille en un chesne : * C'est un grand cas ( dy je lors ) s'il n'advient Quelque meschef bien tost en cestuy règne.
Autant m'en dit le corbeau sur un fi:esne : Autant m'en dit l'estoille à la grand'queue : '
' Cette pensée si philosophique , répétée tant de fois , a été exprimée avec assez de bonheur dans V Élégie sur la mort de Ronsard:
Mais Us ! o àtnàx prmtem|M , votre verdeur faoie
Retourne an mesme poinct :
Mais quand notre jeunesse une fois est finie ,
Elle ne i-evient point.
RoBBKT GAEjrna.
a Ante sinistra cavâ monnisset ab ilice comix.
Yiaoïu. Églogut IX.
' Sur la fin de juillet i53i , il parut une comète que Ton vit pendant tout le mois d'août^ on ne manqua pas de dire que cet astre
Dont je laschay à mes souspirs la resne : Car tel^douleur ne pense avoîr onc eue.
Chantez , mes vers , fresche douleur conçeue. Non, taisez vous, c'est assez daploré ; Elle est aux champs Elisîens receue , v^ Hors des travaulx de ce monde esploré.
Là ou elle est n'y a rien desfloré ,
Jamais le jour , et les plaisirs n'y meurent :
avait prédit la mort de la mère da roi. De tout tems , on a cru que les comètes étaient les précurseurs de grands malheurs , et que les rois e'taient avertis de leur mort prochaine par quelque phénomène céleste. Cette erVeur, dont il reste encore aujourd'hui des traces parmi le peuple, prouve que le vulgaire a été toujours le même , ignorant et superstitieux. Mais aussi de tout tems , les lumières ont été ie partage d'un petit nombre d'esprits supérieurs à leur siècle. Le Roman de la Rose montre une sage philosophie dans le discouis qu'il fait tenir à dame Nature :
Ne les princes ne sont pas dignes Que les cours du ciel donnent signes De leur mort plus que d^un antre homme ; Car leur corps ne yanlt pas deux pommes £nvers le corps d^ung cbaiTayer , On d^ung clerc , ou d^nng escuyer , • Car je les faicts semblables estre Si comme il appert à leur naistre.
Rj^belais, dans sa Pronostication Pantagruéline , se moque avec non moins d'esprit de ces absurdes croyances : « La plus grande » follie du monde est penser que il y ayt des astres pour les roys, » papes et groz seigneurs plustost que pour nous povres et souffre- » teux : comme si nouvelles estoilles avoient esté créées depuis le » temps du déluge , ou de Romulus , ou de Pharamond , à la nou- » velle création des roy^. Ce que Tribbulet ne Caillette ne diroient , » qui ont esté toutesfoys gens de hault sçavoir et grand renom. » Chapitre V.
Jamais n^y meort le vert bien coloré ^ Ne ceulx avec qui là dedans demeorent
Car tonte odenr ambrosienne y fleurent.
Et n^ont jamaift ne deux ne trois saisons : Mais un printemps , et jamais ils ne pleurent Perte d'amys , ainsi que nous fiûsons.
En ces beaulx champs ^ et nayfves maisons Loyse vil, sans paour, peine, ou mesaise : Et nous ça bas pleins d'humaines raisons. Sommes marriz ( ce semble) de son aise.
Là ne veoit rien , qui en rien luy desplaise : Là mange fruict d'inestimable prix :
Là boit liqueur, qui toute soif appaise: Là congnoistra mille nobles espritz.
Tous animaulx plaisans y sont compris, El mille oyseaulx y font joye immortelle. Entre lesquelz vole par le pourpris , Son papeguay , qui partit avant elle.
Là elle veoit une lumière telle , Que pour la veoir mourir debvrions vouloir. Puis qu'elle a donc tant de joye étemelle. Cessez mes vers, cessez de vous doulotr.
Mettez voz montz et pins en nonchaloir , Venez en France , o Nymphes de Savoye
PotïT faire honneur à celle qui valoir Feit par son loz , son pays , et s% voye.
