‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 5)Chapitre 22 sur 81 · III · texte numérisé non relu

III

3o4 PSAUMES

Dont le cuenr tout repas Et viande abomine , £t qui sont près du paa # De la mort, qui les mine:

Pounreu qu'à Dieu s'addressent i

L'appellant au besoing, j

Tous les maulx qui les pressent Il les renvoyé au loing.

D'un seul mot qu^il transmet Leur donne santé telle, Que du tout hors les met , De ruyne mortelle.

Les boQtez nompareilles De Dieu lors vont chantant Cà et là ses merveilles Aux hommes racomptant.

 Dieu d'ardant désir Louenge sacrifient , Et avec grand ^aisir Ses œuvres ij^gnifient

Ceulx qui dedans gallees Dessus la mer s'en vont, Et en grans eaux sallees Mainte trafique font.

Ceulx là , voyent de Dieu Les œuvres merveilleuses ,

DE DAVID. 3o5

Sur le profond milieu Des vagues périlleuses.

Le vent, s^il luy commande,

Soufle tempestueux,

Et s^enfle en la mer grande

Le flot impétueux.

Lors montent au ciel hault ,

Puis aux gouffres descendent,

Et d'effroy , peu s'en fàult

Que les âmes ne rendent.

Chancellent en yvrongne, Troublez du branlement.

Tout leur sens les eslongne , Perdent Tentendement.

Mais si à tel besoing Crians, à Dieu lamentent, Subit il les met loing Des maulx qui les tourmentent.

Faict au vent de tempeste - Sa fureur rabaisser :

Faict que la mer s'arreste Et ses undes cesser.

L'orage retiré , Chascun joye demeine :

Et au port desirë Le Seigneur Dieu les meine.

3o6 PSAUMES

Les bontez nompareiiles De Dieu lors vont chautans , Gà et là ses merveilles Aux hommes racomptans.

Parmy le peuple bas Le surhaulsent en gloire, Et ne le taisent pas Des grans au consistoire.

Luy, qui les eaux profondes ^ En désert convertit , Et les sources des undes Assèche et divertit :

Luy qui stériles faict Terres grasses et belles , Et tout pour le forfaict Des habitans d^icelles.

Qui desertz d^umeurs vuydes Convertit en grans eaux, Et lieux secz et arides , En sources et ruisseaux.

Et qui là faict venir Ceulx qui de faim languissent :

Lesquelz pour s'y tenir Des villes y bastissent

Y semer champ se peinent.

Et vignes y planter ,

DE DAVID. 3o7

Qui tous les ans ameînent Fniîct pour les sustenter.

Là les fortune en biens Les croist, les continue , Et leur bestail en riens Il ne leur diminue.

Puis décroissant de numbre,

Viennent à rareté,

Par maulx et par encombre

Et par stérilité.

Riches , nobles, et grans

Mesprisez il envoyé ,

Par desertz lieux errans ,

Ou n'a chemin ne voye-

Et esleve et délivre Le povre hors d'ennuy , Et force gens faict vivre , Comme un trouppeau soubz luy.

Ce voyans ont aux cueurs Les justes joye enclose, Et de Dieu les mocqueurs S'en vont la bouche close.

Qui a sens et prudence.

Garde à cecy prendra , Lors la grande clémence Du Seigneur entendra.

3o8 PSAUMES

ARGUMENT

Il chante le règne de Jésus Christ , lequel commença en- Sion , et de là parvint jusques aux fins de la terre , et continuera jusques à ce qu^ Jésus Christ soit adore universellement , et que de ses «nnemys il ait faict son marchepied.

t)ixit Dominas Domioo meo....

L'OMJïIPOTENT à mon Seigneur et maistre A dict ce mot : A ma dextre te siedz , Tant que j'auray renverse , et faict estre Tes ennemys le scabeau de tes pied%.

Le sceptre fort de ton puissant empire En fin sera loing de Sîon transmis Par l'Etemel, lequel te viendra dire :

Règne au milieu de tous tes ennemys.

De son bon grë ta gent bien disposée , Au jour tressainct de ton sacre courra : Et aussi dru qu^au matin chet rosée « Naistre en tes filz ta jeunesse on verra.

Car l'Etemel sans muer de courage,

A de toy seul dict et juré avec :

Grand prestre et roy tu seras en tout aage ,

En suyvant l'ordre au bon Melchisedec.

