XXIX
ARGUMENT
CVst le chant nuptial de Jesns Christ et de son église , soubz la figure de Salomon et de sa principale femme , fille de Pharaon.
Eructa vit cor meam verbam boaum...
Propos exquis &ult que de mon cueur sorte, Car du roy vculx dire chanson de sorte Qu'à ceste foys ma lapgue mieulx dira ,
Qu'un scribe prompt de plume n'escrira.
Le mîeuk forme tu es d'humaine race :
En ton parler gîst merveilleuse grâce : Parquoy Dieu faict que toute nation Sans fin te loue en bénédiction.
O le plus fort que rencontrer on puisse, Accoustre et ceins sur ta robuste xuisse Ton glaive aigu , qui est la resplendeur Et l'ornement de royalle grandeur.
Entre en ton char , triumphe k la bonne heure En grand honneur , puis qu'avec toy demeure Vente, foy, justice, et cueur humain:
Yeoir te fera de grans choses ta main^
Tes dards luysans , et tes sagettes belles Poignantes soBt : les cueurs à toy rebelles Seront au vif d'icelles transpercez, Et dessoubz toy les peuples renversez.
O divin rQy,,ton throsne vénérable Cest un hault throsne, à jamais perdurable: Le sceptre aussi de ton règne puissant , C'est d'équité le sceptre florissant
Iniquité tu hays, aymant justice, Pour ces raisons Dieu ton Seignoir propice, Sur tes confors t'ayant le plus à gré , D'huile de joye odorant t'a sacre.
De tes habite les plys ne sentent qu^ambre, Et musc et myrrhe , en allant de ta chambre Hors ton palais d^y voire hault et fier , Là ou chascun te vient gratifier.
Avec toy sont filles de roy bien nées. De tes presens moult précieux ornées , Et la nouvelle espouse à ton costë Qui d^or d^Ophir couronne sa beauté :
Escoute fille en beauté nompareille , Enten à moy et me preste l'oreille :
Il te convient ton peuple &milier Et la maison de ton père oublier.
Car nostre roy , nostre souverain sire Moult ardamment ta grand' beauté désire : Doresnavant ton seigneur il sera , Et de toy hamble obéissance aura.
Peuple de Tyr, peuple plein de richesses , D'honneur et dons te ferons grans largesses, Ce ne sera de la fille du roy , Soubz manteau d'or , sinon tout noble arroy.
D'habitz brodez richement attoumee, Elle sera devers le roy menée, Avec le train des vierges , la èuyvans , Et de ses plus prochaines , la servans : Pleines de joye, et d'ennuy exemptées,
Au roy seront ensemble présentées :
Elles et toy^ en triumphe et bonheur , LHrez trouver en son palais d^honneur.
Ne plains donc point de laisser mère et père : Car en lieu d^eulx mariage prospère Te produira beaulx et nobles enfantz, Que tu feras par tout roys triumphantz. Quant est de moy , à ton nom et ta gloire Feray escriptz d'éternelle mémoire, Et par lesquels les gens à Tadvenir , Sans fin vouldront te chanter et bénir. .
ARGUMENT
Les bons chantent icy, quelle fiance et seuretëilz ont en tous perîlz, ayant Dieu pour leur garde.
Deiu Boater refagiam et virtiu...
Des qu'adversité nous offense, Dieu nous est appuy et deffense, Au besoing l'avons esprouvé, Et grans secours en luy trouve.
Dont plus n'aurons craincte ne doubte , Et deust trembler la terre toute, Et les montaignes abysmer Au milieu de la haulte mer :
Voyre d eussent les eaux profondes Bruyre, escumer, enfler leurs undes, Et par leur superbe pouvoir Rochers et mont^ignes mouvoir.
Au temps de tourmente si fiere, Les ruisseaux de nostre rivière Resjouyront la grand' cité, Lieu tressainct de la deité.
Il est certain qu^au milieu d^elle , Dieu feict sa demeure étemelle :
Rien esbranler ne la pourra , Car Dieu prompt secours luy donra :
Trouppes de gens sur hous coururent, Meuz contre nous royaumes furent, Du bruict des voix tout l'air fendoit , Et soubz eulx la terre fondoit.
Mais pour nous , en ces durs alarmes A este' le grapd Dieu des armes.
Le Dieu de Jacob : c'est un fort.
Pour nous encontre tout effort.
Venez , contemplez en vousmesmes Du Seigneur les actes supresmes, En ces lieux terrestres voyez.
Comment il les a nettoyez.
Il a estainct cruelle guerre
Par tout jusqu'aux fins de la terre ,
372 JPSAUMES
Brisé lances, rompu les arcs , £t par feu les chariotz ars.