Savoysienne estoit bien le sçavoye , Si faictes vous : venez doncques , affîn Qu'avant mourir vostre œil par jieça voye, Là ou fut mise après heureuse fin.
Portez au bras chascune plein co£Gn D'herbes et fleurs , du lieu de sa naissance , Pour les semer dessus son marine fin, Le mieulx pourveu , dont ayons cong^oissance.
Portez rameaux parvenuz \ croissance :
Laurier, lyerre, et lys blancs honnorez, Romarin vert , roses en abondance :
Jaune soucie, et bassinetz dorez.
Passeveloux de pourpre colorez , Lavende firanche, euilletz de couleur vive, Aubepins blancs , aubepins azu^ez , Et toutes fleurs de grandl)eauté nayfve.
Chascune soit d'en porter attentive :
Puis sur la tumbe en jectez bien espais , Et n'oubliez force branches d'olive , Car elle estoit la bergère de paix.
Laquelle sceut dresser accords parfaictz Entre bergers alors que par le monde
Taschoient l'un l'autre à se rendre defiaict^^ A coup de go.y, de houUette, et de funde.
Yien, le dieu Pan, vieu plus tost que l'aronde , Pars de tes parcs , d'Ârcadîe desplace y Cesse à chantex de Syringue la blAnde y Approche tôy , et te mets en ma place.
Pour exalter avec meilleure grâce,
Celle de qui je me suis entreibis :
îton (pour certain) que d'en parler me lasse,
Mais tu as tort que tu ne la gémis.
Et loy Thenot qui à plourer t'es mis En m'escoutant parler de la tresbonne : ; Délivre moy le chalumeau promis, A celle fin qu'en concluant la sonne.
Et que du son rende grâces , et donne Lo^ofnge.^LUJLjliÊUx des haultz montz et des plains, Si haultement que ce val en resonne :
Cessez mes vers , cessez icy voz ^lainctz.
THENOT.
O firanc pasteur , combien tes vers sont pleins De grand'doulceur, et de grande amertume Le chant me plaist , et mon cueur tu contrains A se douloir plus qu'il n'a de coustume.
Quand tout est dict , Melppmenë allume
Toji^tyle doulx à tristement chanter :
Quitte il n'est cueur ( et fust ce un cueur d'enclume) Que ce (>ropos ne feît bien lamenter.
Parquoy (Colin) sans flatter, ne vanter, Non seulement le bon flageol mentes, Ains debvroit on chapp&u te présenter De vert laurier, pour .choses taifl bien dictes.
Sus grans toreaux , et vous brebis petites , Allez au tect, assez avez broustë : * Puis le soleil tombe en ces bas limites, Et la nuict vient devers l'autre costé.
DE MONSIEUR LE GElSERAifc GUILLAUME PREUD^HOMME. ^
Unique filz de Preud'homme dont l'amc Ces jours passez soubz la funèbre lame
I Ue domum saturas , venit hesperus , ite capcllae.
*■ YitoiLB. Eglogue X.
^ Les généraux des finances sont de la création du roi Jean*, qui n'en établit que trois. Ils furent destinés à faire le département des tailles et impositions que lés rois de France veulent être levées sur le peuple. Ils étaient chargés de faire apporter dans les coffres du roi tous les deniers dûs à cause des aides , et avaient plein pouvoir, autorité et mandement spécial de mettre , ordonner et établir élus, receveurs , grenetiers , contrôleurs , commissaires et autres ofQciers nécessaires au recouvrement des finances. Leur autorité a varié; et U. 19 .
, Laissa le corps, escoute un peu comment Celle du mien ' s'en vînt en un moment Bien tost après en mon lict m'appatoistre. Et les secretz qu'elle me feit congnoistre.
Filz (ce dit elle) en noz champs Elisees N'a pas long temps , {)ar les droictes brisées Est devers nous un esprit arrivé , Discret, gentil, amyable, et privé.
