‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 118 sur 258 · MAL ATTRIBUÉE PAR CI DEVANT A MAROT · texte numérisé non relu

MAL ATTRIBUÉE PAR CI DEVANT A MAROT

Quand j'ay bien leu ces livres nouvellets, Ces Cliantz royaulx, Epistres, Rondeletz, Mis en avant par nos deux secrétaires, Oui en rithmant traictcnt plusieurs affaires, Je leur escris par moyen de plaisir, Et de ce faire ay bien prins le loysir; Car raison veut que jo les advertissc Qu'ils n'ont pas eu du Poëte notice Qui dit qu'on doit garder ses vers neuf ans, Pource qu'on doit craindre flottas et vents TvOrsqu'on transporte et qu'on mcct en lumière Des cscrivans leur ouvrage première, Laquelle il faut reveoir diligemment, Et de plusieurs avoir Je jugement.

Celuy est sot qui son imparlaict œuvre

A toutes gens impudemment descœuvre.

Plusieurs sçavans disent : « Qui sont ces veaulx Qui à rithmer se rompent les cerveaulx? >>

Il semble à veoir, quand leur rithme on entonne. Que tout partout là où on l'oyt il tonne. Tout leur escrit est rude, estrange, obscur, Tant l'un et l'autre est en sa veine dur.

Il est bien vray que cest art d'escripture Est bien séant quand on l'a de nature, Ce qu'on cognoist à la facilité; Et ne court point sans grande vérité Ce commun dict : « On ne faict rien qui serve Quand on le faict bon gré maulgré Minerve. » Ce que les gens d'esprit et de sçavoir Facilement peuvent appercevoir.

On voit tant bien une œuvre qui sent l'huile, Ou esventée et seiche comme tuile !

Il est facile à discerner les vers Qui n'ont point vie et gisent à l'envers; Il est facile, on le sent à la trace. Quand aucuns vers viennent de bonne race. Je ne veulx pas pourtant les abaisser A celle fin de mon style haulser.

Car je congnois la petite science Que Dieu me donne, et prens en patience; Mais seulement je veux mettre en avant Le jugement de maint homme sçavant Et de plusieurs qui leur maistre seroycnt Quand en cest art leur plume adresseroycnt.

Je ne veux donc trencher du parangon Pour me monstrer enncmy de Sagon; Je ne prestens ne plaid ne hutcrie Avec Sagon ne La Hueterie; Ce nonobstant, s'ils en veulent à moy Je n'en seray (ce croi je) en grand esmoy, Car je voy bien à peu près que leur veine Est un petit trop débile et trop vaine Pour bien jouer. Cela très bien je sçay. A veoir sans plus leur povre coup d'essay.

Si dessus moy leur choiera s'allume,

La Dieu mercy, nous avons encre et plume Pour leur respondre un peu plus sagement Ou'ilz n'ont escript tous deux premièrement; Que bien, que mal, selon nos fantasies, Nous escfivons souvent des poësies.

Si ne suffist d'escrire maint blason, Mais il convient garder rithme et raison : Rithme et raison, ainsi comme il me s(']nV)le Doivent tous] ours estre logez ensemble.

L'homme rassis doit son cas disposer De longue main, premier que d'exposer Son escripture et ses petits ouvrages Dessous les yeux de tant de personnages, Dont plusieurs n'ont mis en jeu leurs volumes, Combien qu'ilz soyent faicts d'excellentes plumes. Tant moins doit on faire un œuvre imprimer Où il y a grandement à limer.

Il faut souvent y approcher la lime. Avant qu'il soit permis que l'on imprime; Car les sçavans disent : « Bran du rithmeur. Pareillement : merde pour l'imprimeur, Lequel nous vient cy rompre les cervelles De ses traictez non vallans deux groselles. »

Titres haultains ne nous font qu'abuser A celle fin qu'on y voyse muser; Il n'y a point de plaisir en leur muse, Non plus qu'au son de vieille cornemuse. Je n'eussse pas pensé que de six ans On eust peu veoir de si sots courtisans. Qui eussent eu la plume si legiere Qu'elle auroit peur de demeurer derrière. On jugeroit que ces compositeurs Sont aussi tost poètes qu'orateurs,

O courtisans, vostre veine petite Pour bons rithmeurs va un petit trop viste. Non fait, que dis je? Ains. pour le faire court 11 faut ainsi avoir bruit en la court. Un bon rithmeur, qui a l'expérience Que de nature il a ceste science.

