‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 5)Chapitre 19 sur 81 · III · texte numérisé non relu

III

ARGUMENT

Dayid assailly d*utie grosse armée s'estonne <lu commencement : puis prend une si grande fiance en Dieu , qu^apres TaToir implore il s^asseure de la yictoire. Psalme propre pour un chef de guerre moins bien accompaignë que son ennemy.

Domine, quam multiplicati sunt....

O Seigneur que de gens A nuyre diligens , Qui me troublent e( gtevent :

Mon Dieu, que d'ennemys, Qui aux champs se sont mis , Et contre moy s'eslevent

Certes plusieurs j'en voy , Qui vont disant de moy , Sa force est abolie.

Plus ne trouve en son Dieu Secours en aucun lieu.

Mais c'est à eulx foUie.

Car tu es mon tresseur Bouclier et deffenseur,

Et ma gloire esprouvee :

C'est tçy, à bref parler, Qui &is qne puis aller Hault la teste levée.

J*ay crie de ma voix Au Seigneur maintesfôys , Luy faisant ma complaincte :

Et ne m'a repoulsé , Mab tousjours exaulcé , De sa montaigne saincte.

Dont coucher m'en iray, En seurté donûiray, Sans craincte de roesgarde :

Puis me reveilléray , Et sans ponr veilleray, Ayant Dieu pour ma garde.

Cent mir hommes de front, Craindre ne me feront, Encor qu'ilz l'entreprinsent :

Et que pour m'estonner , Clore «t environner , De tous costez me vinsent.

Vien donc , declaire toy

Pour moy , mon Dieu , mon roy ,

DE DAVID. afoS

Qui de buffes renverses Mes ennemjs morcUntz, Et qui leur rompz les dentz En leur bonches perv^'ses.

Cest de toy, Dieu teeshsiik.

De qui attendre fauk Yray secours et deffense :

Car sur ton peuple estends Tous)onrs , en lieu et temps , Ta grand* beneficence.

Â'AGUMENT.

En la conspiratioii d^Absalon , il invocque Dieu, refirend let princes d'Israël conspirans contre luy,)e8 appelle à repentence, et conclud qu'il se trouve bina de te fier en Dieu. Psalme pour u& prince qn'on veult déposer de son tbrqsii«.

Quand je t'invocque, bêlas escoute, 0 Dieu de ma cause et raison:

Mon cueur serre au large boute, De ta pitië ne me reboute^ Mais exaulce mon orai3on.

Jusques à quand , gens inhumaines , Ma gloire abbatre tascherez ?

Jusques à quand emprises vaines

^o4 PSAUMES.

Sans fruîçt, et d^abusiou pleines Aymerez vous , et chercherez ?

Scachez puisqo'il le convient dire , Que Dieu pour son roy gracieux , Entre tous m-a voulu eslire :

Et si à luy crie et soUspire Il m'entendra de ses haultz cieulx«

Tremblez doncques de telle chose, Sans plus contre son vueil pécher, Pensez en vous ce que propose Dessus voz lictz en chambre close , Et cessez de plus me fàscher.

Puis offipez Juste sacrifice Du.cueur contrict bien humblement, Pour repentance d'un tel vice , Mettant au Seigneur Dieu propice Voz fiances entièrement.

Plusieurs gens disent : Qui sera ce Qui nous fera veoir force biens ?

O Seigneur, par ta saincte grâce, Yueilles la clarté de ta face Eslever sur moy et les miens.

Car plus de joye m'est donnée Par ce moyen (ô Dieu treshault)

DE DAVID. 2o5

Que n'ont ceulx qui ont grand^ année De froment , et bonne vînee , IVhuiles et tout ce qu^fl leur fault.

Si qu^en paix et en seiirtë bomie Coucheraj et reposeray :

Car, Seigneur 9 ta boute Pordonne:

Et elle seule espoir me donne , Que seur et seul régnant seraj.

ARGUMENT

Daytd en exil ayant beaucoup souffert, et s^attendant souffrir d'à*- Yantage par les flatteurs qui estoient autour de Saul , dresse sa prière à Dieu : puis se comole , quand il pense que le Seigneur a toujours les maulyais en haine y et qu'il favorise les bons. Psalme propre contre les calumniateurs.

■V«rb« mea aurilHu perdpe . .

Aux paroUes que je veulx dire Plaise toy l'oreille prester, Et à congnoistre t'arrester, Pourquoy mon cueur pense et souspire, Souverain Sire.

Ëntens à la voix tresardante De ma clameur , mon Dieu , mon roy.

Veu que tant seulement à toy Ma supplication présente J'offre et présente.

ZQ6 fSAUMES

Matin devant que joHr U fece* S^îl te plaîst , tu m^exaukeras :

Car bien matin prie seras De moy , levant au ciel la fece^ Attendant grâce.

Tu es le vray Dieu , qui meschance N'aymes point, ne malignité, Et avec qui , en vérité , Malfaicteurs n^auront accointance Ne demourance.

Jamais le fol et téméraire N^ose apparoir devant tes yailx, Car tousjours te sont odieux , Ceulx qui prennent plaisir à faire Maulvais affaire.

Ta foreur perd et extermine Finalement tous les menteurs, Quant aux meurdriers et deû^tears , Celluy qui tarre et ciel domine , Les abomine.

Mais moy en la grand' bonté mainte , Laquelle m'as faîct* savourer, Iray encores t'adorer En ton temple, eu ta miaison ^incte, Dessoubz ta craincte.

Mon Dieu guide moy et convoyé Par ta bonté, que ne sois mis Soubz la main de mes ennemys :

£t dresse devant moy ta voye , Que ne fourvoyé.

Leur bouche rien de vray n^ameine, Leur cueur est fainct, feulx, et couvert : Leur gosier un sepulchre ouvart :

De flaterie Êiulse et vaine Leur langue est pleine.

O Dieu , monstre leur qu^îlz mesprennent : Ce quSlz pensent faire, définis :

Chasse les pour leurs grans meffaictz : Car c'est contre toy qu'ilz se prennent, Tant entreprennaat.

Et que tous ceulx se resjouyssent, Qui en toy ont espoir et foy : .

Joye aurons sans fin dessoubz toy, Arvec ceulx qui ton nom chérissent, £t te bénissent.

Car de bien faire tu es large A rhomme injuste , o vray Saulveur, Et les couvres de ta faveur.

Tout ainsi comme d'une targe , Espesse et large.

3o8 PSAUMES

ARGUMENT

David malade à Textresmitë a horreur de la mort .-désire avant que mourir , glorifier encore le nom de Dieu , puis tout à coup se resjouyt de sa convalescence, et de la honte de ceulx qui s'attendoient à sa mort. Psalme propre pour les malades.

Domine, ne in fnrore tuo argu«s me...

JNe vueîlles pas, o Sire, Me reprendre en ton îre Moy qui t'ay irrité ; N'en ta fiireur terrible Me punir de l'horrible Tourment qu'ay mérite,

Ains Seigneur , viens estendre Sur moy ta pitië tendre.

Car malade me sens.

Santé doncques me donne :

Car mon grand mal estonne Tous mes os et mes sens.

