‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 54 sur 258 · LE SECOND LE PREMIER · texte numérisé non relu

LE SECOND LE PREMIER

Quel visage euz tu d'elle?

LE SECOND

Gris.

LE PREMIER

Ne te rit elle jamais?

LE SECOND

Point.

Pris.

LE PREMIER

Que veulx tu estre à elle?

LE SECOND

Joinct.

LE PREMIER

Par mariage, ou autrement?

Lequel veulx tu?

LE SECOND

Par mon serment, Tous deux sont bons, et si ne sçay :

Je l'aymeroys mieux à l'essay, Avant qu'entrer en mariage.

LE PREMIER

Touche là, tu as bon courage.

Et si n'es point trop desgousté.

Tu l'auras, et d'autre costé On m'a dict qu'elle est amyable Comme un mouton.

LE SECOND

Elle est le diable !

C'est par sa teste que j'endure.

Elle est, par le corps bien, plus dure Que n'est le pommeau d'une dague.

LE PREMIER

C'est signe qu'elle est bonne bague, Compaignon.

Voycy un mocqueur.

J'entens dure parmy le cueur :

Car, quant au corps, n'y touche myc; Dès que je l'appelle m'amye:

« Vostre amye n'est pas si noire, »

Faict elle. Vous ne sçauriez croiie Comme est elle prompte à me desdire Du tout.

LE PREMIER

Ainsi?

LE SECOND

Laisse moy dire.

Si tost, que je la veulx toucher, Ou seulement m'en approcher, C'est peine, je n'ay nul crédit :

Et sçais tu bien qu'elle me dit?

« Un fascheux et vous c'est tout un Vous estes le plus importun Que jamais je vy. » En efïect J'en vouldrois estre ja deffaict, Et m'en croy.

LE PREMIER

Que tu es belistre !

Et n'as tu pas ton franc arbitre Pour sortir d'où tu es entré?

LE SECOND

Arbitre? c'est bien arbitré !

Je le veulx bien, mais je ne puis.

Bien un an l'ay laissée, et puis

J'ay parlé aux .Egyptiennes

Et aux sorcières anciennes

D'y chercher jusque au dernier poinct

Le moyen de ne l'aymer point :

Mais je ne m'en puis descoifîer.

Je pense que c'est un enfer

Dont jamais je ne sortiray.

LE PREMIER

Par mon anie, je te diray :

Puis qu'il n'est pas en ta puissance De la laisser, sa jouyssance Te seroit une grand' recepte.

LE SECOND

Sa jouyssance? je l'accepte :

Amenez la moy.

LE PREMIER

Non : attends.

Mais à fin que ne perdons temps, Compte moy cy par les menuz Les moyens que tu as tenuz Pour parvenir à ton affaire.

LE SECOND

J'ay faict tout ce qu'on sçauroit faire J'ay souspiré, j'ay faict des criz, J'ay envoyé de beaux escriptz, J'ay dansé et ay faict gambades.

Je luy ay tant donné d'œillades, Que mes yeulx en sont tous lassez.

LE PREMIER

Encores n'est ce pas assez.

LE SECOND

J'ay chanté, le diable m'emporte, Des nuicts cent foys devant sa porte, Dont n'en veux prendre qu'à tesmoings Trois potz à pisser, pour le moins, Que sur ma teste on a cassez.

LE PREMIER

Encores n'est ce pas assez.

LE SECOND

Quand elle venoit au monstier.

Je l'attendois au benoistier Pour luy donner de l'eau beniste :

Mais elle s'enfuyoit plus viste Que lièvres quand ils sont chassez.

LE PREMIER

Encores n'est ce pas assez.

LE SECOND

Je luy ay dict qu'elle estoit belle, J'ay baisé la paix après elle, Je luy ay donné fruictz nouveaux Acheptez en la place aux Veaux, Disant que c'estoit de mon creu ; Je ne sçay si elle l'a creu; Et puis tant de bouquetz et roses; Brief, elle a mis toutes ces choses Au rang des péchez effacez.

LE PREMIER

Encores n'est ce pas assez.

Il falloit estre diligent De luy donner.

LE SECOND

Quoy?

LE PREMIER

De l'argent, Quelque chaine d'or bien pesante, Quelque esmeraude bien luysante, Quelques patenostres de prix :

Tout soudain cela seroit pris, Et en le prenant el's'oblige.

LE SECOND

El' n'en prendroit jamais, te dy je, Car c'est une femme d'honneur.

LE PREMIER

Mais tu es un maulvais donneur.

Je le voy tresbien.

LE SECOND

Non sui.s point :

Mais croy qu'elle n'en prendroit poinct En y eust il plein trois barilz.

LE PREMIER

Mon amy, elle est de Paris ; Ne te y fie, car c'est un lieu Le plus gluant.

LE SECOND

Par le corps bieu, Tu me comptes de grands matières.

LE PREMIER

Quand les petites vilotieres Trouvent quelque hardy amant Qui vueille mettre un dyamant Devant leurs yeulx rians et vers, Coac ! elles tombent à l'envers.

