ROMAN DE LA ROSE
entendemens en mal et les appliquer à choses dissolues à cause de la persuasive matière de fol amour ■ , dedans tout au long continue , pour cause que fol appétit sensuel ou sensualité j nourrice de tout mal et marastre de vertu , est moteur d^icelluy propos , tout honneur saulvé et premis. Je respons que Tintention de Vautheur n^est point simplement et de soy mesme mal fondée ne maulvaise. Car hien peult estre que le dîct autheur ne jectoît pas seulement son penser et fantasie sur le sens littéral, ains plus tost attiroit son esprit au sens allégorique et moral , comme Tun disant et entendant Tau tre. Je ne veulx pas ce que je dy affermer , mais il me semble qu^il peult ainsi avoir faict , et si celluy autheur n'a ainsi son sens réglé et n'est entré soubz la morale couverture pénétrant jusqu'à la morale du nouveau sens mystique, toutesfoys Ton le peult moralement exposer et en diverses sortes. Je dy donc que par la rose qui est tant appetee par l'amant , est entendu Testât de sa sapience : Ùen est justement à la rose conforme pour les valeurs , doulceurs et odeurs qui en elle sont , laquelle moult est à avoir difficile pour les empeschemens entrepose! aux^elz ne me veulx arrester pour le présent. Et en ccste manière d'exposer , sera la rose figurée jpar la rose papale, qui est de trois choses composée : c'est asçavoir d'oir , de musc et de basme : car vraye sapience doibt estre d'or , signi-
' Le Roman de la Rose, à son apparition , fut trop admire et trop critique. Les prédicateurs le dénoncèrent comme hérétique, et tendant à la corruption des mœurs. Guillaume de Lorris et Jean de Meun , avaient osé se moquer des moines ! Les femmes , qui n'étaient pas bien traitées dans ce livre , joignaient leurs prudes criai!leries ilux censures ecclésiastiques. Mais les admirateurs de ce roman opposèrent leur enthousiasme à cette ligue pieuese , et les théologiens découvrirent bientôt avec joie sous le voile erotique de Pallégorie les mystères les plus vénérables de la religion.
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fiant l'honneur et révérence que nous debvons ii Dîen le crea^ teur : de musc , à cause de la fidélité et justice que nous debvons avoir à nostre prochain : et de basme quant à nous mesmes en tant que nous debvons tenir noz âmes chères et précieuses , comme le basme pur et cher sur toutes les choses du monde : secondement on peult entendre par la rose Testât de grâce qui semblablement est à avoir difficile non pas de la part de celluj qui la donne 9 car c'est Dieu le Toutpuissant : mais de la partie du pécheur qui tousjours est empesché et esloingné du coUateur d'icelle : ceste manière de rose spirituelle , tant bien spirant et reflagrant , pouvons aux roses figurer par la vertu desquelles retourna en sa première forme le grand Apulée , selon que l'on escrit au livre de VAsne d'or , quand il eust trouvé le chappelet de fleurs de rosier pendant au sistre de Ceres déesse des bledz. Car tout ainsi que ledict Apulée qui avoit esté transmué en asne , retrouva sa première figure d'homme sensé et raisonnable 9 pareillement le pécheur humain £ûct et converty en beste brute par irraisonnable similitude , reprend son estât premier d'innocence par la grâce de Dieu qui luy est conférée , lorsqu'il trouve le chappelet ou couronne de rose , c'est assavoir Testât de pénitence pendu au doulx sistre de Ceres. C'est la doulceur de la miséricorde divine. Tiercement nous pouvons entendre par la rose la glorieuse vierge Marie ^ pour ses boutez, doulceurset perfections de grâce , desquelles je me tais pour le présent. Et sçaches que ceste virginale rose n'est facile aux hérétiques d'avoir et n'y eust il seulement que Malebouche qui les empesché d'approcher de sa bonté , car ilz ont mal d'elle parlé voulans maculer et dénigrer son naturel honneur , en disant qu'il ne la fault saluer et appeller mère de pitié et de miséricorde. C'est la blanche jrose que nous trouverons en Hierico 9 plantée , comme dit le Sage 9 quasi plantatio rosœ in Hierico* Quartement nous
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pouvons par la rose comprendre le souverain bien infiny et la gloire d^eternelle béatitude, laquelle comme vrays amateurs de la doulceur et aménité perpétuelle ^ pourrons obtenir en évitant les vices qui nous empeschent et apnt recours des vertuz qui nous introduirons au verger d^nfinie liesse jusqu'au rosier de tout bien et gloire qui est la beatifique vision de Tessence de Dieu. Ce rosier peult estre figuré non pas aux roses de Pestum en Italie qui fleurissent deux foys Tan , car c'est peu souvent, mais à la rose que présenta au sage roy Salomon la royne de Sabba Etbyopîenne , comme nous lisons , et appert au livre de ses Proverbes et des questions qu'elle luy demanda pour esprouver sa sapience, dont tant fut esmerveillee , que son sens defailloit en elle , selon qu'il est escrîpt au livre des Roys. Elle prit deux roses desquelles Tune venoit de Tarbre naturellement et l'autre procedoit par simulation : car elle l'avoit Êdct sopbistiquement et par art ressemblant à la rose naturelle, tant estoit subtilement ouvrée. Yoyla, dit elle, deux roses devant votre pacifique majesté présentes dont l'une vrayement est naturelle et l'autre non. Pourtant dictes moy , Sire , qui est la naturelle rose , monstres la moy avecques le doigt. Salomon ce voyant feit apporter aucunes mouches à miel , pensant et considérant par la science qu'il avoit de toutes choses naturelles que lesdictes mouches y selon leur propriété, iroient incontinente la rose naturelle , non pas à la sophistiquée : car telz oyseletz plaisantz et mellifiques désirent etappetent les doulces fleurs sur toutes choses* Parquoy il monstra à la royne la vraye rose la discernant de l'autre qui estoit Ëûcte de senteurs contre&isant nature. Celle rose naturelle peult donc signifier le bien infiny et vraye gloire céleste , qui point n'est sophistique ne deceyable , comme la gloire du monde présent , qui nous déçoit en tant que nous croyons qu'elle soit vraye : mais non est. Donc-