En second point, il ne doit tant errer

Qu'il n'ayt povoir de sa main tempérer A ce que, par quelque manière lasche, Dessus autruy ses aiguillons ne lasche Efïrenement, l'assaillant le premier.

O le beau faict que l'on doit premier î

Je ne vey onc, depuis que suis en vie, Escrire plus d'ardeur, gloire et envie.

Certes, l'escript le plus à détester, C'est par ranqueur mesdire et contester. Celuy lequel aguise ainsi son stile Doit à bon droit estre appelle Zoïle. ♦

Tu monstres bien ta maie affection, A l'affligé donnant affliction.

Ce n'est pas là, ce n'est pas là la voye Qui gens d'esprit à bon renom convoyé.

Communément de tel commencement On n'en voit pas fort bon advancement.

C'en est bien loing; il y a trop à dire Qu'on vienne à bien par blasmer et mesdire. Certes, avant qu'il soit jamais dix ans, On montrera au doigt les mesdisans.

Desja on dit de La Hueterie Et de Sagon : Ce n'est que flatterie.

A l'entour d'eux de cent pas on la sent. Je l'ay desja bien ouy dire à cent.

Sage n'est pas celuy qui se soulace A dire mal, pensant acquérir grâce, Et mesmement qui dict mal de celuy Qui ne s'en doubte et est bien loing de luy. Dont il prétend avoir le lieu et gages; Mais beau temps vient après pluye et orages.

Facilement et sans prendre grand soing, On dict du mal de celuy qui est loing, Que l'on pourroit a\oir en révérence Pour son sçavoir quand il est en présence. Quand telles gens se cuident advancer.

Lors on les veoit tant plus desadvancer. Il ne faut pas par moyen deshonneste Penser venir à quelque fm honneste.

Et qu'y a il plus loing d'honnesteté

Que de mesdire avec une aspretc?

Voilà comment pour le moins, à ce compte. De vostre faict ne peult sortir que honte Et deshonneur, si vous n'estes comptez Pour gens qui sont desja tous eshontez.

Je m'esbahys comment tu as peu cstre Si aveuglé de te prendre à ton maistre : Vous en deussiez tous deux mourir de dueil. On le congnoist et au doigt et à l'œil. D'autant s'en faut que la vostre marotte Ne luy ressemble : elle est trop jeune et sotte.

Un peu trop tost vous voulustes frotter De l'ensuivir pour contremarotter ; L'un va rithmant La fere contre araire, Et l'autre aussi irere contre desplaire ; L'autre par trop les oreilles m'offence Quand pour allume a voulu dire accense ; L'autre redit vn.oytié et amyiié En douze vers et moins de la moytié; L'autre descript après, Dieu sçait comment, Un chascun ciel et chascun élément; L'astronomie, aussi l'astrologie, Vous la diriez estre par eulx régie.

Maistre et remettre, aussi cueiirs et obscurs, Ce sont beaulx mots, mais en rithme ilz sont durs, Et puis on veult pout agréable avoir Oùivre tant sot et mal plaisant à veoir !

Tantost après vingt et deux si arrivent Qui pas à pas l'un et l'autre s'ensuivent. Puis Sagon fonde, en docteur Arcadique, Quatre raisons, sans texte cvangelique.

Aussi plusieurs personnages divers Onques n'ont peu m' exposer ces deux vers : Ton mal penser mect bien loing la pensée Près du soucy de ton ame offensée.

Près et bien loin g s'entresuivent très mal. Aussi .sent il troubler l'esprit vital, Et cela vient de trop d'audace prinse, Qui de plusieurs pourroit estre reprinse; Ce nono])stant, par telle folle audace.

liPlSTKES 285

Nul d'eulx ne quiert que d'estre mis en grâce, Ce qui leur est chose plus qu'impossible. Que s'il m'estoit par bon loisyr possible, J'aurois assez pour esmouvoir maints cueurs Des sots propos de ces rhetoriqueurs.

