‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 131 sur 258 · DE JEHAN CHAUVIN^ MENESTRIER · texte numérisé non relu

DE JEHAN CHAUVIN^ MENESTRIER

Chauvin, sonnant sur Seine les aulbades, Donna tel aise aux gentilles Nayades, Que l'un, pour tous, des aquatiques dieux Parla ainsi : « Le son mélodieux De ce Chauvin, frères, nous pourroit nuyre Par traict de temps, et noz femmes seduyre Jusqu'à les faire yssir de la claire unde Pour habiter la terre large et ronde.

Ne feit, au chant de son psalterion, Sortir des eaux les daulphins Arion?

Ne tira pas Orpheus Eurydice Hors des Enfers? Cela nous est indice Que cestuy cy, qui mieulx que ces deux sonne, Et qui tant est gratieuse personne.

Nous pourroit bien noz nymphes suborner. »

Ces motz finiz, se prindrent à tourner Ces dieux jaloux au tour de la nassellc Du bon Chauvin, et, renversans icelle, L'ont en leurs eaux plongé et suffocqué; Puis chacun d'eulx des nymphes s'est mocqué En leur disant, « Venez, dames, venez, Voicy Chauvin, que si cher vous tenez, Commandez luy que danser il vous face. »

Lors le baisant ainsi mort en la face, Toutes sur luy de leurs yeulx espandirent Nouvelles eaux, et après le rendirent Dessus la terre ôs mains de ses amys, Qui l'ont ensemble en sépulture mys Ji^t d'instrumcns de musique divers

Au roy du ciel et du monde univers Ont rendu gloire et immortelles grâces De l'avoir mys hors des terrestres places Pleines de maulx, pour le loger en lieu Où plus n'endure et plus n'offense Dieu.

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