LA REPUBLIQUE FRANÇOISE
Puis qu'on sçait bien, ô perverse Chimère, Que toute rage en toy se peult choisir, Jusqu'à tuer avec angoisse amere L'enfant petit au ventre de sa mère.
Sans luy donner de naistre le loisir; Puis qu'ainsi est, pourquoy prcns tu plaisir A monstrer plus ta force tant congneue, Dont ne te peult louenge estre advenue?
Qui de son corps la force met en preuve. Devant ses yeulx loz ou gaing luy appert; Mais, en l'effect, où la tiene s'espreuve, Blasme pour loz, perte pour gaing se treuve; Chascun t'en blasme, et tout le monde y pert. Perdu nous as l'homme en conseil expert, Et l'as jecté mort dedans le giron De France (helas !) qui pleure à l'environ.
Françoys, franc Roy de France et des Françoys, Tu le fuz veoir quand l'amc il vouloit rendre; De luy donner reconfort t'advançois, Et en ton cueur contre la Mort tançois. Qui ton bon serf au besoing venoit prendre. O quelle amour impossible à comprendre ! Santé cent ans puisse avoir un tel maistre. Et du servant au ciel puisse l'ame estre.
France, et la fleur de ses princes ensemble, Le corps au temple en grand dueil ont mené : Lors France triste à Hecuba ressemble,
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Quand ses enfans à l'entour d'elle assemble Pour lamenter Hector, son fils aisné.
Quiconques fut Hector aux armes né, Robertet fut notre Hector en sagesse; Pallas aussi luy en feit grand'largesse.
Au fond du cueur les larmes vont puisant Povres de court, pour pleurer leur ruyne : Et toy, Labeur, tu ne veoys plus luisant Ce cleir soleil qui estoit tant duisant A esclarcir de ce temps la bruyne.
Processions, ne chanter en rue hymne, N'ont sceu mouvoir fierc Mort à mercy, Qui me contrainct de dire encore ainsi :
Vieille effacée, infecte, image immunde, Craincte de gens, pcnsement soucieux. Quel bon advis, quelle sagesse abonde En ton cerveau, d'apovrir ce bas monde. Pour enrichir de noz biens les haultz cieulx? Que mauldict soit ton dard malicieux !
En un seul coup s'est monstre trop habile, D'en tuer un et en navrer cent mille.
Tu as froissé la main tant imitable Qui au prouffict de moy, lasse, escrivoit; Tu as cousu la bouche véritable; Tu as percé le cueur tant charitable, Et assommé le chef qui tant sçavoit.
Mais maulgré toy ça bas de lui se veoit Un cler renom, qui ce tour te fera Que par sus toy sans fin triumphera.
Tu as dcffaict (ô lourde et mal adextre !) Ta non nuysance et nostre allégement; Endormy as de ta pesante dcxtre Cil qui ne pcult resveillé au monde cstre Jusques au jour du final jugement.
Las ! et tandis nous souffrons largement, N'ayans recours qu'au ciel et à noz larmes Pour nous venger de tes soudains alarmes.
De voz deux yeulx. vous, sa cherc espousée, Faictcs fontaine où puiser on puisse eau; Filles de luy, vostre face arrousée
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De larmes soit, non comme de rousée.
Mais chascun œil soit un petit ruisseau ; Chascun des miens en jecte plus d'un sceau; De tout cela faisons une rivière Pour y noyer la Mort, qui est si fiere. Ha ! la meschante, escoutez sa malice : Premier occit en martial destroict Quatre meilleurs chevaliers de ma lice, Lescut, Bayard, la Tremoille et Pallice, Puis est entrée en mon conseil estroict. Et de la troupe alla frapper tout droict Le plus aymé et le plus diligent. Souvent de telz est un peuple indigent.
Si son nom propre à dire on me semond. Je respondray qu'à son los se compassé : Son loz fleurit, son nom, c'est Florimond, Un mont flory, un plus que flory mont. Qui de haulteur Parnasus oui trépasse; Car Parnasus (sans plus) les nues passe; Mais cestuy vain et la hauteur cristalline, Et de luy sort fontaine cabaline.
De Robertet par tout le mot s'espart, En Tartarie, Espaigne et la Morée :
Deux filz du nom nous restent de sa part, Et un neveu, qui d'esprit, forme et art Semble Phebus à la barbe dorée.
De luy se sert dame France honorée En ses secretz, car le nom y consonne; Si faict son sens, sa plume et sa personne.
Vous, ses deux fils, ne sont vos yeulx lassez? Cessez vos pleurs, cessez, Françoys et Claude, Et en latin, dont vous sçavez assez.
Ou en beau grec, quelque œuvre compassez Qui après mort vostre père collaude, Puis increpez ceste Mort qui nous fraude, En luy prouvant par dictz philosophaulx Comme inutile est son dard et sa faulx.
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l'autheur
Incontinent que la Mort entendit Que l'on vouloit inutile la dire, Son bras tout sec en arrière estendit.
Et fièrement son dard mortel brandit, Pour République en frapper par grand ire; Mais tout à coup de fureur se retire, Et d'une voix qui sembloit bien loingtaine Dit telle chose utile et trèscertaine.