Et mon esprit se trouble Grandement^ et au double , En extresme soucy O Seigneur plein de grâce y Jasques à quand sera ee Que me lairras ainsi ?

Helas, Sire, retourne:

D^entour de moy destoume Ce merveilleux esmoj: Certes grande est ma Êiulte, Mais 9 par ta bonté haulte De mourir garde moy.

Car en la mort cruelle Il n'est de toy nouvelle Mémoire ne renom :

Qui penses tu qui die, Qui loue , et psalmodie £n la fosse ton nom ?

Toute nuict tant travaille , Que lict, chalict et paille, En pleurs je &is noyer :

Et en eau goutte à goutte S^en va ma couche toute , Par si fort larmoyer.

Mon œil pleurant sans cesse

i)e despit et destresse,

En un grand trouble est mis :

Il est envieilly d'ire

De veoir entour moy rire

Mes plus grans ennemis.

Sus sus , arrière iniques , lu. 14

Deslogez tjranmqaies De moj tous à la fpys^:

Car le Dieu débonnaire De ma plaincte ordinaire A bioi ouy la voix.

Le làeigneur en arrière N'a point mis ma prière, Ëxaulcé m'a d^s cieulx:

Receu a ma demande, Et ce que luy demande Accorde m'a, et.mieulx.

Doncques honteux deviennent, Et pour vaincuz se tiennent Mes adversaires tous .' Que chascun d'eulx s'esloingne Subit , en grand vergoingne, Puis que Dieu m'est si doulx.

ARGUMENT

Il prie d'estre préserve de la grande persecation de Saul^ met en avant son innocence, requiert lé royaume à luy -promis, et con* fusion à ses adversaires. Finabl^Milt îj. cimite qn^ilz périront de leurs propres glaives , et en loué Dieuw Psalme pour un prince , qui en guerre a le droict pour soy.

Domine , Deus meus, in te sperarî.

Mon Dieu j'ay en toy espérance, Donne moy done saulve assenvanee ,

De tant d'emianys inhumains , £t fais que ne tombe en leurs lUaras : Affin que leur chef ne me grippe, £t ne me desrompe et dissipe , Ainsi qu'un lyon dévorant, Sans que nul me soit secourant.

Mon Dieu sur qui je me repose, Si j'ay commis ce qu'il propose , Si de luy faire ay projeté De ma main tour de lascheté :

Si mal pour mal j'ay voulu faire  cest ing;rat : mais au contraire , Si faict ne luy ay tour d'amy Quoy qu'à tort me soit ennemy :

Je veulx qu'il me poursuyve en guerre,

Qu'il m'attaigne et rue par terre ,

Soit de ma vie ruyneur ,

£t mette à néant mon honneur.

Levé toy donc, levé toy, Sire,

Sur mes ennemys en ton ire.

Veille pour moy que je sois mis

Au droict , lequel tu m'as promis.

A grans tronppeaulx le peuple vienne Autour de la ms^esté tienne :

Sois pour la cause de nous deux,' Hault eslevë au milieu d^eulx.

Là des peuples Dieu sera juge :

Et alors, mon Dieu mon refiige , Juge moy en mon equitë , .

Et selon mon intégrité.

La malice aux malings consomme r Et soutien le droict et juste homme , Toy juste Dieu , qui jusqu^aux fons Sondes les cueurs maulvais et bons :

C^est Dieu qui est mon asseurance.

Et mon pouvoir : j'ay espérance En luy qui garde , et faict vainqueur Un chascun qui est droict de cueur.

Dieu est le juge véritable De celluy qui est équitable.

Et de celluy semblablement , Qui l'irrite journellement :

Si celluy qui tascbe à me nuyre, Ne se veult changer et réduire , Dieu viendra son glaive aguiser, Et bander son arc , pour viser.

Desja le grand Dieu des alarmes Luy prépare mortelles armes :

Il faict dards propres , et servans A poursuyvre mes poursuyvans :

Et l'autre engendre chose vaine.

Ne conçoit que travail et peine

DE DAVID. 2l3

Pour enfanter (quoy qu'il en soit) Le rebours de ce qu'il pensoit.

 cayer une grande fosse Il met solicitude grosse :

Mais en la fosse qu'il fera , Luy mesmes il tresbuchera.

Le mal qu il me forme et appreste Retournera dessus sa teste :

Bref, je voy , le mal qu'il commet Luy descendre sur le sommet.

Dont louenge au Seigneur je donne.

Pour sa justice droicte et bonne :

Et tant que terre hanteray, Le nom 4n Treshault chanteray.

ARGUMEî^T.

Atcc grande admiration David célèbre icy lamerireilleuse puissance do créateur de toutes choses , et la grande bonté dont il a daigne user envers Phomme , l'ayant faict tel qu'il est. Psalme que toute créature humaine debvroit sçavoir et chanter.

Domine , dominas noster, qoam admirabile....

0 Nostre Dieu, et Seigneur amyable, Combien ton nom est grand et admirable Par tout ce yal terrestre spacieux, Qui ta puissance esleve sur les cieulx. III. i4*

3l4 PSAUMES

En tout se veoit ta grand^ vertu par£aiicte, Jusqu^à la bouché aux enfans qu^on alaiete: Et reodz par là con&z et abbatu Ton ennemy qui nie ta vertu.

Mais quand je voy et contemple en courage Tes cieulx , qui sont de tes doigts bault ouvrage , Estoilles, lune, et signes differentz Que tu as Êiictz et assis en leurs rengz :

Âdonc je dy à part moy ( ainsi comme Tous esbahy) et qu^est ce que de l'homme? D'avoir daigné de luy te souvenir , Et de vouloir en ton soing le tenir.

Tu l'as faict tel que plus il ne luy reste, Fors estre Dieu, car tu l'as quant au reste, Abondamment de gloire environné, Remply de biens , et d'honneur couronné.

Régner le fais sur les œuvres tant belles De tes deux mains, comme seigneur d'icelles. Tu as, de vray, sans quelque exception Mis soubz ses piedz tout en subjection.

Brebis , et beufz , et leurs peaulx, et leurs laines, Tous les trouppeaulx des haultz montz et des plaines, En gênerai toutes bestes cherchans A pasturer par les boys et les champs.

PE DAVID* 2lS

Oyseaulx de Tair, qui volent, et qui chantmt. Poissons de mer , ceulx qtii nagent , et hantent Par les sentiers de mer grans et petis, Tu les as tous à Pliôaime assubjectis.

O^ostre Dieu , et Seigneur amyable , Comme à bon droict est grand et admira|>le L'excellent bmict de ton nom précieux Par tout ce val terrestre spacieux ?

ARGUMENT

Cest un chant triumphal, par lequel David rend grâces à Dieu de certaine Bataille qu^il gagna, en laquelle mourut son principal ennemy (aucuns estiment que ce fiit Goliath). Apres , il magnifie la Justice de Dieu qui venge les siens en temps et lieu. Psalme propre pour un chef de guerre vainqueur.

G>nfitebor tibi , Domiae , in toto corde meo.

