‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 255 sur 258 · COLIN · texte numérisé non relu

COLIN

Tu me requiers de ce dont j'ay envie : Sus donc, mes vers, chantez chantz douloureux, Puis que la mort a Loyse ravie, Qui tant tenoit noz courtilz vigoureux.

Or sommes nous maintenant malheureux,

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Plus es tonnez de sa mortelle absence Que les aigneaulx à l'heure qu'entour eulx Ne trouvent pas la mère qui les pense.

Pleurons, bergers, Nature nous dispense : Pleurons la ni.ere au grand berger d'icy; Pleurons la mère à Margot d'excellence, Pleurons la mère à nous autres aussi.

O grand pasteur, que tu as de souc3'' ! Ne sçay lequel, de toy ou de ta mère, Me rend le plus de tristesse noircy; Chantez, mes vers, chantez douleur amere.

Lorsque Loyse, en sa loge prospère, Son beau mesnage en bon sens conduisoit. Chacun pasteur, tant fust il riche père. Lieu là dedans pour sa fille eslisoit.

Aucunesfoys Loyse s'advisoit Les faire seoir toutes soubz un grand orme, Et, elle estant au milieu, leur disoit : « Filles, il fault que d'un poinct vous informe.

Ce n'est pas tout qu'avoir plaisante forme, Bordes, troupeaulx, riche père et puissant : Il faut preveoir que vice ne difforme Par long repos vostre aage fleurissant.

Oysiveté n'allez point nourrissant.

Car elle est pire entre jeunes bergères Qu'entre brebis ce grand loup ravissant Qui vient au soir tous] ours en ces fougères.

A travailler soyez doncques légères; Que Dieu pardoinct au bon homme Roger : Tousjours disoit que chez les mesnageres Oysiveté ne trouvoit à loger. »

Ainsi disoit la mère au grand berger, Et à son dict travailloient pastourelles : L'une plantoit herbes en un verger.

L'autre paissoit colombz et tourterelles.

L'autre à l'aiguille ouvroit choses nouvelles. L'autre en après faisoit chappcaulx de fleurs. Or maintenant ne font plus rien les belles. Sinon ruysseaux de larmes et de pleurs.

Converty ont leurs danses en douleurs,

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