Cessez, dit il, et congnoissance A.yez de ma haulte puissance :
Dieu suis, j^ay exaltation :
Sur toute terre et nation.
Conclusion , le Dieu des armes Des no^tres est en tous alarmes Le Dieu de Jacob cVst un fort, Pous nous encontre tout effort.
ARGUMENT
Il prophétise comment Dieu debvoit appeler à soy toutes nations par Tevangile , et ne demande aux siens pour tous sacrifices , sinon confession et prédication de sa bonté, détestant ceulx qui se vantent d'observer la religion , Sans que leur cueur soit toucha de zèle , ne d'amour en lûy.
Oeus deorum dominas locutus est....
JLe Dieu, le fort, Peternel parlera.
Et hault et clair la terre appellera ,
De rOrient jusques à l'Occident :
Devers Sion Dieu clair et évident
Apparoistra , orne de beauté toute :
ISo^re grand Dien viendra , n^en faicles doubte :
Ayant un feu dévorant devant luy , D'un véhément tourbillon cîrcuy , Lors huchera et terre , et ciel luysant , Pour juger là tout son peuple , en disant : Assemblez moy mes sainctz qui par fiance Sacrifians ont prins mon alliance:
( Et vous les cieulx , dipez en tout endroit Son jugement , car Dieu est juge droict ) Enten mon peuple, et à toy parleray :
Ton Dieu je suis, rien ne te celeray.
Par moy reprins ne seras des ofiirandes Qu'en sacrifice ay voulu que me rendes :
Je n'ay besoing prendre ai nulle saison Bouc de tes parcs , ne beufz de ta maison : Tous animauk des boys de mes biens sont, Mille trouppes^ulx en mille mimtz sont miens : Miens je congnpy les oyseaulx des montdgnes, Et Seigneur suis du bestail des campaigQes :
Si j'avois faim , je ne t'en dirois rien , Car à moy est le monde , et tout son bien. Suis je mangeur de chair de gros toreaux ? Ou, boy je sang de boucz ou de dkeyreawx? A l'Eternel louenge sacrifie , Au souverain rendz tes vœux , et t'y fie :
Invocque moy, quand oppressé seras , Lors t^aîderay, puis honneur m'en feras. Aussi dira TEtemel au meschant :
Pourquoy vas tu mes edictz tant preschant , Et pren ma toy en ta bouche maline , Yeu que tu as en hayne discipline:
Et que mes dictz jectes et ne reçois ? Si un' larron d'adventure apperçois, Avec luy cours : car autant que luy vaulx , T'accompaignant de paillardz et ribaulx : Ta bouche metz à mal et mesdisances , Ta langue brasse et fraudes , et nuy sauces.
Causant assis , pour ton prochain blasmer Et pour ton frère ou cousin diffamer : Tu fais ces mauh et ce pendant. que riens Je n« t'en dy , tu m'estimes et liens Semblable à toy : mais , quoy que tard le face , T'en reprendray quelque jour à ta fece.
Or entendez cela, je vous supply , Vous qui mettez l'Eternel en oubly, Que sans secours ne soyez tous .dc^stictz : Sacrifiant louenge , honneur me ^is , ^ Dit le Seigneur, et qui tient ceste voye, Doubter ne faùlt que mon salut ne voye.
ARGUMENT
Apres la mort d'Urie, David , congnoissant son pechë, en demande pardon à Dieu , et qu'il luy envoyé son esperit , pour le garder de plus pécher : s'offre à instruire, les autres , et prie pour Hierusalem , qui est la yraye Eglise. Psalme propre pour quiconque se sent griefvement avoir offense Dieu.
BIjserere met , Deus , secandam magnam misericordiam tuam.
Miséricorde au povre vicieux,
Dieu tout puissant, selon ta grand' clémence, Use à ce coup de ta bonté inunense , Pour effacer mon faict pernicieux.
Lave moy, Sire, et, relave bien fort, De ma commise iniquité maulvaise :
Et du péché , qui m'a rendu si ord , \ Me nettoyer d'eau de grâce te plaise.
Car de regret mon cueur vil en esraoy, Congnoissant , las , ma grand' faulte présente : Et qui pis est, mon péché se présente
id devant moy.
al j'ay forfaict, pour me deffaire oent faict , roni du contraire.
toujours sceu.
Gpogle
Qu'iniquité print avec moy naissance :
J'ay d'autre part certaine congnoissance, Qu'avec péché ma mère m'a conceu.
Je sçay aussi que tu aymes de faict Yraye équité dedans la conscience :
Ce que n'ay eu, moy à qui tu as faict Veoir les secretz de ta grand' sapience.
