‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 176 sur 258 · DE TROIS COULEURS, GRIS, TANNK ET NOIR · texte numérisé non relu

DE TROIS COULEURS, GRIS, TANNK ET NOIR

Gris, tanné, noir, porte la fleur des fleurs Pour sa livrée, avec regretz et pleurs. Pleurs et regretz en son cueur elle enferme, Mais les couleurs dont ses vestementz ferme, Sans dire mot, exposent ses douleurs.

Car le noir dit la fermeté des cueurs, Gris le travail, et tanné les langueurs; Par ainsi c'est langueur en travail ferme, Ciris, tanné, noir.

J'ay ce fort mal par elle et ses valeurs, Et en souffrant ne crains aucuns malheurs. Car sa bonté de mieulx avoir m'afferme; Ce nonobstant, en attendant le terme.

Me fault porter ces trois tristes couleurs, G ri-- 1nnn<'\ noir.

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d'un sov deffiant de sa dame (1525)

Plus qu'en autre lieu de la ronde Mon cueur vole comme l'aronde Vers toy, en prières et dictz; Mais si asprement l'escondis, Que noyer le fais en clair unde.

Dont ne puis croire, ou l'on me tonde, Que ton cueur à m'aymcr se fonde, Quand tous biens m'y sont interdictz Plus qu'en autre lieu.

Car il n'y a princesse au monde Qui m'aymast d'amour si profonde Comme celle que tu me dis.

Qui ne m'ouvrist le paradis De jouyssance, où grâce abonde Plus qu'en autre lieu.

DE CELUY OUI NE PENSE OU'EN s'aMYE

Toutes les nuictz je ne pense (pfcn celle Qui a le corps ]i]n<, gent qu'une pucellc

De quatorze ans, sur le poinct d'enrager. Et au dedans un cueur, pour abréger, Autant joyeux qu'eut oncques damoyselle,

Elle a beau tainct, un parler de bon zelle Et le tetin rond comme une grozelle :

N'ay je donc pas bien cause de songer Toutes les nuictz?

Touchant son cueur, je l'ay en ma cordelle. Et son mary n'a sinon le corps d'elle; Mais toutesfoys, quand il vouldra changer, Prenne le cueur, et, pour le soulager, J'auray pour moy le gent corps de la belle Toutes les nuictz.

DE CELUY QUI ENTRA DE NUICT CHEZ s'AMYE

De nuict et jour fault estre adventureux Qui d'amours veult avoir biens plantureux. Quant est de moy, je n'euz onc craincte d'ame Fors seulenaent, en entrant chez ma dame, D' estre apperceu des langars dangereux.

Un soir bien tard me feirent si paoureux Qu'advis m'estoit qu'il estoit jour pour eulx; Mais si entray je, et n'en vint janiais blasme De nuict et jour.

La nuict je prins d'elle un fruict savoureux. Au poinct du jour vey son corps amoureux, Entre deux draps plus odorans que basme. Mon œil adonc, qui de plaisir se pasme. Dit à mes bras : « Vous estes bien heureux De nuict et jour. »

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