‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 4)Chapitre 12 sur 293 · VU · texte numérisé non relu

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A LA ROYNE DE NAVARRE,' DE LAQU|U.LE II. AVOIT RECEU UNE * EPISTRE EN RYTHME.

Plaigne les morts qui plaindre les vouldra; Tant que vivray, mon cueur se resouldra " A plaindre ceulx que douleur assauldra En cette vie.

O fleur que j'ay la première servie, Ceulx que tu mis hors de peine asservie, T'ont donné peine, helas non desservie; Bien je le sçay,

Et des ingratz tu en as faict Tessay ; Mais puis le temps que banni te laissay, Sans te laisser, à servir m'adressay Une princesse. *

' Cl. Marot, banni de France, chasse de Ferrare, avait cherche un asile à Venise ; Marguerite, gui protégeait en lui un religionnaire et un amant , lui écrivit , pour le cpnsoler , qu'elle se flattait d'obtenir son rappel en France. Elle lui confiait sans doute dans sa lettre ce qu'eUe avait à souffrir en défendant la nouvelle religion , et peutêtre les chagrins dont le roi de Navarre l'abreuvait. Le poète prend de là l'occasion de lui faire le tableau du triste sort de la duchesse de Ferrare , comme eUe favorisant les doctrines de Luther et de Calvin, et,, comme elle, malheureuse avec son mari.

* Renée , duchesse de Ferrare.

Qui plus que toy d'-avoir ennuy ne cesse? . Ha dieu du ciel! n'auray je une maistresse Avant mourir y ^e son œil de destresse Puisse exempter?

N'est pas ma muse aussi propre à chanter Un doulx repos qui la peult contenter, Qu'un dur travail qui la vient tourmenter Avec oultranc*e.

Ha, Marguerite! escoute la souffrance Du noble cueur de Renée de France; Puis conune sœur plus fort que d'espérance Console la.

Tu sçais comment hors son pays alla, ^ Et que parens et amis laissa là; Mais tu ne sçais quel traitement elle a En terre estrange.

De cent couleurs en une heure elle change, En ses repas poires d'angoisses mange, ^ . Et en son vin de larmes faictmeslange.

Tout par ennuy.

Ennuy receu du costé de celluy Qui estre deust sa joye et son appuy, Ennuy plus grief que s'il vcnoit d'aultruy, Et plus à craindre.

«EuiSaS.

^ Quelle métaphore ridicule !

64 CrtÂNTS DIVERS.

Elle ne voit ceulx à qui se veull plaindre, ' Son œil rayant si loing ne peult attaindre , Et puis les monts pour ce bien luy estaindre Sont entre deux.

Peu d^amys a, quiconqùes est loing d'eulx. Le roy ton frère, et toy et tes neveux, Estes les saints , ou elle faict ses vœux A chascune heure.

De France n'a nul grand qui la sequeure, Et des petis qui sont en sa demeure, Son mary veult sans qu'un seul y demeure , La rebouter.

Car rien qu'elle ayme, ihne sçauroit gouster : C'est la geline, à qui l'on veult oster Tous ses poussins ; et scorpions bouster Dessoubz son aisle.

C'est la perdrix qu'on veult en la tonnelle Faire tomber. Mais que ne pense en elle I^e roy de qui la bonté, fraternelle Nous invoquons ?

Vouldroit il bien à bailleurs de bouccons Donner luy mesme à garder ses flaccons? Francs et loyaulx autour d'elle vacquons, C'est son décore.

' Le duc de Ferrare avait ëcarté de la princesse toutes les dames françaises qui Taraient suivie en Italie.

CHAKTS DIVERS. ^65

Mais ee fascheux, ingrat et pire encore Vouldroit réduire en petite signore La fleur de lys que tout le monde honnore DVffection.

Helas s'il faict tant de profession D'honneur, de los, de réputation, Pourquoy le train de nostre nation Veult il defFaire?

Faulte d'amour l'esguillonne à ce feîre, Et luy engendre un désir de desplaire A celle là qui met à lui complaire Merveilleux soing.

Paris menant par force Helaine au loing, Feit qu'elle n'eust de reconfort besoing; Son traitement estoit un vray tesmoing D'amitié claire.

Helas fault il qu'amitié se desclaire Plustost au cueur d'un forceur adultère, Qu'en un mary ? sçais tu pourquoy austère Luy est ainsi ?

Il vouldroit bien k la dame sans si Oster la force et le vouloir aussi De secourir Françoys passans icy :

C'est leur refuge.

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