RONDEAU PARFAICT A SES AMYS APRÈS SA DELIVRANCE
En liberté maintenant me pourmaine, Mais en prison pourtant je fuz cloué; Voylà comment Fortune me demaine :
C'est bien et mal. Dieu soit du tout loué.
Les envieux ont dit que de Noué
N'en sortiroys ; que la mort les emmaine !
Maulgré leurs dens le neu est desnoué : En liberté maintenant me pourmaine.
Pourtant, si j'ay fasché la Court Rommaine, JEntre meschans ne fuz onc alloué :
De bien famez j'ay hanté le dommaine, Mais en prison pourtant je fuz cloué.
Car aussitost que fuz desadvoué De celle là qui me fut tant humaine, Bien tost après à sainct Pris fuz voué; Voilà comment Fortune me demaine.
J'euz à Paris prison fort inhumaine; A Chartres fuz doulcement encloué; Maintenant voys où mon plaisir me maine : C'est bien et mal. Dieu soit de tout loué.
Au fort, amys, c'est à vous bien joué, Quand vostre main hors du per me ramaine Escript et faict d'un cueur bien enjoué. Le premier jour de la verte semaine, En liberté.
l'adieu de FRANCE A L'EMPEREUR (1540)
Adieu, César, Prince bien fortuné,
De vray honneur par vertu couronné;
Adieu le chef de la noble Toyson,
Au départir de la propre maison
Dont le bon Duc ton grand ayeul fut né.
Onand je t'auray cent foys adieu donné, Et à grand dueil des yeulx abandonné, Le cueur fera pour toy son oraison.
Adieu.
Le suppliant qu'un jour jà ordonné Te voye icy des tiens environné :
J'entens des tiens qui sont miens par raison. Or j'attendray cestc heureuse saison, En grand désir que tu sois retourné.
Adieu, César.
Au cueur ne peult un chascun commander.
Ne les raisons de son vueil demander
Pour les entendre à sa perfection;
Cela, pour vray, gist à l'affection
Qui sert de luy pour nuyre ou amender.
L'œil fourvoyé se peult contremander. Bouche obeyr pour se recommander, * Bien que ce soit dissimulation Au cueur.
La main se peult à tous faictz hazarder. L'oreille ouyr ou d'ouyr se garder; Franche est ainsi leur occupation.
Au dedans gist toute l'affection.
Mesme d'Amour, où il fault regarder Au cueur.