Tu ris ! mauldit soit il qui erre !

C'est la grand' vertu de la pierre Qui esblouit ainsi les yeux.

Telz dons, telz presens servent mieux Que beauté, sçavoir ne prières :

Ilz endorment les chambrières; Hz ouvrent les portes fermées.

Comme s'elles estoient charmées; Hz font aveugles ceux qui voyent, Et taire les chiens qui aboyent.

Ne me crois tu pas?

LE SECOND

Si fais, si.

Mais de la tienne. Dieu mercy, Compaignon, tu ne m'en dys rien.

LE PREMIER

Et que veulx tu? El' m'ayme bien; Je n'ay que faire de m'en plaindre,

LE SECOND

Il efit vray, mais si peut on faindre Aucunesfoys une amytié Qui n'est pas si grand' la moytié Comme on la demonstre par signes.

LE PREMIER

Ouy bien, quant aux femmes fines :

Mais la mienne en si grand' jeunesse Ne sçauroit avoir grand' finesse; Ce n'est qu'un enfant.

LE SECOND

De quel aage?

LE PREMIER

De quatorze ans.

LE SECOND

Ho ! voyla rage :

Elle commence de bonne heure.

LE PREMIER

Tant mieulx ! elle en sera plus seure, Car avec le temps on s'affine.

LE SECOND

Ouy, elle en sera plus fine; N'est-ce pas cela?

LE PREMIER

Que d'esmoy !

Entends que son amour en moy Croistra toujours avec les ans.

Ne faisons pas tant des plaisans :

Par tout il y a decevance.

Dequoy la congnois tu ?

LE PREMIER

D'enfance.

D'enfance tout premièrement La voyois ordinairement, Car nous estions prochains voisins.

L'esté luy donnois des raisins, Des pommes, des prunes, des poires.

Des pois vertz, des cerises noires, Du pain besnist, du pain d'espice, Des eschauldez, de la reclisse.

De bon sucre et de la dragée.

Et quand elle fut plus aagée.

Je luy donnois de beaulx bouquetz, Un tas de petits affiquetz Qui n'estoient pas de grand' valeur; Quelque ceincture de couleur, Au temps que le Landit venoit.

Encor de moy rien ne prenoit Que devant sa mère ou son père, l3isant que c'estoit vitupère De prendre rien sans congé d'eulx; D'huy à un bon an, ou à deux, Luy donneray et corps et biens, Pour les mesler avec les siens • Et à son gré en disposer.

LE SECOND

Tu l'aymes donc pour l'espouser?

LE PREMIER

Ouy, car je sçay seurement Que ceux qui ayment autrement Sont voluntiers tous marmiteux :

L'un est fasché, l'autre est piteux. L'un brusle et ard, l'autre est transi; Qu'ay je que faire d'estre ainsi?

Ainsi, comme j'ayme m'amye, Cinq, six ,sept heures et demye L'entretiendray, voyre dix ans,

Sans avoir paour des medisans, Et sans danger de ma personne.

LE SECOND

Corps bieu, ta raison est tresbonne :

Car d'une bonne intention Ne vient doubte ne passion.

Mais, compaignon, je te demande Quelle est la matière plus grande Qu'elle t'a offerte desja?

LE PREMIER

Ma foy, je ne mentiray ja, Je n'ose toucher son teton; Mais je la prends par le menton, Et tout premièrement la baise.

LE SECOND

Ventre saine t gris ! que tu es aise, Compaignon d'amours.

LE PREMIER

Par ce corps, Quand il fault que j'aille dehors, Si tost qu'elle en est advertie, Et que c'est loing, ma départie La faict pleurer comme un oignon.

LE SECOND

Je puisse mourir, compaignon, Je croy que tu es plus heureux Cent foys que tu n'es amoureux.

O le grand aise en quoy tu vis !

Mais pourquoy est-ce, à ton advis, Que la mienne m'est si estrange, Et quelle prise moins que fange Ma peine et moy et mon pourchas?

LE PREMIER

C'est signe que tu ne couchas Eucoics jamais avec clic.

LE SECOND

Corps bieu ! tu me la bailles belle : J'en devinerois bien autant.

Or si poursuyvray je pourtant La chasse que j'ay entreprinse :

Car tant plus on tarde à la prinse, Tant plus doulx en est le repos.

LE PREMIER

Une chanson avec propos

N*auroit point trop maulvaise grâce;

Disons la.

LE SECOND

La dirons nous grasse De mesme le jour?

LE PREMIER

Rien quelconques :

Honneur par tout. Commençons doncques.

Languir me fais... content désir.... ^

LE PREMIER

A telles ne prends point plaisir ; Elles sentent trop leurs clamours.

LE SECOND

Disonc doncques : Puis qu*en amours...

Tu la dis assez vouluntiers.

LE PREMIER

11 est vray, mais il fault un tiers, Car elle est composée à trois.

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