Ne sçay si bons la commune les clame, Mais je sçay bien que tout sçavant les blasme; Voilà que c'est : noz compositions Veulent régner par noz affections.

Je n'ay loysir plus avant m'entremettre; Mieulx me vau droit entreprendre autre mètre Où l'on pourroit cueillir quelque bon fruict, Car je ne veux comme eux acquérir bruit; Mais je sçaurois voluntiers quel homme est ce Qui m'asseurast en sa foy et promesse Qu'il auroit peu tirer un seul profïit De ces traictez que l'un et l'autre fit, Tant froids vers Dieu, vers le monde et l'Eglise. Tant seulement chascun d'eulx temporise A celle fin d'obtenir quelque don; Leur stile est doulx voire comme un chardon; Ce nonobstant, cuydent en ceste sorte Que de l'honneur et prouffit il en sorte.

Hommç ne doit s'entremettre en quelque art Duquel jamais n'entendit bien le quart.

ELEGIE PREMIÈRE

Quand j'entrepiins t'escrire ceste lettre, Avant qu'un mot à mon gré sceusse mettre En cent façons elle fut commencée, Plustost escripte et plustost effacée.

Soudain fermée et tout soudain desclose, Craignant avoir oublié quelque chose Ou d'avoir mys aucun mot à refaire; Et, briefvcment, je ne sçavais que faire De l'envoyer vers toy, mon reconfort; Car (pour certain) Doubte advertissoit fort Le mien esprit de ne la commencer, Ne devers toy en chemin l'advancer.

Incessamment venoit Doubte me dire :

« Homme abusé, que veulx lu plus escrire? Tous tes escriptz envoyez à fiance Sont mys au fonds du cotïre d'oubliante. N'as tu point d'yeulx? Ne veois tu pas que celle Où tu escriz ses nouvelles te celle?

Si tes en\'oys luy fussent agi-eables.

Elle t'eust faict responces amyables.

Croy luoy, amy, que les choses peu plaisent Quand on les voyt, si les voyans se taisent. »

Ainsi disoit Doubte pleine d'esmoy; Mais Ferme Amour, qui estoit avec moy, Me dit : « Amant, il fault que tu t'asseures; Te convient il doubter en choses seures? Sçais tu pas bien qu'en cueur de noble dame Loger ne peult ingratitude infâme?

S'elle a de toy quelque escript apperceu, Croy qu'à grand' joye aura esté receu, Leu et releu, baisé et rebaisé, Puis mys à part, comme un trésor prisé.

« Et si pour toy ne mect lettres en voye, Crainte ne veult que vers toy les envoyé. Car bien souvent lettres et messagers Les dames font tomber en gros dangers.

Par quoy, amy, ne laisse point à prendre La plume en main, en luy faisant apprendre Que quand jamais elle ne t'escriroit, Ja pour cela t'amour ne periroit.

Si par amour le fais (comme je pense) Mal n'en viendra, mais plus tost recompense, Pource que chose estant d'amour venue Voluntiers est par amour recongneue.

Recongnois donc que celle où tu t'adrcsses D'honnesteté congnoist bien les adresses. Voylà comment Amour Ferme t'excuse De ce de quoy Doubte si fort t'accuse. » Et m'ont tenu longuement en ce poinct.

L'un dit : « Escry; » l'autre dit : « N'esçry point. » Puis l'un m'attraict, puis l'autre me reboute; Mais à la fin Amour a vaincu Doubte.

Doubte vouloit lyer de sa cordelle Ma langue et main : mais tout en despit d'elle Amour a faict ma langue desployer, Et ma main dcxtre à t'cscrire employer, Pour t'advertir que, puis le mien départ, Tant de malheurs, dont j'ay receu ma part, Tombez sur nou^;, n'ont point eu la puissance De te ject'jr hor^ de ma congnoib»ance;

Voyre, et combien qu'au camp il n'y eust ame Parlant d'amours, de damoyselle ou dame, Mais seulement de courses et chevaulx.

De sang, de feu, de guerre ou de travaulx. Ce nonobstant, avecques son contraire, Amour venoit à mon cueur se retraire Par le record qui de toy m'advenoit; D'autre (pour vray) tant peu me souvenoit, Que si de toy cela ne fust venu, Certes, jamais ne me fust souvenu D'amour, de dame ou damoyselle aucune, Car tu es tout quant à moy et n'es qu'une.