De tout mon cueur t*exalteray Seigneur, et si racompteraj Toutes tes œuvres nompareilles y Qui sont dignes de grans merveilles.

En toj je me veidx resjouyr , Diantre soûlas ne veulx jouyr^:

0 Treshault , je veulx en cantique Célébrer ton nom autentique.

3l6 PSAtJMES

Pource que par ta grand' vertu Mon enneiny s'enfujt batu , Desconfit de coips et courage , Au seul regard de ton visage.

Car tu m'as esté si humain, Que tu as pris ma cause en main , Et t'es assis , pour mon refiige , En chaire comme juste juge.

Tu as des&ict mes ennemys.

Le meschant en ruyne mis :

Pour tout jamais leur renommée, Tu as estaincte et consumée.

Or ca ennemy cault et fin, As tu mis ton emprise à fin ?

As tu rase noz citez belles ?

Leur nom est il mort avec elles ?

Non, non, le Dieu qui est là hault, I En règne qui jamais ne fault , Son throsne a dressé tout propice Pour faire raison et justice.

Là jugera il justement , La terre ronde entièrement, Pesant les causes en droicture De toute humaine créature.

G'oogle

DE DAVID. 2r

Et Dîeu la retraite sera Du potre qu^on pourchassera :

Voyre sa retraite opportune .

Au plus dur temps de sa fortune.

Dont ceulx qui ton nom congnoistront , Leur asseurance en toy mettront :

Car, Seigneur qui à toy s^addonne, Ta bonté point ne Pabandonne.

Chantez en exultation Au Dieu qui habite en Sion :

Noncez à gens de toutes guises Ses œuvres, grandes et exquises.

Car du sang des justes s^enquiert , Luy en souvient, et le requiert :

Jamais la clameur il n'oublie De Taffligé qui le supplie.

Seigneur Dieu, ce disois je en moy Veoy par pitié, que j'ay d'esmoy Par mes ennemys rempliz d'ire , Et du pas de mort me retire^

Âffin qu'au milieu de l'enclos De Sion, j'annonce ton los En démenant resjouyssanre, D'estre recoux par ta puissance.

2l8 ' PSAUMES

Incontinent les malheureux Sont cheuz au pièce fiiict par eulx.:

Leur pied mesme s'e»t venu prendre ; Au filé quHl ont osé tendre.

Ainsi est coBgpoeu Timmortel »

D^avoir faict un jugemaEit tel.

Que rinique a senty Poultra^, Et le mal de son propre ouvrage.

Croyez que tousjours les meschans

S^en iront à bas tresbuchans ,

£t toutes ces gens insensées ,

Qui n^ont point Dieu en leurs pensées.

Mais rhomme povre btimilié

Ne sera jamais oublié.

Jamais de Phumble estant en peine ,

L'espérance ne sera vaine.

Vien, Seigneur, monstre ton effort, Que rhomme ne soit le plus fort :

Ton pouvoir les gens venir face, En jugement devant ta face.

Seigneur Dieu qui immortel es ,

Tressaillir de craincte &is les :

Donne leur à congnoistre comme

NuUy d'entre eulx n'est rien fors qu'homme.

ARGUMENT

Ce psalme est UBe prîere contre les pervers nuysans , et malicieux hommes, qui par dol, et par force , oj^ressent les bons et les plus foibles : et y sont descriptz Forgueil, et les moyens dont envers eulx usent les maulvais. Psalme propre pour le temps qui court.

Domine , ut quid reçessisti longi ?

U'OND vîeat cela. Seigneur je te sopply,, Que loing de nous te tiens les yeulx couvers , Te caches tu pour nous mettre en oubly ? Mesmes au temps qui est dur et divers ? Par leur orgueil sont ardantz les pervers A tourmenter Thumble qui peu se prise : Fais que sur eulx tombe leur entreprise.

Car le maling se vante, et se faict seur., Qu'en ses désirs n^aura aucun deffault : Ne prisant rien que l'avare amasseur, Et mesprisant TEtemel de là hault , Tant est il fier que de Dieu ne luy chault? Mais tout cela qu'il pense en sa mémoire , C'est, Dieu n'est point, et si ne le veult croire.

Tout ce qu'il faict tend à mal sans cesser , De sa pensée est loing ton jugement:

Tant est enflé , qu'il cuyde renverser Ses ennemys à soufler seulement. En son cueur dit : d'esbranler nullement

Garde je n^ay : car je sçay qu^en nul aage Ne peult tomber sur moy aucun dommage.

D*un parler sainct plein de déception , Le faulx parjure est tousjours embouché: Dessoubz sa langue , avec oppression j Désir de nuyre est tousjours embusché.

Semble au brigand , qui sur les champs caché j L^innocent tue en caverne secrette , £t de qui Toeil povres passans aguette.

Aussi rinique use du tour secret Du lyon cault en sa tasniere^ helas.

Pour attraper Thomme simple et povret , Et r engloutir quand Ta prins en ses laqs. Il faict le doulx, le marmiteux, le las: Mais soubz cela par sa force perverse , Grand' quantité dé povres gens renverse.

Et dit encor en son cueur vitieux , Que Dieu ne veult la souvenance avoir De tout cela et qu'il couvre ses yeulx A celle fin, de jamais n'en rien veoir. Levé toy donc , Seigneur , pour y pourvoir : Haulse la main dessus, je te supplie, Et ceulx qui sont persécutez n'oublie.

Pourquoy irrite et contemne en ses îàicXz L'homme meschant le Dieu doulx et humain?

En son cueur dit, qiï^enqueste tu n^en Ëiis : Mais tu veois bien son meffaict inhumain. Et voyant tout , prens les causes en main : Voyla pourquoy s'appuye le débile Sur toy, qui es le support du pupille.

Brise la force et le bras plein d'excès Du malfaicteur, inique et réprouvé :

Fais de ses maulx Penqueste et le procès, Plus n'en sera pair toy un seul trouvé. Lors à jamais roy de tous appro^vé Régnera Dieu, quand en sa terre saincte Sera la race aux iniques estaincte.

0 Seigneur donc , s'il te plaist tu orras Mon povre peuple en ceste aspre saison ; Et bon courage et espoir luy donras Prestant l'oreille h son bumble oraison : Qui est de faire aux plus petis raison, Droict aux foulez : si que l'homme de terre Ne vienne plus l^ur faire paour ne guerre.

' ARGUMENT

Il se complainct de ceolx qui le èhassoient de toate la terre d'Israël. Puis chante sa confiance en Dieu , et le jugement d'iceluy sur les bons et sur les maulvais. Psalme consola tif pour ceulx qui sont en tribulation , et mis hors la grâce de leurs seigneurs.

In Domino confido...

V EU que du tout en Dieu mon cueur s'appuye ,

Je m^esbahj comment de vostre mont Plus tost qn'ojsean , dictes que je m'enfuye. Yray est que Parc les malings tendu m^ont, Et sur la corde ont assis leur sagettes , Pour contre ceulx , qui de cueur justes sont , Les descocher , jusques en leurs cachettes.

