NOTICE XXXI
fort honorable^. Doué d'une âme vénale et dévoré d'ambition, il jugea l'occasion favorable de satisfaire ses penchants et accepta avec empressement de jouer le rôle qu'on luioffrait, sans toutefois négliger ses intérêts : il demanda, conmie récompense, la cure de Soligny qui alors se trouvait vacante, ce qu'on lui promit sans peine. De plus, il avait à venger une injure personnelle. Venu à Paris pour y chercher fortune, il s'était lié avec tous les poètes en vogue : il s'était fait l'élève de Crétin. D'abord ami de Marot, il avait eu souvent recours à notre poète et souvent avait usé de ses conseils quand il voulait rimer; dans le blason des membres du corps, il avait été chargé du blason du pied; mais son âme étroite et imbue des doctrines de l'antique Sorbonne s'accommodait peu de l'esprit railleur de Clément; la discussion lui déplaisait, il préférait s'en tenir aux idées toutes faites; la plus légère critique, la moindre controverse contre ce qui pouvait toucher à la religion l'exaspérait; ce qui finit par amener une rupture entre les deux amis.
Des fêtes étaient données, le i6 août 1534, à Alençon, en l'honneur du mariage de M'"^ Isabeau, sœur d'Henri d'Albret, avec le vicomte René de Rohan. Marot et Sagon, en leur qualité de familiers de la maison, étaient au nombre des invités : leur talent poétique pouvait contribuer aux plaisirs de la fête ; on mit en effet à contribution celui de Marot. Dans une épître qu'il fit présenter à la reine de Navarre par « M"^^ Ysabeau et deux autres damoyselles^ », notre poète, sûr
1. Honorable. — n II se qualifie de curé de Bcauvais daus une épître en vers qu'il adresse à Jean Bouchet (la 109^ des Écrits familiers de celui-ci). Peut-être a-t-il fini par obtenir ce bénéfice? — Dans ses écrits contre Marot, il ne prend point d'autre qualité que celle de secrétaire de M. Fdix de Brie, abbé de Saint-Evroul, ordre de saint Benoît en Normandie, et grand doyen de Saint-Julien du Mans. C'était un poète fort médiocre. Il coimnença à versifier vers 1532 et a continué jusqu'à la fin du règne de Henri II. Sa devise était : Vcla de quoy, peut-être parce qu'il croyait que ses écrits contre Marot étaient de quoi mortifier ce poète, et lui ôter même sa réputation. » (Uabbé Goujet, t. XI, p. 86 et suiv.)