‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 5)Chapitre 16 sur 81 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

Soit par Peffect des grands signes monstrez Aux siens estant par Pharaon oultrez :

Soit par le grand et merveilleux chef d^œuvre Au ciel voustë, qui toutes choses cœuvre : Ou par les cours que &ict Pobscure nuict , Et le clair jour, qui par compas la suyt : Soit par la terre en Tair espars pendue : Ou par la mer autour d'elle espandue : Ou par le tout, qui aux deux prend naissance , Surquoy il veult qu'ayons toute puissance , Nous apprenant à le glorifier , £t de quel cueur nous &ult en luy fier.

0 gendlz cueurs et âmes amoureuses , S'il en fiit onc , quand serez langoureuses D^infirmitë, prison, pesché, soucy, Perte, ou opprobre, arrestez vous icy : Espèce n'est de tribulation.

Qui n'ait icy sa consolation :

C'est un jardin plein d'herbes et racines , Ou de tous maulx se trouvent médecines.

Quant est de l'art aux Muses réservé Homère grec ne l'a mieulx observé :

Descriptions y sont propres et belles : D'affection , il n'en est point de telles : Et trouveras , Sire , que sa couronne , Ne celle là qui ton chef environne,

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N^est miettlx ne plus de gemmes entournee Que son œuvre est de figures omee : Tu trouveras le sens en estre tel , Qu'il rend là hault son David immortel , Et immortel ça bas son livre : pource Que rElernel en est premiei>^e source:

Et vouluntiers toutes choses retiennent , Le naturel du lieu dont elles viennent.

Pas ne &ult donc qu'auprès de luy Horace Se mette en jeu, s'il ne veult perdre grâce, Car par sus luy vole nostre poète.

Comme feroit Taigle sur l'alouette ?

Soit à escrire en beàulx lyriques vers, Soit , k toucher la lyre en sons divers.

N'a il souvent au doulx son de sa lyre, Bien appaisé , de Dieu courroucé l'ire ? N'en a il pas souvent de ces bas lieux Les escoutans ravy jusques aux cieulx , Et faict cesser de Saul la manie , Pendant le temps que duroit l'armonie ? Si Orpheus jadis Teust entendue, La sienne il eust à quelque arbre pendue : Si Arion l'eust ouy resonner.

Plus de la sienne il n'eust voulu sonner : Et si Phebus un coup l'eust escoutec, La sienne il eust en cent pièces boutée :

AU ROI. igS

Au moins laissé le sonner pour l'ouyr, A fin d'apprendre, et de se resjouyr : . En lay quictant son lanrier de bon cueur , Gomme en escriptz et en armes vainqueur. Or sont en Fair perduz les plaisans sons De ceste lyre, et non pas ses chansons. Dieu a voulu , jusque icy qu^en son temple Par ces beaulx vers on le serve et contemple : Bien est il vray comme encores se veoit, Que la rigueur du long temps les avoit Renduz obscurs , et durs dHntelligence : Mais tout ainsi qu'avecques diligence, Sont esclairâz , par bons espritz rusez Les escripteaux des vieulx fragmentz usez , Ainsi, o roy, par les divins espritz Qui ont soubz toy Hobrieu langage appris ' Nous sont jectees les Psalmes en lumière , Clairs , et au sens de la forme première. Dont après eulx , si peu que faire sçay T*en ay traduict, par manière d'essay , Trente, sans plus, en ton noble langage, Te suppliant les recevoir pour gage Du résidu qui ja est consacré , Si les veoir tous il te-venoit à gré.

* Jacques d'Estaples qui publia ui^ psautier selon cinq textes, avep des commentaires , et le savant Va}tade , professeur de langue hébraique au collège royal. Il avait engage Marot à traduire les Psaumes, et même il Pavait aide de ses conseils. Voyez i'Essai sur la vie et ies ouvrages de Maroi,

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