D'ysope donc , par toy purgé seray :
Lors me verray plus net que chose nulle : Tu laveras ma trop noire macule :
Lors en blancheur la neige passeray.
Tu me feras joye et liesse ouyr, Me révélant ma grâce interinee :
Lors senliray croistre et se resjouyr Mes os , ma force , et vertu déclinée.
Tu as eu l'œil assez sur mes forfaictz:
Deslourne d'eulx ta courroucée face,
Et te supply ,.non seulement efface
Ce mien péché , mais tous ceulx que j'ay faictz.
O Créateur , te plaise en moy créer
Un cueur tout pur, une vie nouvelle:
Et pour encor te pouvoir agréer ,
Le vray esprit dedans moy renouvelle:
De ton regard je ne sois recullé :
Et te supply , pour finir mon martyre ,
Ton sainct esprit de mon cueur ne retire, Quand tu Tauras en moy renouvelle'..
Redonne moy la liesse que prit En ton salut mon cueur jadis infirme : £t ne m^ostant ce libre et franc esprit. En icelluy pour jamais me confirme.
Lors seulement ne suyvray tes sentiers , Mais les feray aux iniques apprendre :
Si que pécheurs à toy se viendront rendre , Et se vouldront convertir vouluntiers.
O Dieu , o Dieu de ma salvation , Délivre moy de ce mien sanglant vice:
Et lors ma bouche en exultation Chantera hault ta bonté et justice. .
Ha , Seigneur Dieu , ouvre mes lèvres donc : Rien bon n^en sort quand moymesme les ouvre : Mais si ta main, pour les ouvrir, y ouvre, J'annonceray tes louenges adonc.
Si tu voulois sacrifice mortel De boucz et beufz, et conte tu en fisse, Je Teusse offert, mais en temple n^autel, Ne te sont point plaisans telz sacrifices.
Le sacrifice agréable et bien pris De l'Etemel, c'est une ame dolente- Un cueur submis , une ame pénitente :
Ceulx là Seigneur ne te sont à mespris:
Traicte Sion en ta bénignité ,
O Seigneur Dieu , et par tout fortifie
Hierusalem ta treshumble cité^
Ses murs aussi en bref temps édifie.
Ad onc auras des cueurs bien disposez Oblations telles que tu demandes :
Âdonc les beufi^ , ainsi que tu commandes , Sur ton autel seront mis et posez.
ARGÛMETÎT.
Il prie que le règne de Dieu advienne par Jésus Christ : prophétisant retendue , IVquitë , félicite et longue durée d'iceluy règne, le tout souhz la figure de celluy de Salomon.
Deus , jadidum tunm régi da.
1 ES jugementz , Dieu véritable ,
Baille au roy pour régner, Vueille ta justice équitable
Au filz du roy donner.
Il tiendra ton peuple en justice,
Chassant iniquité :
A tes povres sera propice,
Leur gardant équité.
Les peuples verront ai]X montaignes,
La paix croîstre et meurir , Et par costaux et par campaignes
La justice fleurir.
Ceulx du peuple estant en destresse,
L^auront pour deffenseur, Les povres gardera d'oppressé,
Reboutant l'oppresseur.
Aussi un chascun et chascune,
O roy , t'honnorera , Sans fin , tant que soleil et lune
Au monde esclairera.
Il vient comme pluye agréable
Tombant sur prez faulchez , Et comme rousee amyable
Sur les terroirs séchez.
Luy régnant , floriront par voye
Les bons et gracieux, Et longue paix , tant qu'on ne voye
De lune plus aux cieulx.
De l'une mer large et profonde
Jusques à l'autre mer, D'Eufirates, jusqu'au bout du monde,
Roy sç fera nommer.
Ethiopes viendront grand' erre S'incliner devant luy.
28o PSAUMES
Ses hayneux baiseront la terre ,
A l'honneur d'icelluy.
Roys d'isles , et de la mer creuse ,
Viendront à luy presens , Et roys d'Arabie Theureuse,
Pour luy faire presens.
Tous autres roys viendront sans double
A luy s'humilîer , Et le vouldra nation toute
Servir et supplier.
Car délivrance il donra bonne
Au povre à luy plorant, Et au chetif , qui n'a personne
Qui luy soit secourant.
Aux calamiteux et plorables ,
Sera doulx et piteux :
Saulvant les vies misérables ^
Des povres souffreteux :
Les gardera de violence ,
Et dol pernicieux :
Ayant leur sang par sa clémence,
Moult cher et précieux.
