LA MORT A TOUS HUMAINS
Peuple seduict, endormy en ténèbres Tant de longs jours par la doctrine d'homme, Pourquoy me fais tant de pompes funèbres Puis que ta bouche inutile me nomme?
Tu me mauldis quand tes amys assomme; Mais quand ce vient qu'aux obsèques on chante, Le prebstre adonc, qui d'argent en a somme, Ne me dict pas mauldicte ne meschante.
Et par ainsi de ma pompe ordinaire Amende plus le vivant que le mort; Car grand tumbeau, grand dueil, grand luminaire Xe peult laver l'ame que péché mord.
Le sang de Christ, quand sa loy te remord. Par foy te lave, ains que le corps desvie; Et toutesfoys, sans moy, qui suis la Mort, Aller ne peux en l'éternelle vie.
Pourtant si suis defïaicte et descirée, Ministre suis des grans trésors du ciel. Dont je devrois estre plus désirée Que ceste vie amere plus que fiel.
Plus elle est doulce, et moins en sort de miel; I^lus tu y vis. plus te charges de crimes. Mais, par default d'esprit celestiel.
En t'aymant trop tu me hays et déprimes.
Que dy je. aymer ! Celluy ne s'ayme en rien.
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Lequel voudroit tousjours vivre en ce monde, Pour se frustrer du tant souverain bien Que luy promet Vérité pure et munde; Possedast il mer et terre féconde, Beauté, sçavoir, santé sans empirer, Il ne croit pas qu'il soit vie seconde, Ou s'il la croit il me doibt désirer.
L'apostre Paul, sainct IVIartin charitable. Et Augustin, de Dieu tant escrivant, Mainct autre sainct plein d'esprit véritable, N'ont désiré que moy en leur vivant.
Or est ta chair contre moy estrivant, Mais, pour l'amour de mon père céleste, T'enseigneray comme yras ensuyvant Ceulx à qui onc mon dard ne fut moleste.
Prie à Dieu seul que par grâce te donne La vive foy, dont sainct Paul tant escript; Ta vie après du tout luy abandonne.
Qui en péché journellement aigrist.
Mourir pour estre avecques Jesuchrist Lors aymeras plus que vie mortelle; Ce beau souhait fera le tien esprit :
La chair ne peult désirer chose telle.
L'ame est le feu, le corps est le tyson; L'ame est d'enhault, et le corps inutile N'est autre cas qu'une basse prison En qui languyt l'ame noble et gentille. De tel' prison j'ay la clef trèssubtile : C'est le mien dard, à l'ame gracieux.
Car il la tire hors de sa prison vile Pour d'icy bas la renvoyer aux cieulx.
Tien toy donc fort du seul Dieu triumphant, Croyant qu'il est ton vray et propre père; Si ton père est, tu es donc son enfant. Et héritier de son règne prospère.
S'il t'a tiré d'éternel impropere Durant le temps que ne le congnoissoys, Que fera il s'en luy ton cueur espère? Doubter ne fault que mieulx traicté ne sois.
Et pour autant que l'homme ne peult faire
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Qu'il puisse vivre icy bas sans péché, Jamais ne peult envers Dieu satisfaire.
Et plus luy doit le plus tard depesché. Dont, comme Christ en la croix attaché Mourut pour toy, mourir pour luy désire; Qui pour luy meurt est du tout relasché D'ennuy, de peine et péché, qui est pire.
Qui faict le coup? C'est moy, tu le sçais bien; Ainsi je suis au clirestien qui desvie Fin de péché, commencement de bien, Fin de langueur, commencement de vie.
Donc, homme vieil, pourquoy prens tu envie De retourner en ta jeunesse pleine?
Veulx tu r'entrer en misère asservie, Dont eschappé tu es à si grand'peine?
Si tu me dis qu'en te venant saisir Je ne te fais sinon tort et nuysance, Et que tu n'as peine ne desplaisir, Mais tout plaisir, liesse et toute aisance. Je dy qu'il n'est desplaisir que plaisance, Veu que sa fin n'est rien que damnemcnt; Et dy qu'il n'est plaisir que desplaisance, Veu que sa fin redonde à sauvement.
Queir desplaisance entends tu que je dis? Craindre mon dard? Cela n'cntens je point : J'entens pour Dieu souffrir dueil, maladie, Perte et meschef, tant vienne mal apoint, Et mettre jus de gré (car c'est le poinct) Désirs mondains et liesses charnelles; Ainsi mourant soubs ma darde qui poinct, Tu en auras qui seront éternelles.
