LIEUTENANT POUR LE ROY PAR DELA LES MONTS
Vertu qui est de l'heur acompaignée, Prince sorty de royalle lignée, C'est la seurté de victoire et d'honneur : Or t'a donné le souverain donneur Et l'un et l'aultre : il t'a donné fortune A ta vertu prospère et opportune; Vertu qui rien de jeunesse ne sent, Vertu chenue en aage adolescent, Qui ne sera, comme je croy, trompée De la Fortune adverse de Pompée.
Ainsi, ayant ce que Caesar avoit, Qui est celluy qui à l'œil bien ne voit Qu'impossible est qu'en armes ne l'imites, Et que, partant, passeras ses limites?
L'arbrisseau franc qui florist et boutonne, D'en veoir le fruict espérance nous donne; L'effect récent de tes premiers efforts De tes haulx faictz advenir nous fait forts, Qui puis un peu, en la plaine campaigne, Rompis l'armée et la gloire d'Espaignc, En fouldroyant de tes robustes mains Xombre infiny d'Espaignolz et Germains; Oui de leurs corps as la terre couverte. Et de leur sang feis rougir l'herbe verte; Qui feis fuyr, de paour plus froid que glace. Le vieil marquis devant ta jeune face.
Puis ramenas, sans faire pertes grandes, Dedans ton ost les marti.iUcs bandes Et Ifb souldardz loyaulx et non mutins Souillez de sang et riches de butins;
274 EPÎSTRES
Qui tost chassas Petre Coliimne De Carignan, dont méritas corone De verd laurier. Bien la mérites certes, Veu que tu es le recouvrSur des pertes Qu'a eu (helas !) en la terre italique Depuis vingt ans la nation gallique.
C'est luy, c'est luy, n'en soyez mal contetis, Vieulx conducteurs, qui, seul depuis le temps. Nous a gaigné et bataille et journée.
Courage, enfants, car la chance est tournée ! L'heur d'Hannibal par la fatale main De Scipion, le jeune enfant romain.
Fut destourné : par prince de mesme aage Se tourne l'heur de Charles en dommaige; Entrer voyons noz bonnes destinées, Et prendre fin les siennes déclinées.
Dessoubz Bourbon fut son heur commencé, Dessoubz Bourbon s'en va desadvancé.
b Roy, aussy ton propre nom il porte, Et par Françoys Françoys en mainte sorte Sera vengé. O Roy de grand renom, Bien aultre chose a de toy que le nom : Il a de toy la sage hardiesse; Il a de toy au combat la proesse; Il a de toy (Nature ainsi le veult) Je ne sçay quoy, qui nommer ne se peillt, Dont attirer il sçait le cueur des hommes. Et à bon droict souvent ton fîlz le nommes.
A toy doncq, Roy, à toy doncques ne tienne Entre tes mains la possession tienne De mettre en brief ; soyt tousjours ta main prompte A soustcnir sa fortune qui monte, Et toy qui tiens aux Itales son lieu, Pallas prudente, et Mars le puissant dieu, Te doint finir ton œuvre commencée.
S'ainsi advient, sortez de ma pensée, Tristes cnnuictz, qui m'avez fait escrire Vers doloureux. Arrière ceste lyre Dont je chantais l'amour par cy devant! Plus ne m'onez Venus mettre en avant,
Ne de flageol sonner chant bucolique, Ains sonneray la trompette bellique Du grand Virgile, ou d'Homère ancien, Pour célébrer les haultz faictz d'Anguyen, Lequel sera contre fortune amere Xostre Achilles, et Marot, son Homère.
EPISTRES D'AUTEURS CONTEMPORAINS attribuées à Marot