DU JOUR DE NOËL
Or est Noël venu son petit trac, Sus donc aux champs, bergîeres de respec, Prenons chascun panetière, et bissac, Fluste, flageol, cornemuse, et rebec, Ores n'est pas temps de clorre le bec , Chantons, saultons, et danson^ rie à rie :
' Cette ballade , remarquable par la bizarrerie des rimes , était un de ces tours de force qui occupaient tant nos vieux poètes.
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Puis allons veoir Penfânt au povre nîc , Tant exalté d'Helle , aussi d'Enoc , Et adore de maint grand roy, et duc : S^on nous dit nac , il fauldra dire noc : Chantons Noël tant au soir, qu'au desjuc.
Colin Georget , et toy Margot du Clac Escoute un peu et ne dors plus îUec : N'a pas long temps sommeillant près d'un lae, Me fut advis , qu'en ce grand chemin sec Un jeune enfant se combatoit avec Un grand serpent, et dangereux aspic :
Mais l'enfanteau en moins de dire pic , D'une grand' croix luy donna si grand choc Qu'il l'abbatit, et luy cassa le suc : Garde n'a voit de dire en ce defroc Chantons Noël tant au soir, qu'au desjuc.
Quand je l'ouy frapper et tic, et tac,
Et luy donner si merveilleux eschec ,
L'ange me dit d'un joyeux estomach,
Chante Noël, en françoys, ou en grec,
Et de chagrin ne donne plus un zec, .
Car le serpent a esté prins au bric:
Lors nTesveillay et comme fantastic
Tous mes trouppeaulx je laissay près un roc,
Si m'en allay plus fier qu'un archiduc
En Bethléem : Robin, Gautier, et Roch,
Chantons Noël tant au soir, qu'au desjuc.
ENVOY
Prince dévot, souverain cathoHc, Sa maison n'est de pierre, ne de bric, Clar tous les vents y soufflent à grand floc : £t qu'ainsi soit, demandez à sainct Luc. Sus donc avant , pendons soucy au croc , Chantons Noël tant au soir, qu'aii desjuc.
DE CARESME.i
Cessez acteurs, d'escrire en éloquence
D'armes, d'amours, de fables, et sornettes :
Venez dicter soubz piteuse loquence
Livres plaintifz 4e tristes chansonnettes :
N'escrivez d'or, mais de couleurs brunettes,
A celle fin que tout dueil y abonde :
Car Jesuchrist, l'aigneau tout pur et munde,
Pour nous tirer des enfers détestables.
Endura mort horrible, et fiiribunde
En ces sainctz jours piteux, et lamentables.
Romps tes flageolz, dieu Pan, par violence, Et va gémir en champestres logettes :
Laissez les boys, vous, nymphes d'excellence,
ï Les rimes de la précédente ballade étaient toutes masculines, dans celle-ci , elles sont toutes féminines 5 c'était à qui se créerait de nouvelles difiîcul^s.
Et VOUS rendez en cavernes subjectes :
Ne chantez plus, refrénez vos gorgettes Tous oyselletz : trouble toy la claire unde : Ciel noircy toy : et d^angoisse profonde Bestes des champs par cris espoventables Faicles trembler toute la terre ronde En ces sainctz jours piteux , et lamentables.
Riches habitz de noble préférence Vueillez changer dames , et pucellettes Aux omementz de dolente apparence.
Et resserrez voz blanches mammelletes :
En temps d'esté fleurissent vioUettes, Et en yver sèchent par tout le monde : Donc puis qu'en vous joye et soûlas redonde Durant les jours à rire convenables, Pleurez au moins autant noire , que blonde En ces sainctz jours piteux , et lamentables.
BNVOT.
Prince chreslien sans que nul te confonde, Presche ckascun, qu'à jeusner il se fonde Non seulement de metz bien délectables, Mais de péché, et vice trop immunde Eu ces sainctz jours piteux, et lamentables.
DE Lk PASSION DE HOSTRE SEIGNEUR JESUCHRIST.
Le pellican de la forest cellque
Entre ses faiclz tant beaulx, et nouvelletz,
Apres les cieulx,. et l'ordre archangellque ,
Voulut créer ses petis oyselletz,
Puis s'envola , les laissa tous seuletz ,
Et leur donna , pour mieuk sur la terre estrc,
La grand' forest de paradis terrestre,
D'arbres de vie amplement revcstue
Plantez par luy, qu'on peult dire en tout estre
Le pellican, qui pour les siens se tue.
Mais ce pendant qu'en ramage ùiusique Chantent aux boys comme rossignblletz, Un oyseleur cauteleux, et inique Les a deceuz à glus, rhetz et fiUetz : Dont sont banniz des jardins verdeletz, Car des haultz fruictz trop voulurent repaistre. Parquoy en lieu sentant pauldre, et salpestre, Par plusieurs ans mainte souffrance ont eue , En attendant hors du beau lieu champestre Le pellican, qui pour les siens se tue.
Pour eulx mourut cest oysel deifique.
Car du hault boys plein de sainctz Angeletz
Vola ça bas par charité pudique.
Ou 11 trouva corbeaulx tresordz, et laydz,
Qui de sou saug ont faict maintz ruysseletz
Le tourmentant à dexlre, et à senestre :
Si que sa mort, comme Ton peult congnolstrei
A ses petis a la vie rendue,
Ainsi leur feit sa bonté apparoistre
Le pellican, qui pour les siens se tue.
EHVOY.
Les corbeaulx sont ces Juifs exilez
Qui ont à tort les membres mutilez
Du pellican, c'est du seul dieu, et maistre.
Les oyselletz sont humains, qu'il feit naistre,
Et Toyseleur, la serpente tortue,
Qui les deceut, leur faisant mescongnoistre
Le pellican, qui jpour les siens se tue. '
' On voit par ces trois dernières ballades, qui ne sont pourtant pas sans mérite, que les sujets pieux ne convenaient pas au chantre de Tamour.
La mort nV mord.