DE David; 809

A ton bras dmct Dieu ton Seigneur et père T^assistera aux belliqueux arroys , Là ou , pour toy , au jour de sa colère Rompra la teste à princes , et à roys.

Sur les gentils exercera justice, Remplira tout de corps mortz envahis, Et frappera pour le dernier supplice, Le chef régnant sur beaucoup de pays.

Puis en passant au milieu de la plaine , Des grans ruisseaux de sang s^abreuvera , Par ce moyen ayant victoire pleine, La teste hault tout joyeux lèvera.

ARGUMENT

De la delWranctB d'Israël hors d'Egypte, et succinctement des principaulx miracles , que Dieu feit pour cela.

la ezitu Israël de Egypte...

Quand Israël hors d'Egypte sortit, Et la maison de Jacob se partit

D'entre le peuple estrange :

Juda fiit faict la grand' gloire de Dieu Et Dieu se feit prince du peuple Hebrieu,

Prince de grand' louenge.

3lO IPSAUMES

La mer le velt , qui s'enfayt soudain , Et contremont l'eau du fleuve Jourdain

Retourner fut contràincte.

Comme moutons montaignes ont sailly , Et si en ont les costaux tressailly,

Comme aigneletz en craincte.

Qu'avois tu mer , à t-enfayr soudain ?

Pourquoy amont, Peau du fleuve Jourdain,

Retourner fuz contràincte?

Pourquoy avez montz en moutons sailly ? Pourquoy costaux en avez tressailly Comme aignetetz en craincte ?

Devant la face au Seigneur qui tout peult, Devant le Dieu de Jacob, quand il veult,

Terre tremble craintive :

Je dy le Dieu , le Dieu convertissant La pierre en lac , et le rocher puissant

En fontaine d'eau vive.

ARGUMEl^T.

Il prie Dieu vouloir pour sa gloire , si bien traicter son peuple , qu'il congnoisse qu'il est le seul Dieu : et que les idoles des-Grentih ne sont rien qu'ouvrages d'hommes. Psalme contre les idolastres.

Non nobis, Domine , non nobis , sed....

Non point à nous, non point à nous. Seigneur,

DE DAVID. 3ll

Mais à ton nom donne gloire et honneur,

Pour ta grand' bonté seure.

Pourquoy diroient les gens , en se mocquant : Où est ce Dieu qu'ilz vont tant inTocqant.

Où est il à ceste heure ?

Certainement nostre Dieu tout parfaict Réside aux cîeulx : et de là hault il faict

Tout ce qu'il veult en somme.

Mais ce qu'adore une si maie gent, Idoles sont, faictes d'or et d^argent,

Ouvrage de main d'homme.

Bouche elles ont , sans parler ne mouvoir : Elles ont yeulx, et ne sçauroient rien veoir,

C'est une chose morte.

Oreilles ont , et ne sçauroient ouyr :

Elles ont nez, et ne sçauroient jouyr

D'odeur 4oulce ne forte.

Elles ont mains , ne pouvans rien toucher : Elles ont piedz , et ne sçavent marcher ,

Gosier, et point rie crient, Telz et pareilz sont tous ceulx qui les font , Et ceulx lesquelz à leurs recours s'en vont ,

Et tous ceulx qui s'y fient.

Toy Israël , arreste ton espoir

3l2 PSAUMES

Sur le Seigneur, c'est ta force et pouvoir,

Bouclier et sauvegarde.

Maison d'Aaron, arreste ton espoir Sur le Seigneur, c'est ta force et pouvoir ,

Lequel te saulve et garde.

Qui craignez Dieu , arrestez votre espoir Sur tel Seigneur, car c'est vostre pouvoir,

Soubz qui l'ennemy tremble.

Le Seigneur Dieu de nous souvenir a :

Plus que jamais Israël bénira ,

Les filz d'Aaron ensemble.

A tous qui sont de l'offenser craintifz , Grans biens a fait depuis les plus petitz

Jusqu'à ceulx de grand aage.

Les biens et dons, qiie pour vous faictz il a, Il fera croistre à vous et à ceulx là

De vostre parentage.

Car favoritz estes , et bien ay mez

Du grand Seigneur, qui les cieulx a formez,

Et terre confinée.

Le Seigneur s'est réserve seulement Les cieulx pour soy : la terre entièrement

Aux hommes a donnée.