Chascun vivra, l'or Arabique
A tous départira , Dont , sans fin , roy tant magnifique
Par tout on bénira :
De peu de grains, force blé somme,
Les espics chascun an Sur les montz bruyront en Pair , comme '
Les arbres de Lyban.
Florira la tourbe civile
De bourgeois et marçhans , Multiplians dedans la ville
Comme herbe par les champs.
Sans fin bruyra le nom et gloire
De ce roy nompareil, De son renom sera mémoire
Tant qu'y aura soleil.
Toutes nations asseurees
Soubz roy tant valeureux , S'en iront vantant bien heurees ,
Et le diront heureux.
Dieu, le Dieu des Israélites ,
Qui sans secours d'aucun Faict des merveilles non petites ,
Soit loué de chascun.
De sa gloire tresaccomplie
Soit loué le renom , Soit toute la terre remplie
Du hault loz de son nom.
î82 PSAUMES
ARGUMEîqT.
Il se complainct de la calamité advenue en Hierusalem par Antiochas , contre lequel il demande aussi Tayde de Diea.
DetOLSy Tcnerant gentes in haereditatem...
JLes gens entrez sont en ton héritage , Hz ont poilu, Seigneur, par leur oultrage Ton temple salnct, Ilierusalem destruîcte, • Si qu'en monceau de pierre l'ont reduicte.
Hz ont baillé les corps
De tes serviteurs morts
Aux corbeaux pour les paistre :
La chair des bien vivans
Aux animaulx suyvans
Boys , et plaine champestre.
Entour la ville ou fut ce dur esclandre^ Las, on a veu le sang d'iceulx espandre Ainsi comme eau jectee à Tadvenlure, Sans que vivant leur donnast sépulture.
Ceulx qui noz voisins sont ,
En opprobre nous ont,
Nous mocquent , nous despitent ?
Ores sommes blasmez
Et par ceulx diffamez
Qui entour nous habitent.
Helas, Seigneur, jusques à quand sera ce? Nous tiendras tu pour jamais hors de grâce ? Ton ire ainsi embrasé, ardra elle, Comme une grand^ flamme perpétuelle :
Tes indignations
Espan sur nations
Qui nlont ta congnoissance :
Ce mal viendroît appoinct
Aux royaumes qui point , N'invocquent ta puissance.
Car ceulx là ont toute presques estaincte Du bon Jacob la postérité saincte, Et en désert totallement tournée La demeurance à luy par toy donnée.
Las ne nous ramentoy
Les vieux maulx contre toy
Perpétrez à grans sommes :
Haste toy , vienne avant
Ta bonté nous saulvant,
Car moult affligez sommes.
Assiste nous , nostre Dieu secourable, Pour rhonneur hault de ton nom vénérable : Délivre nous y sois piteux et paisible, En noz péchez, par ta gloire indicible :
Qu'on ne die au milieu
Des gens , ou est leur Dieu ?
284 PSAUlf^ES
Âins punis lears offenses , VueîUe de toutes partz Des tiens le sang espars Venger en noz présences.
Des prisonniers !e gémissement vienne Jusques au ciel, en la présence tienne : Les condemnez ^ et ceulx qui }a se meurent , Fais que vîvans par ton pouvoir demeurent.
A noz voisins aussi
En leur sein endurcy ,
Sept foys vueille leur rendre
Le blasme et deshonneur,
Que contre toy , Seigneur ,
Ont osé entreprendre.
Et nous alors ton vray peuple et tes hommes Et qui trouppeau de ta pasture sommes , Te chanterons par siècles innombrables , Dé filz en filz preschans tes faictz louables.
David requiert à Dieu , premièrement quUl le face Tivre sans pèche : secondement quUl Tasseure de ses ennemys , luy donnant vie heureuse : puis racompte la puissance et honte' de Dieu ja manifeste , et qu'il 4oibt encores manifester à luy et aux autres.
Incliiu , Domine , aurem tKam....
Mon Dieu , preste moy Toreille ,
Par ta bonté nompareille, Respons moy : car plas n'en puis , Tant povre et affligé suis.
Garde, je te pry, ma vie, Car de bien faire ay envie :
Mon Dieu , garde ton servant , * En l'espoîr de toy vivant.
Las , de Êiire te recorde
Faveur et miséricorde
A moy , qui tant humblement
TMnvocque journellement.
Et donne liesse à Tame
Du serf qui Seigneur te clame,
Car mon cueur, o Dieu des Dieux,
J'esleve à toy jusqu aux cieulx.
A toy mon cueur se transporte, Car tu es de bonne sorte, Et à ceulx plein de secours, Qui à toy vont à recours.
