ELEGIE XXIV
Gente Danés, de Juppiter aymée, Dedans la tour d'arain bien enfermée, Puis que Fortune adverse de tout bien Est maintenant envieuse du mien ; Puis que de l'œil elle m'a destourné Du beau présent qu'elle m'avoit donné; Puis que parler à vous ne puis et n'ose, Que puis je faire orendroit autre chose, Fors par escript nouvelles vous mander De mon ennuy, et vous recommander Le cueur de moy, dont avez jouyssance.
Le cueur sur qui nulle autre n'a puissance, Le cueur qui feut de franchise interdict Quand prisonnier en voz mains se rendit, Et de rechef prisonnier confermé Avecques vous en la tour enfermé?
Je vous supply, par celuy dur tourment Que nous souffrons pour aymer loyaument, Qu'entre voz mains il face sa demeure, Jusques à tant que l'un ou l'autre meure. Tandis Fortune avec cours temporel Se changera, suyvant son naturel.
Et ne nous est si dure et mal prospère. Comme paisible et bonne je Tespere.
Parquoy, amye, or vous reconfortez En cest espoir, et constamment portez L'ime moytié de l'infortune forte; L'autre moytié croyez que je la porte.
Mais où sont ceulx qui ont eu leur désir
En amytié sans quelque desplaisir?
Il n'en est point certes, et n'en fut oncques
Et n'en sera. Ne nous estonnez doncques,
Car j'apperçoy de loing venir le temps
Que nous serons plus que jamais contens,
Et que de moy serez encore servie
Sans nul danger et en despit d'envie.