0 Seigneur Dieu, l'homme par mort transy

• DE DAVID. 3l3

Ne dit ton loz , ne quiconques aussi

En la fosse devalle.

Maïs nous vivans , par tout où nous irons , De bouche et cueur le Seigneur bénirons

Sans fin, sans intervalle.

ARGUMENT-

G'estun hymne, par lequel David délivre de tous les maulz, et eslevé roy sur tout Israël , rendit publiquement grâces à Dieu au tabernacle de Talliance, la ou d*un grand cueur il célébra la bontë dont il avoit use envers luy : elt là se monstre clairement figure de Jésus Christ.

Confîtemioi Domina) quoniam bonus....

JtiENDEZ à Dieu louenge et gloire.

Car il est bening et clément : .

Qui plus est, sa bonté notoire Dure perpétuellement :

Qu'Israël ores se recorde De chanter solennellement :

Que sa grande miséricorde Dure perpétuellement.

La maison d'Âaron ancienne Vienne tout haolt présentement Confesser, que la bonté sienne Dure perpétuellement.

3l4 PSAUMES •

Tout ceulx qui du Seigneur ont craincte , Viennent aussi chanter , comment Sa bonté pitoyable et saincte Dure perpétuellement.

Ainsi que j'estois en destresse.

En invocquant sa majesté,

11 m'ouyt, et de ceste presse

Me meit au large à saulveté.

Le Toutpuissant, qui m^otiyt plaindre,

Mon party tousjours tenir veult :

Qu'ay je donc que faire de craindre

Tout ce que l'homme faire peult?

De mon costë il se retire Avec ceulx qui me sont amys :

Ainsi cela que je désire.

Je verray en mes ennemys.

Mieulx vault avoir en Dieu fiance , Qu'en rhomme qui est moins que riens:

Mieulx vault avoir en Dieu fiance, Qu'aux princes , et grans terriens.

Beaucoup de gens , c'est chose seure ,

M'assiègent de tous costez.

Au nom de Dieu , ce dy je , à l'heure

Hz seront par moy reboutez.

Hz m'avoient encloz par grand'ire,

DE DAVID. 3i5

Encloz m'avoîent tous mutinez :

Au nom de Dieu, ce vins je à dire, Ils seront par moy ruynez.

Hz m'a voient encloz comme abeilles, Et furent les folz et haultains Au nom du grand Dieu des merveilles^ Comme feu d'espines estainctz.

Tu as , importun adversaire , Rudement contre moy couru, Pour du tout tresbucher me faire , Mais PEternel ma secouru.

Le Toutpuissant , c'est ma puissance, C'est l'argument , c'est le discours De mes vers pleins d'esjouyssance , C'est de luy que j'ay eu secours.

Aux maisons de mon peuple juste On n'oy t rien que joye et confort , On chante, on dit : le bras robuste Du Seigneur a faict grand effort.

De l'Eternel la main adextre S'est eslevee à ceste foys :

Dieu a faict vertu par sa dextre :

Telle est du bon peuple la voix.

Arrière ennemys et envie, Car la mort point ne sentiray ,

3e6 psaumes

Ainçoys demoureray en vie, Et les faîctz dn Seigneur diray.

• Chastié m'a je le confesse, Chastië m'a , puny , batu , Mais point n*a voulu sa hauttesse , , Que par mort je fusse abbatu.

Ouvrez moy les grans portes belles Du sainct temple aux justes voué, A fin que j'entre par îcelles , £t que Dieu soit par moy loué :

Car grandes portes sumptueuses, Sont les portes du Seigneur Dieu :

Les justes gens et vertueuses , Peuvent passer tout au milieu. Là diray ta gloire supresme , Là par moy seras célébré ; Car en adversité extresme , Exaulcé m'as et délivré.

La pierre par ceiilx rejectee.

Qui du bastiment ont besoing , A esté assise et plantée Au plus hault du principal coing.

Cela , c'est une œuvre céleste Faicte pour vray du Dieu des dieux.

DE DAVID. 3l7

Et un miracle manifeste , Lequel se présente à nos ;eulx.

La voicy l'heureuse journée Que Dieu a faicte à plein désir.

Par vous soit joye démenée , Et prenons en elle plaisir.

Or te prions , Dieu nostre père , En ta garde à ce coup nous tien , • Et en fortune si prospère Doresnavant nous entretien.