Qui deschargé de son terrestre corps , Et plus n'estant de ce monde records , S'en vint trouver au plus beau du pourpris , Les immortelz et fleurissans espritz Des renommez vieux poètes Galliques , Qui en accords plus divins qu'angeliques. Tout à l'entour des lauriers tousjours vertz , Alloient chantans à l'envy maintz beaulx vers. *
Luy là venu , ilz cessèrent leurs chantz : Et il leur dit , o l'eslite des champs Elisiens, espritz en vérité
enfin ces charges ont été supprimées et unies , en 1577 , à celles des trésoriers de France ; mais quoique ces derniers eussent le nom de trésoriers de France , ils n'avaient cependant aucun maniement de finances. L. Dcfresnot.
' L'ame de Jean Marot.
* On rencontre dans cette complainte de légères imitations da sixième livre de FÉnéide. Virgile nous représente les poètes dans rÉlysée :
Lxtamqne choro Poeana caoeates
Inter ocloratum lauri nemu.»
Pardessus tous rempliz de deilé, Je ne suis point esprit de poésie :
Mais )e suis tel ^ qu'amour et Ëintasie J'avoîs en vous et en vostre vertu , Estant encor de chair et d'os vestu. ^
' Et délaissant le monde terrien, Je quictay tout , et si n'apportay rien Que les beaulx vers de voz célestes veines, Qui en mes soings , mes labeurs , et mes peines Me soulageoient, tout par cueur les disant,
• Avec amys ou princes devisant :
Parmy lesquelz alors en toute gloire.
De voz haultz noms il estoit faict mémoire.
Or donc espritz pleins de bonté nayfve ,
Souffrez qu'icy avecques vous je vive.
Puis que vescu avez au cabinet
De ma mémoire. Adoncques Moulinet
Aux vers fleuriz, le grave Chastelain,
Le bien disant en rythme et prose , Alain ,
Les deux Çrebans au bien resonnant style ,
Octavian * à la veine gentile ,
Le bon Crétin aux vers équivoque,
Ton Jehan le Maire, entçe eulx hault colloque,
Et moy ton père en joye le receusmes ,
Car quasy tous de luy congnoissance eusmes.
Heureux esprit (ce luy va Crétin dire)
* Voyez à Pëpigramme it du livre V les ëclaircissemens que l'on donne sur tous ces poètes.
Digitizèd by VjOOQIC
Quelle raison plus tost vers nous te tire ,
Que par devers tant d'espritz excellens
Qui sont ici, jadis tous opuiens ^ .
A toy pareilz, et conseilliers royaulx,
Desquelz tu fiiz , voyre des plus lojaùlx ?
Il luy respond. O ame débonnaire,
Penser me £ais au labeur ordinaire
Que j^euz au monde : et parmy eut estant
J'y penserois encores tant , et tant,
Que le record de ces solicitudes
Me priveiroit de grans béatitudes
Qui sont céans. Je cherche les délices
Qui aux espritz sont duysans et propices :
Je cherche joye, et repos, et sçavoir,
Ou les peult on mieulx qu'entre vous avoir :
Or soit ma joye en ce poinct accomplie,
Et par sus tout, Crétin, je te supplie
De me monstrer en ces beaulx champs florîz.
Nostre Ennius Guillaume de Loris, '
Qui du romant acquit si grand renom ,
Duquel aussi nous deux portons le nom.
Dont mieulx je Payme. Âdonc Crétin le meine
Par un sentier odorant et amené,
Au bout duquel soubz un rosier plaisant
Peult veoir de loing Loris encor faisant
' Lorrû (Guillaume 4e), poète et jurisconsulte , vivait sous le règne de Saint-Louis, vers Tan ia6o. Il commença, pour une dame dont il ëtait amoureux, \eItoman de la Rose^ qui fut achevé par Jean Clopinel , dit de M eun. Cet ouvrage n^est qu^une longue
Tout à part sbj ses regretz^et clamours Aqpres sa rose. 0 puissance d'amours !
