‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 20 sur 258 · XXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXIV NOTICE

se promenait à travers la France, les querelles religieuses s'envenimaient dans la capitale; les novateurs devenaient audacieux, ce qui ne faisait qu'accroître la colère de tous ceux qui tenaient à l'ordre de choses établi. Le roi hésitait encore et attendait pour prendre un parti contre ces tentatives de rébellion qui semblaient devoir menacer la monarchie aussi bien que la religion, quand un événement vint lui enlever les dernières hésitations qui pouvaient lui rester : dans la nuit du i8 au 19 octobre 1534 (quelques-uns disent le 24), un fanatique imprudent avait osé afficher aux portes du palais de justice des placards injurieux contre la messe et le sacrement de l'Eucharistie, placards grossiers qui, venus de Suisse et d'Allemagne, ne ressemblaient que de loin aux choses chères à l'esprit français. Ils fureat même apposés à la porte de la chambre du roi, au château de Blois, où la cour séjournait alors.

François I^^, vivement affecté de cet excès d'audace, résolut de sévir en n'écoutant que sa colère. La répression fut terrible : des bûchers s'allumèrent dans tous les quartiers de Paris : vingt-quatre victimes périrent dans les flammes, et cette exécution remplit l'Europe d'étonnement et de stupeur. Le roi assista à une procession solennelle dans Paris, et quelques jours plus tard, le 15 janvier 1535, on ajournait « à son de trompe, à trois briefs jours, par les carrefours de Paris, jusques au nombre de soixante-treize luthériens, qui s'en estoient fuis, à comparoir en personne », parmi lesquels Clément Marot (Journal d'un bourgeois de Paris, p. 446).

Mais notre poète avait pratiqué cette science que les habiles du moyen âge appelaient la science de bien fuir. Il venait de quitter l'abbaye de Vauluisant, en Champagne, avait, en passant, serré la main à son ami Couillart, seigneur du Pavillon, à Lorris, en Gâtinois, et était arrivé à Blois, où la rencontre de quelques dames amies le retint deux ou trois jours. Il se disposait à rentrer à Paris, quand un postillon vint lui apporter la fatale nouvelle. Il avait été dénoncé

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