Beneist soit, qui au nom tresdigne Du Seigneur , est venu icy.

0 vous de la maison divine , Nous vous bénissons tous aussi.

Dieu est puissant , doulx et propice Et nous donra lumière à gré :

Liez le beuf du sacrifice Aux cornes de l'autel sacré.

Tu es le seul Dieu que j'honnore , Aussi sans fin te chanteray :

Tu es le seul Dieu que j'adore , Aussi sans fin t'exalteray.

Rendez à Dieu louenge et gloire, Car il est bening et clément,

3l8 PSAUMES

Qui plus est , sa bontë notoire Dure perpétuellement

ARGUMENT

Il invite à louer Dieu , d:. ce quHl regarde, gpuveme et mue toutes choses selon sa prudence, tousjours eslevant les humbles , et rétablissant les misérables. Psalme pour consoler les povres et les femmes stériles.

Laudat« y pueri , Domiaum.

liiNiFANS qui le Seigneur servez Louez le et son nom esjevez , Louez sou nom et sa haultesse.

Soit presché , soit &ict solennel Le nom du Seigneur étemel , Par tout en ce temps , et sans cesse.

D'Orient jusqu'en l'Occident Doibt estre le loz évident Du Seigneur et sa renommée.

Sur toutes gens le Dieu des dieux Est exalté , et sur les cieulx S'esleve sa gloire estimée.

Qui est pareil à nostre Dieu :

Lequel faict sa demeure au lieu

Le plus hault que Ton sçauroit querre ?

DE DAVID, Sig

Et puis en bas veult devaller, Pour toutes choses spéculer , Qui se font au ciel et en terre ?

Le. povre sur terre gisant Il esleve en l'authorisant , Et le tire hors de la boue Pour le coUoquer aux honneurs Des seigneurs, j'enten des seigneurs Du peuple, que sien il avoue.

C'est luy qui remplit à foyson De tresbeaulx enfans la maison De la femme qui est stérile :

Et lui faict jbye recevoir Quand d^impuissance à concevoir, Se veoit d^enfans mère fertile.

ARGUMEI9T.

Il dit, que.ceulx qui vrayement craignent et ayment Dieu, sont heureux, soit en public, soit en prive'.

Beat! omnes qui timent Dominnm

Sien heureux est quiconques Sert à Dieu vouluntiers, £t ne se lassa oncques De suyvre ses sentiers, iii. ai

Sao PSAUMES

Du labeur que sçaîs faire Vivras commodément , Et ira ton affaire Bien et heureusement.

Quand à Tlieur de ta ligue, Ta femme en ta maison Sera comme une vigne, Portant fruict à foyson. .

Et autour de ta table Seront tes enfans beaulx , Comme un reng délectable D'oliviers tous^ nouveauliç.

Ce sont les bénéfices Dont sera jouyssant Celluy qui fuyant vices Craindra le Toutpuissant.

De Sion Dieu sublime Te fera tant de bien, De veoir Hierosolyme , Et tes jours aller bien.

Et verras de ta race , Double prospérité.

Et sur Israël grâce, Paix et félicité.

ARGUMENT

Affectueuse prière de celluy qui par son péché a beaucoup d'adversité», et toutesfoys par espérance feitee, se promet obtenir de Dieu remission de ses péchez, et délivrance desesm^anlx. Psalme propre pour tous ceulx qui font pénitence.

De profun4is clamayi a4 t« , Domine...

Uu fons de ma. pensée, .

Au fous de tous ennuis , A toy s'est addressee Ma clameur, jours et nuîctz.

Enten ma voix plainctive, Seigneur , il est saison , Ton oreille ententive Soit à mon oraison.

Si ta rigueur expresse En noz péchez tu tiens , Seigneur 4 Seigneur, qui est ce, Qui demourra des tiens ?

Or n'es lu point severe , Mais propice à mercy :

C'est pourquoy on révère Toy et ta loy aussi.

£n Dieu )e me console Mon ame s'y attend,

En sa ferme paroUe Tout mon espoir s^estend.

Mon ame à Dieu regarde Matin et sans séjour.

Plus n^atin que la garde Assise au point du jour.

Qu'Israël en Dieu fonde Hardiment son appuy :

Car en Dieu grâce abonde, Et secours est en luy.

C'est celluy qui sans doubte Israël jectera Hors d'iniquité toute, Et le racheptera.

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