Mais on verra bien tost en néant mise LHntention de telz malicieux , QueP Ëtulte aussi, a le juste commise ? Sçachez que Dieu a son palais aux cieulx : Dessus son throsne est Tetemel monarque Là hault assis, il veoit tout de ses jeulx. Et son regard les humains note et marque.

Tout il espreuve et le juste il appreuve :

Mais son cueur hay t qui ayme extorsion ,

Et Thomme en qui violence se treuve.

Plouvoir fera feu de punition

Sur les mahngs y soulphre chauld , flamme ardante ,

Yent fouldroyant : voyla la portion

De leur bruvage, et leur paye évidente*

* Car il est juste , et pource ayme justice : Tournant tousjours, par douce affection, Vers l'homme droict son œil doulx et propice.

ARGUMENT

n parle contre les dateurs de la court de Saul, qui par flateries, dissimulations, et arrogance, estoient molestes à chascun, et prie Dieu y donner ordre. Psalmepour tout peuple yexé des gouverneurs de prince.

Salvum me fac , Domine....

JDoNNE secours, Seigneur, il en est heure, Car d'hommes droictz sommes nous desnuez : Entre les filz des hommes ne demeure Un qui ait foy , tant sont diminuez.

Certes chascun, vanîtë, menteries, A son prochain dit ordinairement ; Aux lèvres n'a Phomme que flateries , Et disant Tun , son cueur pense autrement.

Dieu vueille donc ces lèvres blandissantes Tout à travers pour jamais inciser :

Pareillement ces langues arrogantes , Qui bravement ne font que deviser.

Qui mesmement entre eulx ce propos tiennent : Nous serons grans par noz langues sur tous: A nous de droict, noz lèvres appartiennent, Flatons , mentons , qui' est maistre sur nous ?

Pour Taffligë, pour les petis qui criait, Dit le Seigneur, ores me leveray:

Loing les mettray les langues qui varient Et de leurs laqs chascuu d*eulx saulveray :

Certes de Dieu la paroUe se treuve ParoUe nette, et trespure est sa voix : Ce n^est qu*argent affine h Pespreuve, Argent au feu espuré par sept foys.

Toy donc , Seigneur, ta promesse, et tes hommes, Garde et maintien par ta gratuité :

El de ces gens , dont tant molestez sommes , Délivre nous à perpétuité.

Car les malings à grans trouppes cheminent, Deçà delà tout est plein d^inhumains.

Lors que d^iceiilx les plus meschans dominent. Et qu^eslevez sont entre les humains.

ARGUMENT

Apres plusieurs batailles perdues il se complainct de ce que Dieu tarde tant a le secourir : puis le prie luy donner la joye de Tictoire obtenue. Psalme pour chefz de guerre inforiunez.

Usqaequo , Domine, oblivisoerU. ..

JuSQUES à quand as estably Seigneur, de me mettre en oubly?

Est ce à jamais ? par combien d'aage Destourneras tu ton visage De moy, las d^angoisse remply?

Jusques à quand sera mon cueur Veillant, conseillant, practiqueur, Et plein de soucy ordinaire?

Jusques à quand mon adversaire Sera il dessus moy vainqueur ?

Regarde moy , mon Dieu puissant , Respons à mon cueur gémissant , Et mes yeulx troublez illumine :

Que mortel dormir ne domine Dessus moy quasy périssant.

Que celluy qui guerre me faict,

Ne die point, je Tay def&ict:

Et que tous ceulx qui tant me troublent

Le plaisir qu'il ont ne redoublent,

Par me veoir tresbucher de faict.

En toy gist tout l'espoir ^e moy ,

Par ton secours , fais que J'esmoy

De mon cueur, en plaisir se change :

Lors à Dieu chanteray louenge

Car de chanter j'auray dequoy.

ARGUMENT

Il dit que tout est plein d'infidèles et ethniques : descrit leur entendement corrompu : souhaitte et predict leur ruine , et la déliTrance du peuple de Dieu , par eulx de^orë. Psalme contre les ennemys de Dieu , et de ceulx ^ui l'ayment

Dixit insipisas in corde sno....

LiE fol maling en son cueur dit et croît Que Dieu n'est point et corrompt et renverse Ses mœurs, sa vie, horribles faictz exerce: Pas un tout seul ne faict rien bon ne droict, Ny ne vouldroit.

Dieu du hault ciel a regarde icy Sur les humains, aveeques diligence, S'il en verroit quelqu^un d'intelligence Qui d'invocquer la divine merçy Fust en soocy.

Mais tout bien veu , a trouve qjqie çhascun  fourvoyé, tenant chemins damnables:

Ensemble tous sont faictz abominables :

Et n'est celluy qui face bien aucun , Non jusqu'à un.

N'ont ik nul sens, tous ces pernicieux, Qui font tout mal , et jamais ne se changent : Qui comme pain mon povre peuple mangent ,

Et dHnvocquer ne spot poinl ^ucieux

Le Dieu des cieulx? •

Certainement tous esbahîz seront, Que sur le champ ilz trembleront de craîncte: Car TEtemel, par sa faveur tressaîncte, Tiendra pour ceulx qui droictz se trouveront, Et Paymeront.

Ha malheureux vous vous estudiez A vous mocquer de Tintention bonne , Que l'immortel au povre affli^ donne, Pource quHlz sont sur luy tous appuyez Et en iriez.

0 qui et quand de Sion sortira.

Pour Israël secours en sa souffrance ?

Quand Dieu mettra son peuple à délivrance De joye adonc Israël jouyra , Jacob rira.

ARGUMEI9T.

Ce psalme chante de quelles mœurs doibTcnt estre ornez les yra js citoyens des cieulx. Psalme propre pour inciter à bien vivre.

Domine , qnû habitabit.. .

i^UI est ce qui conversera 0 Seigneur , en ton tabernacle ,

Et qui est celluy qai sera Si heureux que par grâce aura Sur ton^ainct mont seur habitacle?

Ce sera celluy droictement Qui va rondement en besoingne , Qui ne faict rien que justement , Et dont la bouche ouvertement Vérité en son cueur tesmoingne»

Qui par sa langue point ne &ict Rapport , qui loz d^autruy ef&ce :

Qui à son prochain ne meffaict :

Qui aussi ne sonfire de faict, Qu^opprobre h son voisin on face.

Ce sera Thomme contemnant

Les vitieux , aussi qui prise

Ceulx qui craignent le Dieu régnant :

Ce sera Thomme bien tenant

( Fust ce à son dam ) la foy promise.

Qui à usure n^entendra :

Et qui si bien justice exerce , Que le droict d'autruy ne vendra :

Qui charier ainsi vouldra , Craindre ne fault que jamais verse.

ARGUICENT.

Hjrmne tresezcellent , lequel David chante au Seigneur Dieu après quHl Peust rendu paisible et TÎctorieux sur Saul , et sur tous ses autres ennemys , prophétisant de Jésus Christ en la conclusioik du psalme.

Diligam te , Domine.

Je t^aymeray en toute obéissance Tant que vivray, o mon Dieu ma puissance, Dieu c'est mon roch, mon rempart haûlt et seur, C^est ma rançon, c'est mon fort deffenseur. En luy seul gist ma fiance parfaicle , C'est mon pavois, fnes armes , ma retraite: Quant je l'exalte et prie en ferme foy, Soudain rescoux des ennemis me voy.

