LIVRE
DE tA JEUNE DAME QUI A VIEIL MART. *
JCiN languissant, et en grkfVe tristesse Vit mon las cueur, jadis plein de liesse, Puis que l'on m'a donné mary vieillard. Helas pourquoy? rien ne sçait du vieil art, Qu'aprend Venus l'amoureuse déesse.
Par un désir de monstrer ma pcomesse Souvent l'assaulx : mais il demande ou est ce ? Ou dort, peult estre et mon cueur veille à part En languissant.
Puis quand je veulx luy jouer de finesse, Honte me dit, cesse, ma fille, cesse.
Garde t'en bien, à honneur prens esgard : Lors je respons, Honte, allez a l'escart : Je ne veuk pas perdre ainsi ma jeunesse En languissant.
' Margacrite ne manqua pas de confier à Marot les chagrins qu^elle avait à éprouver de la part du roi de Navarre. Je pense que c'est elle-même qui se plaint dans ce rondeau. Henri d'Albret, il est vrai , âge de vingtr-six ans ne ressemblait guères à ce mari vieil<lard. Mais sans cet artifice , ce prince aurait été forcé de se reconnaître dans le tableau que fait le poète de son caractère brutal et sauTage.
l68 RONDEAUX.
DE LA MAL MARIEE QUI NE ^'BULT FAIEB AMT.*
C ONTRE raison fortune TesvoUee Trop lourdement devers moy est voUec, Quand pour loyer de ma grand'loyautë.
Du mien espoux je n'ay que cruauté , En lieu d^en estre en mes maulx consolée.
Or d'autre amy ne seray je accoUee, Et aymerois mieulx estre décollée i G)ntre raison*
La fleur des champs n*est secbee, et foulée Qu'en temps d'yver : mais moy povre affoUee Pers en tout temps la fleur de ma beauté. Helas ma mère, en qui j'ay privante i Reconfortez la povre désolée Contre raison.
' Marj^eritc balançait encore à aller chercher dans les bras de son amant le bonheur qui la fuyait auprès de son ëpoux.
byGopgle