Doncques la prière mienne A tes oreilles parvienne :
Enten , car il est saison , La voix de m4Mi oraison.
Des qu'angoisse me tourmente , A toy je crie et lamente,
Pource qu'à ma triste voix Tu respons souveutesfoys.
Il n'est Dieu àtoy semblable, N'y à toy accomparable, Ne qui se sceust usiter , A tes œuvres imiter.
^ Toute humaine créature , Qui de toy a pris facture Viendra te glorifier Et ton nom magnifier.
Car tu es grand à merveilles Et fais choses nompareîUes :
Aussi as tu l'honneur tel , D'estre seul Dieu immortel.
Mon Dieu monstre moy tes voyes.
A fin qu'aller droict me voyes , Et sur tout mon cueur non fainct Puisse craindre ton nom sainct.
Mon Seigneur Dieu , ta haultesse Je veulx célébrer sans cesse, Et ton sainct nom je pretens, Glorifier en tout temps.
Car tu as à moy indigne Monstre grand' bonté bénigne , Tirant ma vie du bort Du bas tumbeau de la mort.
Mon Dieu , les pervers m^assaillent, A grans trouppes sur moy saillent Et cherchent à mort me veoir Sans à toy regard avoir.
Mais tu es Dieu pitoyable.
Prompt à mercy , et ployable , Tardif à estre irrite, Et de grand' fidélité- En pitié donc me regarde , Baille ta force et ta garde ^ Au foible serviteur tien, Et ton esclave soutien.
Quelque bon signe me donne Qui mes ennemys estonne , Quand verront que toy , Saulveur , Me presteras ta faveur.
' ÂRGUMEl^T*
Le prophète chante en quelle seuretë vit , et de combien de maulx est exempté ceUay qni d'une ferme fiance se submet du tout à Dieu.
Qai habitat in adjutorio Altissimi.
Qui en la garde du hault Dieu
Pour jamais se retire, m. ^9
En umbre bonne et fort liea
Retiré se peult dire.
Concludz donc en ^entendement
Dieu est ma garde seure, Ma haulte tour et fondement*
Sur lequel je ra'asseure.
Car du subtil laq des chasseurs ^
Et de toute Toultrance De pestiférés oppresseurs
Te donra délivrance.
De ses plumes te couvrira,
Seur sera soubz son aesle , Sa deffense te servira
De targe et de rondelle.
Si que de nuict ne craindra point
Chose qui espouvente , Ne dard , ne sagette qui poinct ^
De jour en Pair volante :
N^aucune peste cheminant,
Lors qu'en ténèbres sommes , Ne mal soudain exterminant
En plein midy les hommes.
Quant à ta dextre il en cherroit
Mille, et mille à senestre, Leur mal de toy n'approcheroit.
DE DAVID. 28gt
Quelque mal que puisse estre.
Ains, sans effroy, devant tes yeulx
Tu les verras defFaire, Regardant les pernicieux
Recevoir leur salaire.
Et tout pour avoir dict à Dieu ,
Tu es la garde mienne :
Et d'avoir mis en si hault lieu
La confiance tienne.
Malheur ne te viendra chercher ,
Tien le pour chose vraye, Et de ta maison approcher
Ne pourra nulle playe»
Car il fera commandement
A sts anges tresdignes , De te garder soingneusement ,
Quelque part que chemines.
Par leurs mains seras soubzlevé
A fin que d advenlure Ton pied ne choppe , et soit grevé.
Contre la pierre dure.
Sur lyonceaux, et sur aspidz.
Sur lyons pleins de rage, Et sur dragons qui valent pis ,
Marcheras sans dommage.
Car voycy que Dieu dit de toy,
D^ardant amour^m^honnore , Garder et secourir le doy :
Car mon nom il adore.
S'il m'invocque » l'exauccray :
Aussi pour le deffendre , Eu mal temps avec luy seray,
A son bien veulx entendre.
Et faire de ses ans le cours
Tout à son deslr crois tre :
En efFect, quel est mon secours
Je lui feray congnoistre.
ARGUMENT
David n'estaBt encores roy paisible promet à Dieu des qu'U le
sera faire Poffice d^nn bon prince : c'est à sçavoir , yiyre sans faire
tort, estre rigoureux aux mauly^is , et eslerer les gens de bien.
Misericordiam et judicium canUbo.
V OULCMR m'est pris de mettre en esçripture Psalme parlant de bonté et droicture.
Et si le veulx à toy , mon Dîeu , chanter , Et présenter.
Tenir je veulx la voye non nuysible, Quand tu viendras me rendre roy paisible :
D'un cuenr tout pur conduiray ma maison Avec raison.