Donques pour moy contristé ne seras, Ains par fiance, et d'un joyeux courage, Pour à Dieu seul obeyr laisseras Trésors, amys, maison et labourage.
Clair temps de loing est signe que l'orage Fera de l'air tost séparation; Aussi tel' foy au mourant personnage Est signe grand de sa salvation.
Jésus, affîn que de moy n'eusses craincte,
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Premier que toy voulut mort encourir; Et en mourant ma force a^si estaincte, Que quand je tue on ne sçauroit mourir. Vaincue m'a pour les siens secourir, Et plus ne suis qu'une porte ou entrée Qu'on doibt passer vouluntiers, pour courir De ce vil monde en céleste contrée.
Jadis celuy que Moyse l'on nomme Un grand serpent tout d'arain eslevoit, Qui (pour le veoir) povoit guérir un homme Quand un serpent naturel mors l'avoit.
Ainsi celuy qui par vive foy voyt La mort du Christ, guerist de ma blessure; Et vit ailleurs plus qu'icy ne vivoit : Que dy je, plus ! Mais sans fin, je t'asseure.
Par quoy bien folle est la coustume humaine, Quand aucun meurt, porter et faire dueil; Si tu crois bien que Dieu vers luy le maine, A quelle fin en jectes larmes d'œil?
Le veulx tu vif tirer hors du cercueil, Pour à son bien mettre empesche et defïense? Qui pour ce pleure est marry dont le vueil l3e Dieu est faict. Jugez si c'est offense.
Laisse gémir et braire les payens.
Qui n'ont espoir d'éternelle demeure; Faulte de foy te donne les moyens D'ainsi pleurer quand fault que quelqu'un meure; Et quant au port du drap plus noir que meure Hipocrisic en a taillé l'habit, Dessoubz lequel tel pour sa mère pleure Qui bien vouldroit de son père l'obit.
Messes sans nombre et force anniversaires, C'est belle chose, et la façon j'en prise; Si sont les chants, cloches et luminaires; Mais le mal est en l'avare prebstrise : Car si tu n'as vaillant que ta chemise, Tien toy certain qu'après le tien trépas Il n'y aura ne convent ne église Qui pour toy sonne ou chante ou face un pas,
N'ordonne à toy telles solennitez,
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Ne soubz quel marbre il fauldra qu'on t'enterre ; Car ce ne sont vers Dieu que vanitez : Salut ne gist en tumbeau ny en terre.
Le bon chrestien au ciel ira grand' erre, Fust le sien corps en la rue enterré, Et le maulvais en enfer tiendra serre, Fust le sien corps soubz l'autel enserré.
Mais, pour tomber à mon premier propos. No me crains plus, je te pr>', ne mauldis; Car qui vouldra en éternel repos Avoir de Dieu les promesses et dictz, Qui vouldra veoir les anges benedictz, Qui vouldra veoir de son \Tay Dieu la face. Brief, qui vouldra vivre au beau Paradis, Il faut premier que mourir je le face.
Confesse donc que je suis bienheureuse.
Puis que sans moy tu ne peulx estre heureux. Et que ta vie est aigre ou rigoureuse, Et que mon dard n'est aigre ou rigoureux; Car, tout au pis, quand l'esprit vigoureux Seroit mortel comme le corps immunde, Encores t'est ce dard bien amoureux, De te tirer des peines de ce monde.
l'autheur
Quand Mort preschoit ces choses, ou pareilles, Ceulx qui avoient les plus grandes oreilles N'en desiroient entendre motz quelconques; Parquoy se teut, et feit marcher adonques Son chariot en grand triumphe et gloyre. Et le defunct mener à Bloys sur Loyre, Où les manans pour le corps rej)oser Preparoicnt tumbe, et pleurs ])our l'arroser.
Or est aux champs ce mortel cliariot.
Et n'y a bled, sauge ne polliot, Fleurs ne boutons hors de la terre yssuz, Qu'il n'admortisse en passant par dessus. Taulpes et vers, qui dedans terre hantent. Tremblent de peur, et bien passer le sentCQt ;
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Mesmes la terre en seurté ne se tient. Et à regret ce chariot soustient.
Là dessus est la Mort maigre et villaine, Qui de sa froide et pestiféré alaine L'air d'entour elle a mis en tel meschef, Que les oyseaulx volans par sus son chef Tombent d'enhault, et mortz en terre gisent, Excepté ceulx qui les malheurs prédisent.
Bœufz et jumens courent par le pays, De veoir la mort grandement esbays.