Dangers de mort un jour m'environnèrent , £t grans torrentz de malings m'estonnerent, J'estois bien près du sepulchre venu Et des fiUetz de la mort prévenu :

Ainsi presse soudain j'invocque et prie Le Toutpuissant , hault à mon Dieu je crie : Mon cry au ciel jusqu^à luy pénétra , Si que ma voix en son oreille entra.

Incontinent tremblèrent les campaignes :

Les fondementz des plus haultes montatgnes

23o PSAt^MES

Tous esbranlez , s^esmeur^t grandement :

Gir il estoit courroucé ardament:

£n ses naseaux luy monta la fumée, Feu aspre yssoît de sa bouche allumée : Si enflambë en son courge estoit, Qu^ardentz charbons de toutes pars jectoit :

Baissa le ciel, de descendre print cure, Ayant soubz piedz une brouee obscure:

Monté estoit sur Chérubin mouvant^ Yoloit gofaidé sur les aesles du vent.

Et se cachoit dedans les noires niies Pour tabernacle atitour de luy tehdûes ; Enfin rendit par sa grande *clarté Ce gros amas de nues escarté :

Gresle jectant et charbons vific en terre, Au ciel menoit l'Eternel grand tonnerre : L^Âltitonnant sa voix g^osise hdrstmeit, Et gresle et £eu sur la lecre transmit, Lança ses dards, rompit toutes leurs bandes. Doubla Tesclair, leur donna frayeuis grandes. A ta menace , et du fort vent poulsé Par toy , Sôgneur, esn ce poinct courroucé.

Furent canaulx desnuez de leur onde , Et descouvertz les fondemens du monde.

Sa main d'enhault icy bas me tendit , Et hors des eaux sain et sauf me rendit.

DE DAVID. 23l

Me recourat des puissans et faussaires ( Et plus que moy raniforcez ) adversaires : A mes dangers il preveut et prévint ; Quand il fut temps, secours de Dieu me vint:

Me meit au large, et si fit entreprise

De me garder, car il me favorise.

Or m^a rendu selon mon équité,

Et de mes mains selon la pureté.

Car du Seigneur. j^avois suivy la voye,

Ne révolte mon cueur de luy n'avoye :

Âins tousjours eu devant Tœil tous ses dictz ,

Sans rejecter un seul de ses edictz :

Si qu^envers luy entier en tout af&ire Me suis monstre , me gardant de mal £iire. Or m^a rendu selon mon équité, Et de mes mains selon la pureté.

Certes Seigneur qui sçais telles mes œuvres, Au bon tresbon , pur au pur te desc^uvres , Tu es entier à qui entier sera , Et défaillant à qui Ëtilly aura.

Les humbles vivre en ta garde tu laisses , Et les sourcilz des braves tu rabaisses: Aussi mon Dieu ma lanterne allumas, Et esclairé en ténèbres tu m^as :

Par toy donnay à travers la bataille.

Mon Dieu devant je saultay la muraille ,

C'est rEternel qui entier est trouvé , Son parler est comme au feu esprouvé :

C'est un bouclier de forte résistance , Pour tous ceulx là qui ont en luy fiance. Mais qui est Dieu sinon le supemel ?

Ou qui est fort si ce n'est l'Etemel?

De hardiesse et force il m'environne , Et seure voye à mes emprises donne :

Mes piedz à ceulx de chevreulx &ict egaulx , Pour monter lieux difficiles et haultz :

Ma main par luy aux armes est aprise, Si quje du bras un arc d'acier je brise : De ton secours l'escu m'as apporté, Et m'a ta dextre au besoing supporté.

Ta grand' bonté ou mon espoir mettoye , M'a £aiict plus grand encor que je n'estoye: Préparer vins mon chemin soubz mes pas, Dont mes talloiis glissans ne furent pas.

Car ennemys sceu poursuy vre et attaindre , Et ne revins sans du tout les estaindre : Durer n'ont peu, tant bien le ay secoux, Ains à mes piedz tresbucherent de coups: Circuy m'as de belliqueuse force , Ployant soubz moy qui m'envahir s'efforce , Tu me monstras le dos des ennemys, Et mes hayneux j'ay en ruyne mis :

Hz ont crié^ n^ont eu secours quelconques , Mesmes à Dîeu et ne les ouyt oncques : Comme la pouidre au vent les ay renduz Et comme fange en la place estenduz.

Délivre m^as du mutin populaire, Et t*a pieu chef des nations me faire : Voyre le peuple , à moy peuple incongneu , Soubz mon renom obéir m*est venu :

Maintz estrangers par servile contraincte M^ont Êiict honneur d^obeissance saincte: Maintz estrangers redoubtans mes effortz, i Espouvei^tez ont tremblé en leurs fortz. ' Vive mon Dieu, à mon saulveur soit gloire, Exalte soit le Dieu de ma victoire , Qui m'a donne pouvoir de me venger , Et qui soubz moy les peuples Êiict renger :

Me garentit qu'ennemys ne me grèvent,

M'esleve hault sur tous ceulx qui s'eslevent

Encontre moy , me délivrant à plein

De rhomme ayant le cueur d'oultrage plein.

Pourtant, mon Dieu, parmy les gens estranges

Te beniray en chantant tes louenges.

Ce Dieu , je dy , qui magnifiquement

Saulva son roy , et qui uniquement

David son oinct traicte en grande clémence :

Traictant, de mesme, à jamais sa semence.

ARGUMENT

Il monstre par le menreîUeux oavrage des cieulx combien Diea est paissant : loue et exalte la lo j divine , et en fin prie le Seigneur, qu'il le préserve de pechë : à fin de luj estre agréable. Psalme pour £gdre contempler la pubsance , et bontë de Dieu.

Cœli enarranl gloriam Dei...

LiES cieulx en chascim lieu , La puissance de Dieu Racomptent aux humains :

Ce grand entour espars , Nonce de toutes pars L^ouvrage de ses mains.

Jour après jour coulant Du Seigneur va parlant Par longue expérience :

La nuict suyvant la nuict Nous presche et nous instruict De sa grand^ sapience.

Et n^y a nation , Longue prolation, Tant soit d^estiranges lieux , Qui n^oje biçn le son La manière et £açon, Du langage des cieulx.

Leur tour pat tout sWend, Et leur propos s'entend Jusques au bout du tnotide :

Dieu en m\x a pose Palais bien compose Au soleil clair et munde :

Dont il sort ainsi beau Gomme un espoux nouveau De son paré pourpris":

Semble un grand prince à veoir , S'esgayant pour avoir D'une course le prix.

D'un bout des cieulx il part , Et attainct l'autre part En un jour^ tant est vis te ; Oultre plus , n'y a rien En ce val terrien , Qui sa chaleur évite.

La trcsentier« loy De Dieu souverain roy , Vient l'ame restaurant.

Son tesmoingnage seor, Sapience en doulceur Monstre à l'humble ignorant.