Que diray plus du combat rigoureux?

Tu sçais assez que le sort malheureux Tomba du tout sur nostre nation; Ne sçay si c'est par destination.

Mais tant y a que je croy que Fortune Desiroit fort de nous estre importune.

Là fut percé tout oultre rudement Le bras de cil qui t'ayme loyaument; Non pas le bras dont il a de coustume De manier ou la lance ou la plume :

Amour encor le te garde et reserve, Et par escripts veult que de loing te serve.

Finalement, avec le Roy mon maistre Delà les monts prisonnier se veit estre Mon triste corps, navré, en grand' souffrance. Quant est du cueur, long temps y a qu'en France Ton prisonnier il est sans mesprison.

Or est le corps sorty hors de prison; Mais, quant au cueur, puisque tu es la garde De sa prison, d'en sortir il n'a garde, Car tel prison luy semble plus heureuse Que celle au corps ne sembla rigoureuse, Et trop plus ayme estre serf en tes mains. Qu'en liberté parmy tous les humains.

Aussi fut prins maint roy, maint duc et conte En ce conflit, dont je laisse le compte; Car que me vault d'inventer et de querre En cas d'amours tant de propos de guerre?

T. I. tg

J'en laisseray du tout faire à Espaignc,

De qui la main en nostre sang se baigno.

C'est à ses gens à coucher par hystoires

D'un style hault triumphes et victoires,

Et c'est à nous à coucher par escripts

D'un piteux stile infortunes et crys.

Ainsi diront leurs victoires apertes,

Et nous dirons noz malheureuses pertes.

Les dire, hélas ! il vault trop mieulx les taire ;

Il vault trop mieux en un lieu solitaire,

En champs ou boys pleins d'arbres et de fleurs

Aller dicter les plaisirs ou les pleurs

Que l'on reçoit de sa dame chérie;

Puis, pour oster hors du cueur fascherie,

Voiler en plaine et chasser en forests,

Descoupler chiens, tendre toilles et rhetz;

Aucunesfoys, après les longues courses,

Se venir seoir près des ruysseaux et sources,

Et s'endormir au son de l'eau qui bruyt.

Ou escouter la musique et le bruyt

Des oyselets paints de couleurs estranges.

Comme mallars, merles, maulvis, mésanges,

Pinsons, pi vers, passes et passerons;

En ce plaisir le temps nous passerons.

Et n'en sera (ce croy je) offensé Dieu,

Puis que la guerre à l'amour donne lieu.

Mais s'il advient que la guerre s'esbranle, Lors conviendra danser d'un autre branle : Laisser fauldra boys, sources et ruysseaux. Laisser fauldra chasse, chiens et oyseaux. Laisser fauldra d'Amours les petitz dons. Pour suyvre aux champs estandars et guydons. Et lors chascun ses forces reprendra, Et pour l'amour de s'amye tendra A recouvrer gloire, honneur et butins.

Faisant congnoistre aux Espaignols mutins Que longuement Fortune variable En un lieu seul ne peult estre amyable. Tant plus les a Fortune autorisez, Tant moins seront en fin favorisez.

Car la fortune est pour un verre prise,

Qui tant plus luyst, plus tost se casse et brise.

Voyla comment, avecques Dieu, j'espère

Que nous aurons la Fortune prospère.

Si ne sçay plus que t'escrire ou mander.

Fors seulement de te recommander

Cil qui vers toy ceste lettre transmect,

Et si pour luy ta main blanche ne mect

La plume en œuvre, au moins (quoy qu'il advienne)

Fais que de luy quelquefoys te souvienne.

S'il t'en souvient, lorsque tu trouveras De mes amys, si dure ne seras, A mon ad vis, que de moy ne t'enquieres. Et, qui plus est, que tu ne les requières De t'ad\ertir en quel ppinct je me porte; Lors ce seul mot. si on me le rapporte, Allégera la grand' douleur des coups Dont j'ay esté en deux sortes secoux.

