ELEGIE XXV
rOUR MONSIEUR DE BARROVR A MA DAMOYSELLE DE lîTTp.AN •
Le serviteur de vous, chère maistrcsse, D'un triste cueur cest escript vous addresse Pour salut humble, et pour vous advertir Qu'il m'est besoing d'auprès de vous partir; Mais je ne puis bien vous rendre advertie Combien de dueil j'ay de la départie; Parquoy vault mieulx à voz pensers remettre Ce que n'en puis par escripture mettre. Qe neantmoins, puis qu'à l'heure présente Encre et papier devant moy se présente, Compter vous vueil un débat qui m'esveille.
Toutes les foys que je dors ou sommeille, Dire me vient (d'une part) mon Devoir Qu'il m'est besoing par long temps ne voiis veoir. Me remonstrant que j'ay certain affaire Que trop je laisse à poursuyvre et à faire, Et que pour tost chose pressée ouvrer Laisser on doibt ce qu'on peult recouvrer.
De l'autre part Désir vient contredire A mon Devoir, et luy vient ainsi dire : '( Faschcux Devoir, veulx tu qu'un serviteur Qui, quand à l'œil jamais ne se veit heur Tel qu'à présent, ores il abemdonne Ce bien exquis que Vray Amour luy donne? Laissera il celle qui est pourveue
De tant de dons? laissera il la veiie De ce regard de doulceiir accomply, Soubz le hazard d'estre mis en oubly? »
Ainsi Désir et mon Devoir me preschent, Vous ad visant que tous deux tant m'empeschent Que je ne sçay auquel j'obeiray :
Pourquoy, maistresse. icy vous suppliray De m'advertir qu'il convient que je face.
Mon Devoir veult qu'eslongne vostre face; Désir me veult près de vous retenir; Mais à nulz d'eulx je ne me veulx tenir, Et n'en feray fors cela seulement Qu'ordonnera vostre commandement, Qui dessus moy autant a de puissance Que serviteurs doivent d'obéissance.