D'iceluy roy des roys

Les mandemens sont droictz, Et joye au cueur assignent :

Les commandemens saîncts De Dieu , sont purs et sains , Et les yeulx illuminent.

L^obeissance à luy Est un tressainct appny A perpétuité:

Dieu ne faict jugement , Qui véritablement , Me soit plein d^equité.

Ces choses sont encor Plus désirables qu'or n Fust ce fin or de touche :

Et en un cueur sans fiel , Sont plus.doulces que miel, Ne pain de miel en bouche.

Qui servir te vouldra , Par ces poinctz apprendra A ne se fourvoyer :

Et en les observant , En aura le servant, Grand et riche loyer.

Mais ou se trouvera Qui ses Êiultes scaura

Numbwr penser ne dire ?

Las de tant de péchez Qui me sont tous cachez , Purge moy , trescher Sire.

■ *C - ' ' Aussi de grans forfaictz Témérairement faiçtz Soit ton serf relaschë :

Qu'ilz ne régnent en moy :

Si seray hors d'esmoy, Et net de grand péché.

Ma bouche prononcer Ne mon cueur rien penser Ne puisse , qui ne plaise A toy mon defFendeur, Saulveur , et amandeur De ma vie maulTaise.

ARGUMET9T.

Prophétie de Jésus Christ , en laquelle David chanté d^entree , sa hasse et honteuse déjection : puis Texaltation et Festendue de son royaume jusques aux fins de la terre , et la perpétuelle durée dHceluy. Psalme propre pour chanter à la passion du rédempteur.

Dens meus , respice ia me ; quare me dereliquisti ?

Mon Dieu, mon Dieu pourquoy m^as tu laisse Loing de secours , d^ennuy tant oppressé ,

Et loîng du cry que je t'ay addressé Et ma complaincte?

De jour mon Dieu, je t^invocque sans faincte Et toutesfoys ne respond ta voix saincte. De nuict aussi et n^ay dequoy estaincte Soit ma clameur.

Helas y tu es le sainct et la tremeur : Et dlsrael le résident bonheur , Là ou t'a pieu j de ton loz et honneur On chante et prise.

Noz pères ont leur fiance en toy mise, Leur confiance ilz ont sur toy assise : Et tu les as de captifis en fi^nchise Tousjours boutez.

A toy crians , d'ennuy fiirent ostez Espère ont en tes sainctes bontez , Et ont receu sans estre reboutez, Ta grâce prompte*.

Mais moy je suis un ver qui rien ne monte, Et non plus homme, ains des hommes la honte: i^t plus ne sers que de fable et de compte Au peuple bas.

Chascun qui veoit comme ainsi tu m^abbas, De moy se mocque, et y prend ses esbas: Me font la moue , et puis hault et puis bas, Hochent la teste.

Puis vont disans : Il s^appuye et s*arreste Du tout sur Dieu, et luy faict sa rèqueste: Donc il le saulve , et que secours luy preste , S'il Fayme tant.

Si m'as tu mis hors du ventre pourtant , Causes d'espoir tu me (uz apportant , Des que j'estois les mammelles tétant De ma nourrice.

Et qui plus est sortant de la matrice Me recueîlKt ta saincte main tutrice , Et te monstras estre mon Dieu propice Des que fuz né.

Ne te tiens donc de moy si destoi^më : Car le péril m'a de près adjourné ; Et n'est aucun par qui me soit donné Secours ne grâce.

Maint gros toreau m^'em^onnie et menace; Les gros torea^pc de Bassaiii, tinre gcasse , Pour m'assiegpcr m'ont suyvy à la trace En me pressant.

34o PS lu M ES

Et tout ainsi quW lyon ravissant, Apres la proyc en fiireur rugissant , Hz ont ouvert dessus moy languissant Leur gueulle gloute.

Las ma vertu comme eau s^escoule toute , N'ay os qui n'ait la joincture dissoulte : Et comme cire en moy fond goutte à goutte. Mon cueur &schë.

D^humeur je suis comme tuile asséché: Mon palais est à ma langue attaché :

Tu m'as faict près d'estre au tombeau couché, Reduict en cendre.

Car circuy m'ont les chiens pour me prendre : La faulse trouppe est venue m'ofiendre, Venue elle est me transpercer, et fendre Mes piedz et mains.

Compter je puis mes os du plus au moins : Ce que voyant les cruelz inhumains, Tout resjouiz me jectent regardz mâintz, Avec risée.

Ja ma despouille entre eulx ont divisée: * Entre eulx desja ma robbe déposée Hz ont au sort hazardeux exposée A qui l'aura.

Seigneur, ta main donc ne. sVsloingnera : Âins par pitié aecourfi xa^ dopneiia : . Et sMl te plaist, e\h s(^ hastera, : ;

Mon Dieu, ma force. ,

Saulve de glaive, et de mortelle estorce Mon ame, helas , que de p.erdr^ on s'efforce : Délivre la, que du chien ne $oît morse, Chien enrage. ,

Du léonin gosier encouragé Délivre moy 2 respona k Taffligé Qui est par grans lipomes assiégé Des cornes déciles.

Si compteray à mes frères fidèles Ton nom treshanlt : tes vertus immortelles Diray parmy les assemblées belles , Parlant ainsi :

Vous craignans Dieu confessez le sans si , Filz de Jacob exaltez sa mercy:

Crains le tous)ours toy d'Israël aussi La race entière : *

Car rebouté n^a Thumble en sa prière Ne destoumé deluy sa fece arrière : . . S'il a crié , sa bonté singulière L'a exaulcé.

nu i6

^ Âinsî ton loz par moy sera haulsë ,

En grande trouppe, et mon vœu ja dressé Rendray devant le bon peuple amassé , Qui te craînct , Sire.

Là mangeront les povres à suffire, Bénira Dieu, qui Dieu crainct et désire : O TOUS ceulx là, sans fin, je le puis dire, Voz cueurs vivront.

Cela pensant tous se^ convertiront Les boutz du monde, et à Dieu serviront: Bref, toutes gens leurs genoux fleschiront En ta présence.

Car ilz sçauront qu^à la divine essence Seule , appartient règne et magnificence : Donc sur les gens seras par excdlence Roy conquérant.

Gras et repeuz te viendront adorant :

Voyre le maigre à la fosse courant :

Et dont la vie est hors de restaurant, Te donra gloire.

Puis leurs enfims à te servir et croire S^enclinerônt ; et en tout territoire.

De filz en filz il sera fàict mémoire Du Toutpuissant.

Tousjours viendra quelmin d'enU*^ e«lx jssant, Lequel au penpU à l'adv^nîr nai^ant, Ira par tout ta bonté adi^on^nt.

' Sur moy notoire. ,

ARGPMENT.

n chante les biens et la félicité qu'il a et d'une merveilleuse fiance promet que Pieu , 4uqpei ce bien luy vient le traict^ra tousjours de mesme.

DoaUaiu régit me , et nihil •

Mon Dieu me paist soubz sa puissance h^nlte^

G^estmon berger, de rien je n'auray faulte.