. Là parvenuz , Cretîn qui le plaînct fort , Luy dit, Loris, Amour *te doiut confort. Laisse tes pkincttz.: voicy une noble ame, Qui évitant d'ignorance le bksme, Fut en son temps le copieux registre Des beaulx escriplz, que ^dîs sçeurent tistre Les bons fiicleurs du galliqpe hémisphère , l)esquelz tu es ie bon ancten père.
Si eusses veu comment, sans peine prendre,
En sa mémoire il les sçavoit comprendre ,
Puis de quel' grâce, et avec quel plaisir
Les recitoit en lieu, temps, et loysir :
Non moins aymé eusses le reciteur
Que Toeuvre mesme, ou le compositeur. i
C'est le plaisir ou il se delectoit ,
Quand du roy Franc servant fidèle es toit.
Et gênerai des argenteuses sommes ,
Là ou du Nort prindrent le nom les hommes. '
et ennuyeuse imitation de Vj4rt d*aimer d'Ovide j cependant , an milieu de ce gothique Êitras , on trouve des tableaux gracieux , et dHngénieuses j^ensëes exprimées dans un langage moins barbare que celui du tems. • ,
^ Les ITÏormands {nort man, homme du Nord), sortis des contre'es septentrionales , sé rendirent long-tems Tedoutables par leurs pirateries , et vinrent enfin s'établir dans la Normandie que Gharies-le- Simple leur abandonna , poUr dëHvrér la France de leurs incursions continuelles.
C^est le second de qui les mains loyalles Seules ont eu des finances royalles .
Gouvernement. Or les a il laissées , Mieulx qu'avant luy en ordre bon dressées : Et au sortir du corps, ja d'aage plein, Clair, pur, et net, s'en vint en ce beau plain Chercher repos en la trouppe immortelle De nous , qui tous luy debvons amour telle Que luy à nous. Au nom du Tout Puissant Bien venu soit l'esprit resplendissant, Respond Loris, d'un nom sommes tous trois, Pour la momifle encor un j'en vouldrois Avecques nous. De sa bouche à grand'peine Fut hors ce mot , qu ilz veirent en la plaine Venir plus clair que nul ruby ballay, L'esprit du preux Guillaume du Bellay , ' Tant travaillé des guerres piedmontoises , Qu'à peine eust sceu encor aller deux toises : * Si se vint mettre avec eulx à repos, Larmes laissant à souldars et suppostz : Laissant en France et en Piedmont ennuy , Mais non laissant homme semblable à luy.
Bien tost après ^ allans d'accord tous quatre
Par les préaux tous) ours herbuz s'esbatre, • »
* Dubellay (Guillaume), mourut en i543. Voyez Tëpitaphe xiv du Cimetière.
^ Il était moins cassé par l'âge que par les travaux, et les fatigues qu'il arait supportés.
Du mesme nom deux espritz rencontrèrent : L'yn Bissipat , ' que neuf sœurs allecterent ; L'autre Budé ^ qui la palme conquit Sur les sçavans du siècle ou il vesquit. Bien heureuse est, o Clément, ta naissance, Qui de luy euz privée congnoissance.
Au demourant nostre Gaulle, ainsi comme Nous a compté Tesprit du grand Preud'homme , De maint poète ores tst décorée :
Mais entre tous, de trois moult honnoree, Dont tu es Tun , Sainct Gelais angelique , Et Heroet, à la plume heroique :
^ Bissipat (Guillaume) , vicomte de Falaise , en Normandie , Vun des cent gentilshommes de Louis XII , très-habile dans les langues grecque, latine et française, mourut à Boulogne-la-Grasse , en Italie, Van i5ii. Guillaume Crétin lui prodigue de grands ëloges.
' Budë (Guillaume) , conseiller du roi et maître des requêtes , né en i4^* Il ^^ se contenta pas des avantages de la fortune et de la naissance, et il se tourna vers la science qui pouvait seule satisfaire son ambition. Son esprit s^enrichit des connaissances les plus étendues -j il s^appliqua surtou \ à la langue grecque ; ses ouvrages ajoutèrent encore à sa réputation. Cest par son conseil que François I*' fonda le GoUége-Royal. G. Budé mourut , en 1 54o, âgé de soixantetreize ans. Sa simplicité' philosophique ne se démentit point à ses derniers momens ^ il voulut que Ton écartât de son convoi cette ▼aine pompe qui montre Porgueil jusque dans la mort. Mélin de Saint-Gelais a fait à ce sujet d^assez jolis vers :
Qui est œllnjqtie tdut le moii4e sayt ?
