XXX NOTICE
Dieu gard à la courte, il avait proclamé l'oubli des injures :
B Je dy Dieu gard à touts mes ennemys D'aussi bon cœur qu'à mes plus chers amys. »
(Vers 73, 74.)
Mais ses ennemis n'avaient rien oublié; ils veillaient et leur haine n'avait fait que s'envenimer quand ils avaient vu « le recueil » de la plupart des courtisans et surtout l'empressement de François I^^" à faire oublier au pauvre exilé les tristes jours qu'il avait passés loin de la patrie et de tous les siens. A peine Marot avait-il publié son Dieu gard que parut une réplique, une sorte de contre-partie à ses vers, sous une forme assez agressive : Le Dieu gard de Sagon à Marot^. Notre poète allait avoir à lutter contre une coterie puissante qui était la Sorbonne, mais dont le chef apparent était Sagon. Le parti attaché à la pure doctrine du catholicisme et ennemi de tout ce qui pouvait porter atteinte aux pratiques existantes avait cherché quelqu'un qui fût capable de lutter contre Marot. Félix de Brie, abbé de Saint-Evroult, qui jouait alors un rôle important dans les affaires de l'Église, proposa son secrétaire, François Sagon; celui-ci avait été couronné à Rouen pour ses poésies sur la Vierge, et paraissait de taille à remporter de nouveaux succès dans la lutte où on allait l'engager.
Fils d'un marchand espagnol qui était venu s'établir à Rouen et avait obtenu dans cette ville des lettres de naturalisation^, Sagon avait embrassé de bonne heure la carrière ecclésiastique et se faisait appeler Vindigent de Sapience, titre qui n'était certainement pas