En tect bien seur, joignant les beaulx herbages ,

Coucher rae faict , me meine aux clairs rivages y

Traicte ma vie en doulceur treshuraaîne ,

Et pour son nom par droictz sentiers me meine :

Si seurement^ que quai^d au val viendroye, D'umbre de mort, rien de mal ne craindroye , Car avec moy tu es à chascune heure : Puis ta houlette et conduicte m'asseure. Tu enrichis de vivres nécessaires Ma table , aux yeulx de tous mes adversaires :

Tu oings mon chef d'huilejî et secteurs bonnes Et jusque aux bortz pleiQe tasse me dopnes.

Vôyre, et feras que ceste faveur tienne. Tant que vivray comfiaignie toe tienne , Si que tous) ours de hitt ay espérance, - En la maison du Seigneur deotourance;

ARGUMENT

David feit cepsalme^ pour dire quand on ameneroit Tarcfae ou < habitoit la divinité dedans le temple que Salomon debvoît faire. Et est ledict psalme propre pour chanter à la consécration d'un nouveau temple.

Domini est terra et plenitûdo...

Ija terre au Seigneur appartient, Tout ce qu'en sa rondeur contient , Et ceulx qui habitent en elle :

Sur mer fondemens luy donna , L'enrichit, et Tenvironna De mainte rivière tresbelle.

Mais sa montaigne ^st un àainèt Heù, ' Qui viendra donc au moni de Dieu , * Qui est ce qui làî tiendra place? '* ' ' L'homme de màiûs et cuèur lavëV ' En vanitez non eslevë, £t qui n'a juré en fallace.

L'homme tel, Dieu le bénira: -, Bîcû son saulVeut» le mumira

De miséricorde et 'Clemenee; Telle est la génération • ^ i

Cherchant , cherchant d Wection . Du Dieu de Jacob 1^ présence» .

Haulsez vos testes , grans portaulx,

Huys etemelz , tenez vous haultz ^

Si entrera le roy de gloire.

Qui est ce roy tant glorieux?

C'est le fort Dieu victorieux ,

Le plus fort qu'en guerre on peult croire.

Haulsez vos testes, grans portaulx, Huys etemelz, tenez vous haultz, Si entrera le roy de gloire.

Qui est ce roy tant glorieux ?

Le Dieu d'armes victorieux , C'est luy qui est le roy de gloire.

XXL ,

ARGUMENT

Icy Phomme pressé de ses péchez, et de la malice de ses ednemys , prie le seigneur Diea pour s6y : et généralement pour tout le peuple.

Ad te , DomiVe , Uritti unimâin ottam.

A toy, mon 'Dieu y mon cueur monte, En toy mon espoir ay mis :

Fais que je ne tombe à honlè Au gré de mes ennemys.

Honte n'auront voyretnent Ceulx qui dessus toy s'appuyent, Mais bien ceulx qui durement Et sans cause les ennuyent.

Le chemin que tu nous dresses Fais moy congnoistre , Seigneur , De tes sentes et addresses Vueilles moy estre enseigneur.

Achemine moy au cours De ta vérité patente, Comme Dieu de mon secours

Où j'ay chascun jour attente.

De tes boutez le recorde, Metz en mémoire , et estends Geste grand' miséricorde , Dont usé as de tout temps. Oublie la mauvaistié De Torde jeunesse mienne :

De moy selon ta pitié, Par ta bonté te souvienne.

Dieu est bon et véritable, L'a esté , et le sera , Parquoy en voye équitable Les pécheurs addressera.

Les humbles fera venir A vie juste et décente :

Aux humbles fera tenir, L^Ëtemel sa droicte sente.

Bontés seurtë* souvenance, Ce sont de Dieu les sentiers , A ceulx qui sa convenance Gardent bien et vouluntiers.

Helas Seigneur tout parfaict , Pour Tamour de ton nom mesme Pardonne moy mon forfaict :

Car c'est un forfaict ^xtresme.

Quel homme c'est et vray dire Qui en Dieu son désir a , Du chemin qu'il doibt eslire L'Etemel l'advertira :

A repos parmy ses biens Vivra son cueur en grand aage, Puis auront les enfans siens La terre pour héritage.

Dieu Ëiict son secret paroistre A ceulx qui l'ont en honneur, Et leur monstre et Ëiict congnoistre De son contract la teneur.

Quant à moy yeulx , et espritz En tout temps , à Dieu je tourne :

Car mes piedz quant ilz son pris, Du file lire , et destoume.

Jecte donc sur moy la veue,

Prens de moy compassion ,

Personne suis desppurveue,

Seule et en affliction.

Ja mon cueur sens empirer

Et augmenter ses destresses.

Las vueille moy retirer

De ces miennes grans oppresses :

Tourne à mon tourment ta face, Veoy ma peine et mon soucy Et tous mes péchez ef&ce , Qui sont cause de oecy* Yeoy mes ennemys qui sont Non seulement grosse l>ande , Mais qui sur mc^^ certes ont Hayne furieuse et grande.

Préserve de leur embusche Ma vie et délivre moy :

Qu'à honte je ne tresbuche.

Puis que j'aj espoir en toy. Que ma simple intégt'ité (Comme à Pun des tiens) me sarve Et de toute adversité Israël tire et conserve.

DE DAYIb. 249

AKGUHrENT. * ,

David punj par maladie pour son peohé chante que heureux sont ceulx qui par leur coulpe ne tombent point en Tinconvenient ou il est : confesse son pechë : Dieu luy pardonne : enhorte les maul Tais à bien vivre , et les bons à se resjouyr. Psalme pour quiconque pense le mal qu'advient de son pèche'.

Beati quorum remisdte sont iniquiutes.

U bien heureux celluy^ dont les conunises Transgressions sont par grâce remises :

Duquel aussi les iniques péchez, Devant son Dieu sont couvertz et cachez. 0 combien plein de bonheur je repute Uhomme à qui Dieu son péché point n^impute : Et en Vesprit duquel n'habite point D'hypocrisie, et de fraude un seul poinct.

Durant mon mal soit que vinse à me taire, Las de crier ; soit que me prinse à braire Et à geinir tout le jour sans cesser : Mes os n'ont &ict que foudre et s'abaisser. Car jour et nuict ta main dure ay sentie : Par mon pechë , sur moy appesantie :

Si que l'humeur de moy ainsi traictë Sembloit du tout sécheresse d'esté.

Mais mon péché je t'ay declairé, Sire, Caché ne l'ay : et n'ay sceu si tost dire ,

25o PSAUMES

Il fenlt à Dieu confesser mon meffaîct , Que ta bonté vray pardon ne m'ayt faict. Pour peste cause , à heure propre et bonne Te requerra toute saincte personne :

Et quand de maulx un déluge courroit, D'îcelle adonc approcher ne pourroit.

C'est toy qui quîers mon fort, et ma retraite C'est toy qui fais qu'ennuy mal ne me traicte: C'est toy par qui à tous coups m'est livré Dequoy chanter, par me veolr délivré.

\iença cbascun , je te veulx fiiire entendre Et te monstrer la voye où tu dois tendre , En ayant l'œil droict dessus toy planté, Pour t'addresser , comme expérimenté.