Rien de maulvais y veoir n'atiray envie , Car je hay trop les meschans, et leur vie : Un seul d'entre eulx autour de moy adjoinct Ne sera point.
Tout cueur ayant pensée desloyale , Deslogera hors de ma court royalle, Et le nuysant n'y sera bienvenu, Non pas congneu.
Qui par mesdire à part son prochain grève, Qui a cueur gros et les sourcilz esleve , LW mettray bas, Pautre souffrir pour vray Je ne pourray.
Mes yeulx seront fort diligens à querre Les habitans fidèles de la terre, Pour estre à moy : Qui droicte voye ira. Me servira.
Qui s'estudie à user de fallace.
En ma maison point ne trouvera place : De moy n'aura mensonger, ne baveur , Bien ne faveur.
Ains du pays chasseray de bonne heure Tous les mesehans^ tant qu'un seul n^y demeure. Pour du Seigneur nettoyer la cité, DHniquite'.
XXXVUL
ARGUMENT
Il chante les grandes et diverses bontez de Dieu envers les hommes : puis invite , et eulx , et toutes choses créées , a luy donner lonenge et gloire. Psalme qui enseigne à congnoistre Dieu et soymesme.
Benedic<, anima mea , domino , et omnia
OUS, louez Dieu, mon ame, en toute chose. Et tout cela qui dedans moy repose , Louez son nom tressaînct , et accomply : Présente à Dieu louenges et service , O toy mon ame, et tant de bénéfices Qu'en as receu, ne les metz en oubly.
Ains le bénis, luy qui de pleine grâce Toutes tes grans iniquitez efface , Et te guérit de toute infirmité :
Luy qui rachepte et retire ta vie D'entre les dentz de mort pleine d'envîe, T'environnant de sa bénignité.
Luy qui de biens, à souhait et largesse, Emplit ta bouche, en faisant ta jeunesse
DE BAVID. 2^
Renouveller comme à Paigle roya).
C'e^ le Seigneur , qui tousjours se recorde Rendre le droict, par sa miséricorde, Aux oppressez , tant est juge loyal.
A Moyses , de paour qu^on ne fourvoyé, Manifester voulut sa droicte voye, Et aux en&ns dlsrael ses haullz &ictz : Cest le Seigneur enclin à pitié doulce, Prompt à mercy, et qin tard se courrouce : Cest en bontë le par^ict des par&ictz.
Il est bien vray, qqand par nostre inconstance Nous ro£fensons, qu'il nous menace et tenee: Mais point ne tient son cueur incessament. Selon noz maulx point ne nous Ëiict, mais certes, Il est si doulx, qqe selon noz dessertes Ne nous veult pas rendre le chastiment.
Car à chascun qui crainct luy faire Êmlte, La bonté sienne il demonstre aussi haulte j Comme sont hault sur la terre les cieulx. Aussi loing qu'est la part Orientale De rOccident, à la distance égale, Loing de nous met tous noz faictz vitieux.
Comme aux en&ns est piteux un bon père ? Ainsi, pour vray à qui. luy obtempère,
Le Seigneur est de doulce affection :
Car il congnoist de quoy sont faictz les homnfès : Il sçait tresbien , helas , que nous ne sommes Rien ^ sinon pouldre, et putréfaction.
A herbe et foin semblent les jours de Thomme : Pour quelque temps il florit, ainsi comme La fleur des champs , qui nutriment reçoit : Puis en sentant d'un froid vent la venue , Tourne à néant, tant que plus n'est congneue Du lieu auquel n'agueres florissoit.
Mais la mercy de Dieu est éternelle A qui le crainct : et trouveront en elle Les filz des filz justice et grand' bonté : J'enten ceulx là , qui son contract observent : Et qui sa loy en mémoire reservent, Pour accomplir sa saincte voulunté.
Dieu a basly , sans qu'il bransle n'empire, Son throsne aux cieulx , et dessoubz son empire Tous autres sont, et submis et ployez. . Or louez Dieu, anges de vertu grande : Anges, de luy, qui tout ce qu'il commande Faictes si tost que parler vous l'oyez.
Bénissez Dieu , tout son bel exercile , Ministres siens , qui de son vueil licite
DE DAVID, agS
Exécuter ne fastes onc oyseux :
Tous ses haultz faictz , en chascun sien royaume Bénissez Dieu : et pour clocre mon psaume, Louez le aussi mon ame avecques eulx.
, ARGUMENT
Cest an cantique par excellence , auquel DaTid célèbre et glorifie Dieu , de la création et gracieux gouvernement de toutes choses. Psalme pour congnoistre amplement la puissance de Dieu.
