‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 22 sur 258 · XXVI NOTICE · texte numérisé non relu

XXVI NOTICE

connaissait guère Marot que de réputation. Mais auprès d'elle se trouvaient les protectrices nées de Clément : Michelle de Saubonne, alors M"^^ de Soubise, et sa fille, Madame de Pons. Le poète se donnait les airs d'un passant qui ne refuserait point un gîte : la duchesse lui fit bon accueil et le reçut, dit Le Laboureur, comme un nouvel Ovide.

Laide et boiteuse, mais subtile, discourant gravement de toute science, cette princesse avait gardé un vif souvenir des querelles de son père, Louis XII, avec le pape Jules II et, comme elle se sentait perdue et humiliée dans ce bourg d'Italie, elle avait toujours devant les yeux la grandeur de sa naissance et la noblesse de sa nation. Aussi avait-elle été amenée à remplir sa cour de Français, mais surtout de Français pédants et antipapistes. Marot n'était donc pas trop dépaysé; il avait là pour Mentor son ami Lyon Jamet, devenu secrétaire de M^^® Renée; il retrouvait à Ferrare une petite réunion de femmes, amies de la causerie et de la discussion; autour d'elles venaient souvent frétiller maints poètes latins : Lillius Gyraldus, Thebaldeus, Pétrus et Jacobus Astioli, tous Ferrarois et qui, au jugement de l'un d'eux, Lillius Gregorius Gyraldus, ne voyaient dans notre orgueilleux poète français que le traducteur des Métamorphoses, des Eglogues, du Jugement de Minos. Enfin le sombre et politique Calvin venait d'arriver et le débat avait recommencé de plus belle entre tous ces admirateurs et ces partisans de la religion réformée. Mais des controverses théologiques ne pouvaient longtemps plaire à Marot; du reste, le pays était malsain, nous dit Benvcnuto Cellini, le p3uple rebutant et la cour astucieuse; il n'en fallait pas tant pour faire regretter au pauvre exilé et le beau pays de France, et la cour, et sa famille. Il chercha à se consoler dans la poésie. C'est de Ferrare que partirent plusieurs des pièces qui ont contribué à rendre sa renommée universelle et ont exercé une grande action sur les écrivains contemporains, c'est-à-dire : les Blasons du beau et du laid ietin. Le premier surtout jmrut un modèle, et les poètes du temps ne cessèrent

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