Amour a faict de mon cueur une bute, Et guerre m'a navré de haquebute :

Le coup du bras le montre à veue d'œil; Le coup du cueur se monstre par son dueil. Ce nonobstant, celuy du bras s'amende; Celuy du cueur, je te le recommande.

Puis qu'il te fault desloger de ce lieu. Il m'est bien force (hélas !) de dire adieu Par escripture au corps qui s'en ira, Veu que la bouche à peine le dira.

O quel départ plein de dueil ou liesse ! Certes, croy mov (ma terrestre déesse) Que ton départ a vertu et povoir De me laisser ou vie ou desespoir.

Quand ta promesse avant partir tiendras, En tout plaisir ton amy maintiendras;

Mais si mon cueur ne vient à son entente, A ce coup cy je n'y ay plus d'attente; Et si je pers icelle attente toute, User mes jours en desespoir je doubte.

Pour ton amour j'ay souffert tant d'ennuys, Par tant de jours et tant de longues nuycts, Qu'il est advis, à l'espoir qui me tient, Que desespoir le cours du ciel retient, A celle fin que le jour ne s'approche De l'attendue et désirée approche.

Un an y a que par toy commencée Fut l'amytié; et sçachant ta pensée.

Esclave et serf d'Amour fus arresté, Ce qui devant jamais n'avoit esté.

Un an y a (ou il s'en faut bien peu) Que par toy suis d'espérance repeu.

O moys de may pour moy trop sec et maigre ! O doulx acueil, tu me seras trop aigre, Si ma maistresse, avant son départir, En autre goust ne te veult convertir !

S'ainsi n'advient, à tel moys de l'année Bien me duyra couleur noire ou tannée.

A un tel moys, qu'on doibt danser et rire, Raison vouldra que d'ennuy je souspire, Veu qu'en ce temps fut faicte l'alliance Dont je perdray la totalle fiance.

Mais s'il te plaist, à tel moys de l'année Ne me duyra couleur noire et tannée.

A un tel moys. qu'on doibt s'esbatre et rire, Raison vouldra que point je ne souspire, Veu qu'en ce temps fut faicte l'alliance Dont j'obtiendray la totalle fiance.

Las! s'il t'eust pieu, bien je l'eusse obtenue Depuis le temps de la tienne venue; Mais je congnois que ton amour de glace Près de mon feu du tout se fond et passe. Ne me dy point que peur te faict refraindre : Je sçay que n'as occasion de craindre; Puis crainctc et peur retarder ne font point Le cueur d'aucun, quand vrayc Amour le poinct.

Que diray plus? Au tour dont je t'accuse Ne trouveras bien suflSsante excuse.

Qu'il soit ainsi, plus tost huy que demain, (Si ton bon sens y veult mettre la main) Maugré Fortune et tout en despit d'elle, Tu me rendras content, et toy fidelle.

Bref, rien n'y fault, sinon que ton plaisir Soit accordant à mon ardant désir.

Or voy je bien que tu n'as pas envie De me laisser ton cueur toute ta vie ; Car s'ainsi fust, ton servant allié Par jouyssance eusses desja lié, Veu que souvent tu t'es dicte asseurée Que loyauté auroit en luy durée.

Ce nonobstant, quand ton cueur vouldras prendre, Pour t'obeir je suis prest à le rendre. Quant est du mien, tu le tiens enserré En tes prisons, et si n'a point erré; Que pleust à Dieu ne t'avoir jamais veue Ou que ma vie encores fust pourveue De sa franchise, ou que ton propre vueil • Fust ressemblant à ton si bel accueil ! Ha! chère amye, onc jour de mon vivant Ne me trouvay de tel sorte escrivant.

Mon sens se trouble, et lourdement ritlimoie, Mon cueur se fend, et mon po\Te œil larmoie. Bien prevoyans qu'après le tien départ Des biens d'amour ilz n'auront jamais part.

Doncques, avant de partir te supplie.

Qu'envers moy soit ta promesse accomplie. Ne pers l'amy qui ne t'a point forfaict; Donne remède au mal que tu as faict.

Si tu le fais, bien heureux me ticndray : Si ne le fais, patience prendray, M'esjouyssant voyant ma foy promise Wiener la tienne en triumphe submisc.

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