Benedic, anima mea, Domiao, Domine....
i9us sus, mon ame, il te fault dire bien De TEtemel. O mon vray Dieu , combien Ta grandeur est excellente et notoire : Tu es vestu de splendeur et de gloire : Tu es vestu de splendeur proprement ; Ne plus ne moins que d'un accoustremeut : Pour pavillon, qui d^un tel roy soit digne, Tu rendz le ciel , ainsi qu^une courtine.
Lambrisse d^eaux est ton palais vousté,
En lieu de char sur la nue es porte :
Et les fortz ventz qui parmy Tair souspirent,
Ton chariot, avec leurs aesles tirent.
Des ventz aussi diligens et légers
Fais tes heraulx , postes et messagers :
296 fSAUMES
Et fouidre et feu, fort promptz à ton service, Sont les sergens de ta haulte justice.
Tu as assis la terre rondement Par contrepoix sur son vray fondement , Si qu'à jamais sera ferme en son estre, Sans se mouvoir n'a dextre n'a senestre. Auparavant, de profonde et grand' eau Couverte estoit , ainsi que d'un manteau : £t les grans eaux Ëdsoient toutes , à Fheure , Dessus les montz leur arrest et demeure.
Mais aussi tost que les voulus tencer , Bien tost les feis de partir s'avancer , Et à ta voix , qu'on oyt tonner en terre , Toutes de paour s'enfuyrent grand' erre. Montaignes lors Vindrent à se dresser :. Pareillement les vaulx à s'abbaisser :
En se rendant droict à la propre place , Que tu leur as estably de ta grâce.
Ainsi la mer bornas par tel compas Que son limite elle ne pourra pas Oultrepasser : et feis ce beau chef d'oeuvre Afin que plus la terre elle ne cœuvre. Tu feis descendre aux vallées les eaux. Sortir y feis fontaines et ruisseaux, Qui vont coulans, et passent, et murmurent. Entre les montz qui les plaines emmurent.
Et c^est à fin que les bestes des champs Puissent leur soif estre là estanchans , Beavans à grë toutes de ces breuvages , Toutes je dy, jusqu^aux asnes sauvages.
Dessus et près de ces ruisseaux courans , Les oyseletz du ciel sont demeurans , Qui au milieu des fueilles et des branches Font resonner leurs voix nettes et franches.
De tes haultz lieux par art autre qu humain , Les montz pierreux arrouses de ta main , Si que la terre est toute saoule et pleine Du fruict venant de ton labeur sans peine. Car ce faisant ^ tu fais par montz et vaulx Germer le foin pour jumentz et chevaulx : L'herbe, à servir Phumaine créature, Luy produisant de la terre pasture.
Le vin pour estre au cueur joye et confort, Le pain aussi pour rendre Phomme fort : Semblablement Phuile, à fin qu'il en face Plus reluysante et joyeuse sa face.
Tes arbres vertz prennent accroissement, 0 Seigneur Dieu, les cèdres mesmement Du mont Liban, que ta bonté supresme, Sans artifice , a plantez elle mesme.
Là font leurs nidz, car il te plaist ainsi,
Les passereaux, et les passes aussi :
De l^autre part sur haultz sapins besongne, Et y bastit sa maison la cîgongne.
Par ta bonté les montz droictz et haultains Sont le refuge aux chèvres , et aux dains : Et aux connilz, et lièvres qui vont viste,
, Les rochers creux sont ordonnez pour giste.
Que diray plus P la claire lune feîs , Pour nous marquer les moys et jours prefix : Et le soleil , des qu'il levé et esclaire, De son coucher a congnoissance claire.
Apres en Fair les ténèbres espars , Et lors se faict la nuict de toutes pars : Durant laquelle aux champs sort toute beste Hors des forestz, pour se jecter en queste.
Les lyonceaux mesmes lofs sont yssans Hors de leurs creux , bruyans et rugissans Apres la proye , à fin d'avoir pasture De toy, Seigneur qui sçais leur nourriture. Puis, aussi tost que le soleil faict jour , A grans trouppeaulx revont en leur séjour : Là ou tous coys se veautrent et reposent, Et en partir tout le long du jour n'osent.
x\doncques sort l'homme sans nul danger , S'en va tout droict à son oeuvre renger ,
Et au labeur soit de champ soit de pree, Soit de jardins jusques à la vespree. • O Seigneur Dieu , que tes œuvres divers Sont merveilleux par le monde univers : O que tu as tout faict par grand'sagesse : Bref, la terre est pleine de ta largesse.