Ne sois semblable à cheval ny à muUe , Qui n'ont en eulx intelligence nulle.

Pour les garder de mordre tu refrains Leurs dents et gueulle, avecques mors et freins. L'homme endurcy sera dompté de mesmes , Par maulx sans numbre, et par douleurs extresmcs, Mais qui en Dieu mettra tout son appuy Par grand' doulceur sera traicté de luy.

Or ayez donc de plaisir jouyssance , Et tous en Dieu prenez resjouyssance , Justes humains : menez joye orendroit Chascun de vous, qui avez le cueur droict.

DE DAVID. 25l

ARGUMENT

Cest un bel hymne , auquel le prophète invite d'entrée â célébrer leToutpuissant, puis chantp que tout est plein de sa bontë, recite ses merreilles., admoneste les princes de ne se fier en leurs forces , et que Dieu assiste à ceulx qui le révèrent : puis invocque la bonté.

Exttltate justl in Domino , rectos....

RESVEILLEZ vous chascun fidèle , Menez en Dieu joye orendroît.

Louenge est Iresseanle et belle En la bouche de Thomme droict.

Sur la doulce harpe

Pendue en escharpe

Le Seigneur louez :

De lucz, d'espînettes,

Sainctes chansonnetes

 son nom jouez.

Chantez de luy par mélodie , Nouveau vers, nouvelle chanson, Et que bien on la psalmodie  haulte voix et plaisant son.

Car ce que Dieu mande,

Qu'il dit, et commande,

Est juste et parfaict :

" Tout ce qu'il propose.

252 PSAUMÈS>

Qu'il faict et dispose , A fiance est Ëiict.

Il ayme d'amour souveraine, Que droict règne et justice ait lieu : Quand tout est dict , la terre est pleine De la grande bonté de Dieu.

Dieu par sa parole

Forma chascun pôle ,

Et ciel' précieux:

Du vent de sa bouche

Feit ce qui attoucbe ,

Et orne les cieulx.

Il a les grans eaux amassées, Et la mer comme en un vaisseau , Âùx abysmes les a mu$sees Gomme un trésor en un monceau.

Que la terre toute

Ce grand Dieu redoubte ,

Qui feit tout de rien :

Qu'il n'y ait personne

Qui ne s'en estonne,

Au val terrien.

Car toute chose qu'il a dicte, A esté faicte promptement :

L'obéissance aussi subite , A esté que le mandement.

Le conseil, Temprise Des gens, il debrlse, Et met à Tenvers :

Vaine» , et cassées Il rend les pensées Des peuples divers.

Mais la divine providence Son conseil sçait perpétuer, Ce que son cueur une foys pense Dure à jamais sans se muer.

O gent bien hèurec

Qui toute asseuree ,

Pour sou Dieu le tient :

Heureui le lignage^

Que Dieu en partage

Choisit et relient, r

Le Seigneur étemel regarde Icy bas du plus hault des cieulx , Dessus les humains il prend garde Et les veoit tous devant ses yeulx.

De son throsne stable, *

Paisible , équitable,

Ses clairs yeulx aussi: '

Jusqu^au (bns visitent

Tous cenk qtt' habitent

En ce monde icy*

Car luy seul, sans autre puissance Forma leurs cueurs telz qu'ilz les ont C^est l^y seul qui a congnoissance Quelles toutes leurs œuvres sont.

Numbre de gensdarmes

En assaulx , n^allannes

Ne saulvent le Roy :

Bras ny hallebatde,

L^homme fort ne garde

De mortel desroy.

Celluy se trompe, qui cuyde estre Saulvé par cheval bon et fort :

Ce n'est point par sa force adextre . Que rhomme eschappe un dur effort.

Mais l'œil de Dieu yeille

Sur ceulx, à merveille,

Qui de vouluntë

Craintifz le révèrent :

Qui aussi espèrent

£n sa grand' bonté.

A fin que leur vie il délivre , Quand la mort les menacera :

Et qu'il leur donne dequoy vivre , Au temps que Êimine sera.

Que doncques nostre ame ^

L'Eternel réclame^

S'attendant à luy ; Il est nostre addresse, Nostre forteresse , Pavoy et appuy.

Et par luy grand^ resjouyssance .

Dedans noz cueurs tousjours aurons, Pourveu qu'en la haulte puissance De son nom saîiict nous espérons.

Or ta bonté grande

Dessus nous s'espande,

Nostre Dîeu, et roy,

Tout ainsi, qu'entejite,

Espoir et attente

Nous avons en toy.

ARGUMENT

U s'esmerveiUe de la grande bonté de Dieu, laquelle est si espandue par tout , que mesmes les maulvais s'en sentent : puis chante que lesesleuz la sentent singulièrement sur tous, comme par bénédiction : et prie Dieu la continuer plus longuement , à ceulx qui le congnoissent > et le garder de la violence des maulvais , desquélz il predict aiissi la ruyne.

Dixit injustus , ut delinqnat in Mmetipso...

JJu maling les faictz vicieux Me disent, que devant ses yeulx

N*a point de Dieu la crainete :

Car tant se plaist en son erreur.

Que l'avoir en hajne et horreur

C'est bien force contraincte.

Son parler est nuysant et fin :

Doctrine va fuyant, à fin

De jamais bien ne Êiire :

Songe en son lict meschanceté :

Au chemin tors est arreste' :

A nul mal n'est contraire.

O Seigneur ta bénignité Touche aux cieulx , et ta vërité

Dresse aux nues la teste.

Tes jugementz semblent haultz montz :

Un abysme tes actes bons ,

Tu gardes homme et beste.

O que tes grâces nobles sont Aux hommes qui confiance ont,

En l'umbrc de tes aesles ?

De tes biens saoules leurs désirs :

£t au fleuve de tes plaisirs,

Pour boire les appelles.

Car source de vie en toy gist, £t ta clarté nous eslargist

Ce qu'avons de lumière.

Continue, o Dieu tout puissant, A tout cueur droict te congnoisaant

Ta bonté coustumiere.

Que le pied de rhomme inhumain, De moy n^approche, et que sa maia

Ne m^esbranle ne ^eve.

Cest faict, les iniques cherront.

Et repoulsez, tresbucheront.

Sans quW d^eulx se relevé.

ARGUMENT

A fin que les bons ne s'esbahissent de yeoir prospérer les maulvais , David chante que toutes choses viendront à soubhait â ceulx qui ayment et craignent Dieu : et que ceulx qui n'en font conte (combien qu*ilz semblent fiorir pour quelque temps) seront enfin desracinez. Psalme pour consoler les povres vivans.

NoU ssmalari in maligaantibus,

JN E sois fasché si durant ceste vie Souvent tu veois prospérer les meschans , Et des malings aux biens ne porte envie : Car en ruyne à la fin tresbuchans^ Seront Ëiulchez commç foin , en peu d^heure , Et sécheront comme Therbe des champs.

En Dieu te fie, à bien faire labeure, La terre auras pour habitation :

Et jouyras de rente vraye et seure^ En Dieu feras ta délectation :

Et des soubhaitz que Ion cueur vouldra faire, Te donnera pleine firuiction.

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