Le loup cruel crainct plus sa face seule Que la brebis du loup ne crainct la gueule. Tous animaulx de quelconques manières A sa venue entrent en leurs tesnieres.
Quand elle approche ou fleuves ou estangs. Poulies, canardz et cignes là estans Au fons de l'eau se plongent et se cachent, Tant que la Mort loing de leurs rives sachent.
Et s'elle approche une ville ou bourgade, Le plus hardy se musse ou chet malade. Ou meurt de peur : nobles, prebstres, marchans. Laissent la ville et gaignent l'air des champs. Chascun faict voye à la Chimère vile, Et quand on veoit qu'elle a passé la ville, Chascun revient. Lors on espand et rue Eau de senteurs et vinaigre en la rue, Puis es cantons feu de genevre allument, Et leurs maisons esventent et perfument A leur povoir, de leur ville chassant L'air que la Mort y a mis en passant.
Tant fait la Mort, qu'auprès de Blois arrive, Et costoyoit jà de Loyre la rive, Quand les poissons, grans, moyens et petis Le hault de l'eau laissèrent tous crainctifz. Et vont trouver au plus profond et bas Loyre leur Dieu, qui prenoit ses esbatz Dedans .son creux, avec ses sœurs et filles, Dames des eaux, les nayades gentilles.
Mais bien à coup ses esbatz se perdirent. Car les poissons en leur langue luy dirent
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Comment la Mort, qu'ilz avoient rencontrée, Avoit occis quelqu'un de sa contrée.
Le fleuve Loyre adonc en ses espritz Bien devina que la Mort avoit pris Son bon voysin, dont si fort lamenta, Que de ses pleurs ses undes augmenta; Et n'eust esté qu'il estoit immortel, Trespassé fust d'ouir un remors tel.
Ce temps pendant la Mort faict ses exploicts De faire entrée en la ville de Bloys, Dedans laquelle il n'y a citoyen Qui pour fuyr cherche lieu ne moyen; Car du defunct ont plus d'amour empraincte Dedans leurs cueurs, que de la Mort n'ont ciaincte.
De leurs maisons partirent séculiers, Hors des convents sortirent réguliers.
Justiciers laissèrent leurs practiques, Gens de labeur serreront leurs boutiques; Dames aussi, tant fussent bien polyes.
Pour ce jour là ne se feirent jolies; Toutes et tous, des grans jusqu'aux mcnuz, Loing au devant de ce corps sont vcnuz, Sinon aucuns qui les cloches sonnoient.
Et qui la fosse et la tumbe ordonnoient.
Ses cloches donc chascune église csbranlc, Sans carrillons, mais toutes à grand bransle. Si haultement que le ciel entendit La belle Echo, qui pareil son rendit.
Ainsi receu ont honorablement Leur amy mort, et lamentablement L'ont amené avec croix et banieres, Cierges, flambeaulx de diverses manières. Dedans l'esglise au bon sainct Honoré.
Là où Dieu fut pour son amc imploré Par Augustins, par Jacobins et Carmes Et Cordeliers; puis avec pleurs et larmes Enterre l'ont ses parens et amys; Et aussi tost qu'en la fosse fut mys, Et que sur luy terre et tumbe l'on vcoit, La fiere Mort, qui amené l'avoit,
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Subtillement de là s'esvanouyt,
Et onqiies puis on ne la veit n'ouyt.
Tel fut conduyt dedans Blois la Conté L'ordre funèbre, ainsi qu'on m'a compté. Si l'ay coniprins succinct en cest ouvrage Faict en faveur de maint noble courage. S'il y a mal, il vient tout de ma part; S'il y a bien, il vient d'où le bien part.
DE MADAME LOYSE DE SAVOYE, MERE DU ROY, EN FORME d'EGLOGUE
THENOT, COLIN
TIIENOT
En ce beau val sont plaisirs excellens. Un cler ruisseau bruyant près de l'umbrage, L'herbe à souhait, les ventz non violens, Puis toy. Colin, qui de chanter fais rage.
A Pan ne veulx rabaisser son hommage ; Mais quand aux champs tu l'accompagnero!:^ Plus tost prouffit en auroit que dommage : Il t'apprendroit, et tu l'enseignerois.
Quant à chansons, tu y besongnerois De si grand art, s'on venoit à contendro, Que quand sur Pan rien tu ne gaignerois, Pan dessus toy rien ne pourroit prétendre.
S'il gaigne en prix un beau fourmage tendre, Tu gaigneras un pot de laict caillé; Ou si le laict il ayme plus cher. prendre, A toy sera le fourmage baillé.