Quant à la grande et spacieuse mer , On ne sçauroit ne numbrer ne nommer Les animaulx qui vont nageant illecques : Moyens , petis et de bien grans avecques. En ceste mer , navires vont errant :
Puis la balaine , horrible monstre et grand « Y as forme qui bien à Taise y noue , Et à son grë par les undes se joue.
Tous animaulx à toy vont à recours , Les yeulx au ciel : à fin que le secours De ta bontë, à repaistre leur donne, Quand le besoing , et le temps s'y adonne. Incontinent que tu leur fais ce bien De le donner, ilz le prennent tresbien : Ta large main n'est pas plus tost ouverte Que de tous biens plante leur est offerte.
Des que ta face, et tes yeulx sont tournez Arrière d'eulx , ilz sont tons estonnez. Si leur esprit tu retires, ik meurent,
3oo PSAUMES
Et en lenr pouldre ilz revont et demeurent. Si ton esprit de rechef tu transmetz, En telle vie adoncques les remetz, Que paravant : et de bestes nouvelles En un moment , la terre renouvelles.
Or soit tous) ours régnant et florissant La majesté du Seigneur tout puissant:
Plaise au Seigneur prendre resjouyssance Aux œuvres hïctz par sa haulte puissance. Le Seigneur Dieu , qui &ict horriblement Terre trembler , d^un regard seulement , Voyre qui faict ( tant peu les sache attaindre) Le plus hault mont d^ahan suer et craindre.
Quant est à moy tant que vivant seray j Au Seigneur Dieu chantei^ ne cesseray : A mon vray Dieu plein de magnificence Psalme feray , tant que j'auray essence. Si le supply, qu^en propos et en son, Luy soit plaisante et doulce ma chanson : S'ainsi advient, retirez vous tristesse, Car en Dieu seul m'esjouyray sans cesse.
De terre soient infidèles exclus « Et les pervers, si bien quHl n'en soit plus. Sus sus, mon cueur, Dieu ou tout bien abonde Te Êiult louer : louez le tout le monde.
DE DAVID, 3oi
ARGUMENT
Le Psalmiste dit, que tontes afflictions Tiennent, et s'en vont par Toulunté divine : et alegue sur ce les pcrilz et calamitez des errans aux desertz , des prisonniers , des malades , et des agitez sur la mer , la reqneste qu'ilz font à Dieu , comme ilz l'obtiennent , comment ilz en rendent grâces , et comment Dieu tient toute choses en sa main , et les change comme il Juy plaist.
Gonfitemini Domino , quoniam bonus.
Donnez au Seigneur gloire 11 est doulx et clément , Et sa bonté notoire Dure éternellement Ceulx qu'il a racheptez, Qu'ilz chantent sa haultesse, Et ceulx qu'il a jectez Hors de la main d'oppressé.
Les ramassant ensemble
D'Orient, d'Occident,
De l'aquilon qui tremble,
Et du midy ardant.
Si d'adventure errans
Par les desertz se treuvent,
Demourance querans ,
Et que trouver n'en peuvent :
3o2 PSAUMES
Et si Paspre &mine, Et la soif sans liqueur Les travaille , et leur mine Et le corps et le cueur :
Pourveu qu'à tel besoing Crians, k Dieu lamentent, Subit il les met loing Des maulx qui les tourmentent.
Et droict chemin passable Leur monstre et faict tenir , Pour en ville habitable Les faire parvenir.
Lors de Dieu vont chantans Les bontez nompareilles , Cà et là racomptans Aux hommes ses merveilles.
D'avoir Tame assouvie , Qui de soif languissoit :
Saoulant de bien la vie , Qui de &im perissoit.
Ceulx qui sont reserrez En ténèbres mortelles , Enchaisnez , enferrez , Et sou£Brans peines telles.
Pour avoir la parolle De Dieu mise à despris,
DE DAVID. 3o3
Et tenu pour frivole Son conseil de hault prix.
Quand ppr tourment leurs cueurs Humiliez demeurent, Abbatuz de langueurs , Sans que nulz \ts sequeurent.
Pourveu qu'à Dieu s'addressent L'appellant au besoing , Tous les maulx qui les pressent 11 les renvoyé au loing.
Des prisons les met hors Mortelles et obscures , Rompant leurs liens fortz, Cordes et chaisnes dures.
Les bontez nompareilles De Dieu lors vont chantant, Cà et là ses merveilles Aux hommes racomptant :
D'avoir jusqu'aux courreaux Brisé d'arain les portes , Et de fer les barreaux Rompu , de ses mains fortes.
Les folz qui les supplices Sentent de leurs péchez , Et qui sont par leurs vice Malades , asséchez.