Las ! c'est Budé au oercueil estebdu.
Pourquoi n'ont faict les clocbes pins grand braict ?
Son nom sans cloche est asses cspandn.
Que n'a t on plus en tordies despendn ,
Suyvant la mode accoutumée et sainte ?
Affin qu'il fust par l'obscur entendu
Qw des Fniaçoys la lumière est esteinte.
Maulgré le temps voz espritz dureront , Tant que firainçoys les hommes parleront. * Ainsi le dît l'ame de frais venue , Â qui sans fin , est la troupe tenue De Pamassus, veu qu'en mortelle vie Âymee l'a, et en l'autre suyvie.
Poètes donc, qui en terre vivez, Le loz, le bruict de Preu^'homme escrivez En chascun genre et espèce de raetre:
En escripvans , n'oubliez pas à mettre, Qu'au riche estât ou il se conduisoit , Autant sur tous sa vertu reluysoit, Comme Âurora est luysante et décore Sur toute estoille , ou Phebus sur Aurore.
Aurore adonc à la face vermeille
Sortît du ciel , et sur ce je m'esveille.
La plume prins , me mis à ry thmoyer
Ma vision , affin de l'envoyer
A toy, du vray Preud'homme filz unique :
Reçoy la donc , je la te communique
Comme au plus proche , espérant que ce Val ^
Plus grand d'esprit , cp'en armes Perceval ,
' Marot s^est encore promis rimmortalité à peu près dans les mêmes termes :
£t Unt que ouy et nenoy se dira , Par runiiren le monde me lira.
Bpistrt à un sien amy. Tome I.
* Voyez IVpigrammc xlt du lirre I , qui lui est adressée.
£t dont ta sœur à bon jour fut pouryeue Aura rhoaneur de la seconde veue.
Et si mes vers te plaiseBt ( comme pense ) De toy ne veulx, pour toute récompense, Fors qu*en vertus sois ton père ensuyvant , Sî qu^on le voye eacor, en toy , vivant..
Dt} BARON 0E MALI.EVILLE , PARISIEN. ' A LA TEBHK.
U TERRE basse, ou Thomme se conduict, Respons (helas) à ma demande triste :
Ou est le corps que tu a vois produict , Dont le départ me tourmente et contriste? L'avois tu Êiict tant bon , tant beau , tant miste ,
' Le baron Jean de MalleviUe ëtait ami de Marot et secrétaire de Marguerite , sœur de François I^'. Qn ne sait rien de certain sur rëpoque et les circonstances de sa mort. Il faut recourir aux conjectures. Je pense que ce baron fesait partie de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jërusalem : ces pieux chevaliers tentèrent, au commencement du XVIe siècle, un dernier effort pour arracher aux infidèles le royaume de Jérusalem , occupé alors par les Turcs, qui, en 1617, sous Fempereur Selim le', Tayaient enlevé aux califes. Ils essayèrent inutilement de reprendre Baruth , autrefois Berythe , ville de Sourie , sur la Méditerranée , au pied du mont Liban , et Jean de MalleviUe fat sans ^oute tué dans cette malheureuse entreprise. Ces vers de la cemplaiùte viennent à Tappui de ce que j*avance : «
Tonchant son ame , immortelle coaronne L«y a donné celluy poar qni iiiourat.
Bour de son sang taindre les dardz poînctuz Ses Turcs maaldictz ? Las ilz n'en ont point euz De plus aymant vray honneur, qu'icelluy, Qui raieulx.ayma là mourir en vertus Qu'en deshonneur suyvre plusieurs battus. Tel vit «ncor tjui est plus mort qpe luy.