DE JEAN SERRE, EXCELLENT JOUEUR DE FARCES
Cy dessoubz gist et loge en serre Ce trèsgentil fallot Jehan Serre, Qui tout plaisir alloit suyvant, Et grand joueur en son vivant.
Non pas joueur de dez ne quilles.
Mais de belles Farces gentilles.
Auquel jeu jamais ne perdit, Mais y gagna bruict et crédit, Amour et populaire estime.
Plus que d'escuz, comme j'estime.
Il fut en son jeu si adextre, Qu'à le veoir on le pensoit estre Yvrongne, quand il se y prenoit.
Ou badin, s'il l'entreprenoit :
Et n'eust sceu faire, en sa puissance, Le sage : car à sa naissance Nature ne luy feit la trongne Que d'un badin ou d'un yvrongne.
Toutesfoys je croy fermement Qu'il ne feit onq si vivement Le badin qui rit, ou se mord, Comme il faict maintenant le mort.
Sa science n'estoit point vile, Mais bonne; car en ceste ville Des tristes tristeur destoumoit, Et l'homme aise en aise tenoit.
Or bref, quand il cntroit on -^alie, Avec une chemise sale.
Le front, la joue et la narine Toute couverte de farine, Et coiffé d'un béguin d'enfant.
Et d'un hault bonnet triumphant
Gamy de plumes de chappons, Avec tout cela, je respons Qu'en voyant sa grâce nyaise On n'estoit pas moins gay ny ayse, Qu'on est aux champs Elysiens.
O vous, humains Parisiens, De le pleurer pour recompense Impossible est, car quand on pense A ce qu'il souloit faire et dire, On ne se peult tenir de rire.
Que dy je ! on ne le pleure point; Si faict on, et voicy le poinct; On en rit si fort en maints lieux, Que les larmes viennent aux yeulx :
Ainsi, en riant on le pleure, Et en pleurant on rit à l'heure.
Or pleurez, riez votre saoul.
Tout cela ne luy sert d'un souj :
Vous feriez beaucoup mieulx, en somme.
De prier Dieu pour le povre homme.
DE l'abbé de BEAULIEU LA MARCHE, QUI OSA TENIR CONTRE LE ROY
Qui pour Beaulieu le presumptueux moyne Vouldra dresser tombeau propre et ydoine. Dessus convient au vif graver ou paindre Les grans géans qui s'empeschent d'attaindre Jusques aux cieulx, pour nuyre à Jupiter, Qui promptement les faict précipiter.
Semblablement, la fable il fauldra mettre De Phaeton, soy voulant entremettre A gouverner le char du clair Phebus, Dont sa jeunesse en fin luy feit abus.
Aussi fauldra paindre sur ce tombcl L'antique histoire au beau Luciabel
Et ses consors, s'eslevans contre Dieu, Dont en enfer tresbuchent d'un beau lieu.
Puis à l'entour de la tombe ainsi paincte Sera au long ceste escripture erapraincte :
Seigneurs passans qui voyez tell' paincturc, Celuy qui gist soubz ceste sépulture Voulut en faict ressembler à ceulx cy, Et comme à eulx luy en est prins aussi.