‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 192 sur 258 · CHANSON PREMIÈRE · texte numérisé non relu

CHANSON PREMIÈRE

Plaisir n'ay plus, mais vy en desconfort; Fortune m'a renais en gi-and'douîenr.

L'heur que j'avois est tourné en malhe\ir. Mal heureux est qui n'a aucun confort.

Fort suis dolent, et regret me remord; Mort m'a osté ma dame de valeur; L'heur que j'avois est tourne en mallicur : Mal heureux est qui n'a aucun confort.

Valoir ne puis, en ce monde suis mort;

Morte est m'amour, dont suis en grand' langueur

Langoureux suis, plein d'amere liqueur;

Le cueur me part pour sa dolente mort.

Secourez moy, ma Dame par amours, Ou autrement la Mort me vient quérir : Autre que vous ne peult donner secours A mon la.^ cueur, lequel s'en va mourir.

Helas, helas ! vueillez donc secourir

Celiiy qui vyt pour vous en grand' destresse,

Car de son cueur vous estes la maistresse.

Si par aymer et souffrir nuictz et jours

L'amy dessert ce qu'il vient requérir.

Dictes pourquoy faictes si longz séjours

A rne donner ce que tant veulx chérir?

O noble cueur, laisserez vous périr

Vostre servant par faulte de liesse?

Je croy qu'en vous n'a point tant de rudesse.

Vostre rigueur ni,e feit plusieurs destours Quand au preraier je vous vins requérir; ^lais Bel Acueil m'a faict d'assez bons tours En me laissant maintz baisers conquérir. Las ! voz baisers ne me sçaivent guérir, JNIais vont croissant l'ardent feu qui me presse Jouj^ssance est ma médecine expresse.

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