A M. PELLISSON, PRESIDENT DE SAVOYE
Excuse, las ! Président très insigne, L'cscrit de cil qui du fait est indigne : Indigne est bien quand il veult approcher L'honneur de cil qu'homme ne dcust toucher. Seroit ce point pour ton honneur blasmer. Et, le blasmant, du tout le déprimer?
Certes, ncnny. Car tout homme vivant
Ne peut aller ton honneur dénigrant.
•C'est toy qui es le chef et capitaine
De tous espritz (la chose est bien certaine):
Un Ciceron quant à l'art d'éloquence,
Pour d'un chascun prendre benivolence;
Un Salomon en jugemens parfaits,
Plein de divins et de tous humains faits;
Un vray Cresus en biens et opulence,
Humble d'autant, et remply de clémence;
Un où le roy s'est du tout reposé
Pour le pays qu'en main luy a posé
Régir du tout, aussi le gouverner.
Droit exercer, et le tout dominer.
Brref, si j'avois des langues plus de cent,
Et d'Apollo le sçavoir tant décent.
Je ne pourrois encor bien satisfaire
A déclarer l'honneur qu'on te deust faire.
Doncques de moy, qui suis infirme et bas,
Comment pourras appaiser les débats?
Comment seront mes esperits délivres.
Pour en ton nom publier quelques livres?
Car mes escrits n'ont mérité, sans faulte,
De parvenir à personne si haulte.
Quoi qu'il en soit, la douceur des neuf Muses
Qui en toy sont divinement infuses,
M'ont donné cueur, évitant pour un poinct
Prolixité, dire ce qui me poind.
Las ! cher seigneur, depuis trois mois en çà De France ay prins mon chemin par deçà. Pour voltiger et voir nouveaulx pays.
Mais à la fin mes sens tout esbahiz Si ont esté, et mesmes quand ma plume De son plein vol a perdu la coustume.
Je pensois bien trouver le cas semblable Comme à Paris; mais mon cas estoit fable, Ainsi que voy, car icy la pratique M'a bien monstre qu'elle estoit fort etique, Et serois mis quasy en desespoir, Si ce n'estoit que j'ay un ferme espoir Que médecin seras en cest endroit,
Quand un boiteux tu feras aller droit
Par recipez, en me disant ainsi :
« Pourveu tu es : ne te bouges d'icy. »
Si te supply, cher seigneur, qu'il te plaise D'ouïr mes ditz, les lisant à ton ayse : Et me pourveoir de trois mots seulement, Qui me pourront donner allégement.
En ce faisant ma plume s'enflera.
Et mon voler du tout s'augmentera, Pour du vouloir, aussi de la puissance Faire devoir et deue obéissance.
Tant en quatrains, dizains, rondeaux, ballades, A cil qui rend la santé aux malades.
Te suppliant de recevoir en gré L'escrit de cil qui n*a cy nul degré, Et qui toujours demourra despourveu, Si de par toy en cela n'est pourveu.